Science/Société: L’héritage de Darwin

Le museum d’histoire naturelle de New York organise en ce moment une exposition sur l’oeuvre de Darwin. A cette occasion, une conférence-débat était organisée hier soir, à laquelle j’ai eu le privilège d’assister. Les orateurs étaient invités à donner leur opinion sur l’émergence de l’Intelligent Design (un néo-créationisme expliquant que la complexité du vivant ne pouvait s’expliquer sans l’intervention à différents points de l’évolution d’une intelligence extérieure - en gros, Dieu ). Les interventions furent variées et globalement intéressantes. Un certain James Moore s’est chargé de l’introduction. C’est un Anglais, qui s’est attaché à démontrer avec un humour tout à fait conforme à ses origines, comment les idées créationnistes voyagent et risquent de devenir bientôt “à la mode”. Il a par exemple cité une interview de Madonna qui expliquait que son actuel mari l’avait draguée en lui expliquant le débat entre créationisme et darwinisme (je devrais peut-être tenter ma chance auprès de quelques stars locales… je pourrais devenir une sorte de Woody Allen scientifique…). Beaucoup plus hallucinante cette réponse de Tony Blair :

Question : Is the Prime Minister happy to allow the teaching of creationism alongside Darwin’s theory of evolution in state schools?

The Prime Minister: First, I am very happy. (…) It would be very unfortunate if concerns about that issue were seen to remove the very strong incentive to ensure that we get as diverse a school system as we properly can. In the end, a more diverse school system will deliver better results for our children.

Ron Numbers, un intervenant suivant, a lui aussi expliqué à quel point les idées créationnistes étaient en vogue un peu partout. Ainsi, il a raconté entre autres que le ministère Russe de l’Education avait récemment contacté des “experts” de l’Intelligent Design pour savoir comment introduire ce concept dans les programmes. Il a également énuméré les différentes personnalités (ministres en Hollande et en Italie par exemple) s’étant prononcé pour une réforme des programmes de biologie visant à “équilibrer” la théorie de l’évolution. Un philosophe, Michael Ruse, anglais lui aussi, a mis ensuite le doigt sur le fait que la lutte contre la théorie de l’évolution n’était qu’une petite partie d’une lutte entre, pour simplifier, fondamentalistes d’un côté et progressistes de l’autre. Il a cité l’exemple du fameux révérend Pat Robertson (qui s’était déjà signalé en appelant au meurtre de Chavez, le présedent vénézuélien) : celui-ci a menacé la municipalité de Dover de représailles divines pour avoir viré de son School Board les créationnistes. Je ne résiste pas à l’envie de vous faire partager sa prose :

“I’d like to say to the good citizens of Dover If there is a disaster in your area, don’t turn to God. You just rejected him from your city,”

“God is tolerant and loving, but we can’t keep sticking our finger in his eye forever,”

Ma préférée, c’est celle-ci :
“If they have future problems in Dover, I recommend they call on Charles Darwin. Maybe he can help them.”

Dans une perspective historique, il fait remonter cette opposition à la Guerre de Sécession. Le Sud (les futurs “Red States”) a prolongé sa lutte contre le Nord sur le terrains des moeurs. Ce combat se poursuit encore aujourd’hui… Au moment du débat, Michael Ruse a explicitement dit que l’idée de revenir sur la théorie de l’évolution était aussi rétrograde que d’interdir les mariages homosexuels ou l’avortement. James Moore lui a alors fait remarquer que c’était précisément parce que les “élites” intellectuelles pensaient cela que les créationnistes les attaquaient sur leur terrain, la science, pour mieux contrer leurs idées progressistes…

Toujours lors du débat, une taupe créationiste (oui il y en a à New York) est venue demander sur un ton outré si les scientifiques ne devaient pas examiner les hypothèses créationistes sérieusement et en débattre scientifiquement. James Moore (toujours lui, il était vraiment très fort) lui a alors répondu que le plus gros problème était que justement le créationisme n’était pas de la science : les créationistes veulent changer la définition même de la science, en incluant la possibilité d’une intervention extérieure pour expliquer ce qu’on ne connait pas. La science ne peut évidemment pas se contenter de cela : elle doit précisément tenter d’expliquer l’incompréhensible. Il a conclu en insistant sur le fait qu’aux USA malheureusement, il appartiendra en dernier ressort à une cour de justice de décider ce qui sera de la science et ce qui n’en sera pas (chez nous, ce n’est pas tellement mieux, ce sont les députés qui réécrivent l’histoire…).

Malheureusement, aucun d’entre eux n’a évoqué le pastafarisme, cette nouvelle théorie qui explique que l’homme a été créé par une boule de spaghetti. Je vous invite à cliquer sur l’image pour en savoir plus !

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