Le troisième chimpanzé ?

Il y a un peu plus de trente ans, Mary-Claire King et Allan Wilson publiaient dans Science une première comparaison entre les protéines humaines et celles des chimpanzés (dans un article apparemment classique mais néanmoins introuvable à l’ère de l’électronique). L’une des conclusions fortes de ce premier papier était que les protéines des deux espèces étaient bien trop proches pour expliquer les différences entre celles-ci. Les régulations entre gènes sont donc bien plus importantes que les protéines elles-mêmes pour expliquer nos différences. (Pour les plus motivés, Sean Carroll, grand spécialiste des gènes du développement, s’en est fait récemment l’écho dans Plos biology dans un article assez long, mais presque lisible pour le profane, qui plus est disponible gratuitement, joie des revues gratuites sur Internet !)
Notre humanité repose-t-elle donc uniquement sur la réorientation de quelques régulations génétiques ? En fait, on s’aperçoit de plus en plus de la difficulté de définir cette humanité, ce qui ferait blêmir d’horreur nos ancêtres convaincus de la place privilégiée de l’homme au sommet de la création. Jared Diamond, dans son livre “Le troisième chimpanzé”, insiste lourdement sur la proximité des génomes respectifs des humains et des chimpanzés. En fait, humains, chimpanzés et bonobos sont les trois derniers descendants d’un même ancêtre commun ce qui incite certains à considérer l’homme comme le véritable “troisième chimpanzé” et, démocratie oblige, à rebaptiser l’ “Homo sapiens” “Pan sapiens“… Beaucoup d’ouvrages et de travaux récents traquent l’humain chez l’animal, et posent sérieusement la question de notre spécificité. Ainsi, comme le relate Eric Dupin sur son blog à l’occasion d’une revue, chimpanzés et humains partagent de nombreux traits sociaux. Darwin déjà avait montré que les animaux exprimaient des émotions sur le visage tout comme les humains, ce qui laisse penser que l’origine évolutive de ces traits remonte à très loin. A vrai dire, même le rire ne semble plus nous appartenir en propre depuis qu’on a découvert qu’il existait chez … les rats ! Alors ce qui fait la spécificité de l’homme, est-ce son langage, sa culture transmise de génération en génération ? Jared Diamond, toujours lui, explique que des rudiments de langage ont déjà été observés chez certains singes, qui poussent des cris différents en fonction de la nature du danger par exemple. L’art n’est plus spécifiquement humain non plus depuis qu’on a découvert que les chimpanzés et même les éléphants aimaient s’adonner à la peinture (en captivité il est vrai). Quant à d’autres activités que l’on croyait spécifiquement humaine, l’exemple de l’agriculture, inventée il y a 50 millions d’années par les fourmis est assez éloquent… Et à mon avis, nous ne sommes pas au bout de nos surprises ! Non, définitivement, l’homme n’est qu’un chimpanzé comme un autre !

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