Brisure de symétrie et formation de l’embryon
« Lorsque les causes d’un phénomène possèdent des éléments de symétrie, ces éléments de symétrie se retrouvent dans les effets. »
En effet, si la poutre est parfaitement cylindrique et si la pression sur ses extrémités est exercée de façon homogène, le système possède une symétrie cylindrique. Donc si l’on en croit le principe de Curie, le système doit rester symétrique. Or le flambage montre que l’état symétrique est en fait instable : il se passe une bifurcation qui brise spontanément la symétrie du système. Mathématiquement, il se passe exactement la même chose que lors d’une transition de phase (type eau/glace par exemple) : tout d’un coup, un paramètre dépasse un seuil critique et le comportement du système change du tout au tout. Pour être un peu plus exotique, on pense aujourd’hui que les 4 forces élémentaires ne sont en fait que des états de symétrie brisée d’une seule force naturelle. Lorsqu’on parle “d’unifier” la physique, il s’agit en partie de trouver cette super-symétrie…
Venons-en maintenant à la biologie. Lors de la formation de l’embryon se passe un phénomène tout à fait intéressant de brisure de symétrie. En effet, l’embryon de la plupart des animaux semble être au départ une grosse cellule parfaitement sphérique. Comment aboutit-on alors à des animaux ayant deux axes bien distincts : un axe antéro-postérieur et un axe dorso-ventral ? Autrement dit, comment la nature a-t-elle réussi à briser la symétrie sphérique de l’embryon ?
L’exemple le mieux compris est celui de Xenopus (un crapaud, voir illustration ci-contre du procédé). Le premier mécanisme définit en gros l’axe antéro-postérieur. L’ovule est une grosse cellule, et c’est la mère qui crée la première brisure de symétrie en localisant des ARN messagers dans cette cellule, définissant deux pôles (qu’on appelle animal et végétal; le pôle végétal correspond au “jaune” de l’oeuf par exemple). Ce mécanisme est d’ailleurs dans le principe tout à fait similaire à la définition de l’axe antéro-postérieur de la drosophile. La symétrie passe alors de sphérique à cylindrique.
Le second mécanisme de brisure de symétrie va définir l’axe dorso-ventral et est tout à fait fascinant. Le spermatozoïde, lors de son entrée dans l’ovocyte va déclencher une sorte de transition de phase. Des microtubules, auparavant totalement désorientés, vont tout d’un coup s’orienter dans la même direction (à l’aide en particulier de rétroactions positives, typiques de phénomènes de multistabilité pouvant être associés à des transitions de phase). L’effet est spectaculaire : les microtubules tirent sur l’enveloppe rigide de l’ovocyte, appelée cortex, qui va alors littéralement “tourner” autour du cytoplasme de la cellule, (un peu comme si les plaques tectoniques au-dessus du manteau de mettaient toutes à bouger dans la même direction, si bien que l’Europe se retrouverait au pôle Nord !). Ainsi, l’ancien pôle végétal sur le cortex se retrouve “décalé” par rapport au pôle végétal du cytoplasme; une protéine appelée beta-caténine va alors s’y accumuler et ainsi définir la future zone dorsale ce l’embryon ! Le vivant, c’est vraiment merveilleux !
Référence : www.gastrulation.org


