Des paradoxes quantitatifs en biologie

Il est assez courant au détour d’une discussion philosophique sur la religion ou sur la place de l’homme de l’univers d’en arriver à parler de la théorie de l’évolution. Systématiquement, quelqu’un évoque alors un calcul quantitatif très précis en biologie, du genre (tiré des commentaires du billet ci-dessus):

“Et lorsque l’on utilise les probabilités pour savoir s’il est possible que l’être humain ait pu apparaître sur cette planète, on aboutit à des résultats surprenants: l’age de notre planéte est sans comparaison possible avec le temps nécessaire pour que la vie apparaisse par hasard ….. ”

En fait, il est tout à fait possible que le calcul dont cette personne parle soit exact. Cependant, je ne pense pas que la conclusion soit l’invalidation totale de la théorie scientifique bien démontrée par ailleurs : il s’agirait plutôt de remettre en question les hypothèses de travail du calcul en question, ce qui constitue une démarche scientifique intéressante et en général fructueuse.

Par exemple, dans les années 60, Levinthal avait calculé le temps que devrait mettre une protéine pour se replier (de façon tout à fait similaire). Il avait trouvé que ce temps était de l’ordre… de l’âge de l’univers. Affirmerait-on donc que Dieu existe parce que l’âge de l’univers est sans comparaison possible avec le temps nécessaire pour que la protéine se replie ? Certainement pas, puisqu’on voit les protéines se replier tous les jours dans un temps de l’ordre de la minute. Le paradoxe révèlait surtout est qu’on ne comprenait pas très bien comment une protéine se replie effectivement. Aujourd’hui on en sait un peu plus : le paradoxe de Levinthal a amené les scientifiques à s’interroger sur le paysage énergétique associé, sur les étapes de repliement. On sait maintenant que c’est un problème différent d’une pure recherche aléatoire, qu’il implique à la fois des effets de surface et de volumes ce qui permet de réduire considérablement le nombre de configurations à observer. La conclusion, c’est qu’il faut à la fois se méfier et chérir les paradoxes quantitatifs en biologie : quand un calcul d’ordre de grandeur ne marche pas du tout, cela signifie probablement qu’il y a quelque chose de très sioux à comprendre !

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