Organisation de la recherche suite
Rapidement, deux articles glanés sur le web en complément de mon billet du 2 décembre :
- un article du monde d’avant-hier sur le retard pris en Europe sur la recherche et développement qui ne vous a sans doute pas échappé. Extraits allant dans le sens de mon impression de “terrain”:
“La question des effectifs de scientifiques est également préoccupante. Dès 2003, l’Union européenne avait tiré la sonnette d’alarme, en disant qu’il fallait que l’Europe compte 700 000 chercheurs de plus en 2010 pour atteindre les objectifs de Lisbonne. Cet objectif a peu de chance d’être atteint, en raison, essentiellement, du faible taux de chercheurs en entreprise dans les pays de l’Union.”
” (…) les chercheurs bien formés ont encore plus d’opportunités de carrière en dehors de leur pays d’origine. Et pas seulement au sein des pays de l’OCDE. “Après la deuxième guerre mondiale, les chercheurs américains sont venus en nombre dans des laboratoires européens au Max Planck Institute, en Allemagne, ou au CNRS, en France. Maintenant, ils vont de préférence en Asie, en Chine, en particulier, où on leur offre de bonnes conditions pour travailler”, explique M. Cervantes. Les chercheurs européens commencent à faire de même.
- un article de telos-eu sur les discriminations (ethniques) à l’embauche, ce qui n’a a priori rien à voir, mais m’a rappelé quelque chose :
Première priorité, il faut cesser de stigmatiser l’offre universitaire et réfléchir aux facteurs qui empêchent les entreprises d’améliorer leurs processus de recrutement. Car ce qui diffère entre la France et les Etats-Unis au moment du recrutement d’un jeune n’est pas sa formation fondamentale. Le jeune français n’a généralement pas suivi plus de cours inutiles à l’université (sociologie, anthropologie, psychologie voir cinéma) que son camarade américain. Il a, par contre, généralement devant lui un recruteur dont l’horizon temporel est particulièrement court, c’est-à-dire ne saisissant pas la capacité d’apprentissage de ce premier.
Pourquoi ce dernier point m’a-t-il interpelé ? Mawashi parlait dans son commentaire de la reconnaissance du statut de docteur. Quoi qu’on en pense, un docteur a fait ses preuves dans sa démarche de recherche et a donc montré sa capacité créatrice et sa capacité à apprendre qui devrait être valorisable et valorisée. Or, le fait que le diplôme de thèse soit une moins-value par rapport au diplôme d’ingénieur prouve que les recruteurs en entreprise voient la thèse comme une formation inutile. Au contraire, les instances de recrutement dans la recherche publique nous demandent de faire encore plus de preuves de ces mêmes capacités (post-doc à rallonge, publications…). Aux Etats-Unis, où un docteur sera recruté en entreprise pour son potentiel, cela n’est pas gênant car il n’y a pas de contradiction entre les deux systèmes, en France où on recrute plutôt sur la nature de la formation en entreprise, les deux systèmes tirent dans des sens différents et l’effet sur la recherche peut être catastrophique à terme.
