Odalisque, mille-pattes et segmentation
Cela rend par conséquent le processus assez plastique : en gros, il existe le module de formation de somites (horloge+front) qui est capable de générer des somites ad vitam aeternam, et un autre module qui va stopper le module précédent et fixer le nombre de somites. Une mutation sur ce deuxième module, et vous changez le nombre de vertèbres : c’est probablement ainsi que les serpents par exemple (plus de 200 vertèbres !) ont pu évoluer.
Des découvertes spectaculaires assez récentes viennent de confirmer cette vision. Retournons 500 millions d’années en arrière et rendons visite à l’ancêtre commun de tous les bilatériens (en gros tous les animaux ayant un plan de symétrie), j’ai nommé Urbilateria. Une des grandes questions du domaine de l’”Evo-Devo” est de savoir si Urbilateria était segmenté (i.e. son corps décomposable en segments “indépendants”) : si c’était le cas cela signifierait que tous les processus de segmentation connus sont homologues. Une vertèbre humaine et un segment du corps d’un insecte seraient des structures dérivant d’une même structure ancestrale ! Or, il se trouve que plusieurs indices récents confirment cette homologie (j’en parle dans le billet sur Urbilateria). Et il se trouve que du côté de nos amis invertébrés existent des animaux tout à fait fascinant, les mille-pattes. Le processus de formation des segments des mille-pattes est très analogue à celui des vertébrés, avec des segments se formant les uns après les autres dans une zone de croissance. En général et comme pour les vertébrés, le nombre de segments est fixé. Grosse surprise récente : dans certaines espèces, on s’est aperçu que le nombre se segments variait d’un individu à l’autre ! Ainsi, non seulement les femelles ont plus de segments que les mâles (comme notre Odalisque
), mais encore le nombre de segments dépend directement des conditions environnementales : lattitude, climat… confirmant de façon assez étonnante l’existence et la plasticité du second module arrêtant la segmentation. Je trouve cela fascinant !
Références :
Arthur W, Chipman AD (2005) The centipede Strigamia maritima: what it can tell us about the development and evolution of segmentation. BioEssays 27:653-660.
Un article plus détaillé sur pharyngula.org .
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January 20th, 2007 at 2:50 pm
C’est super intéressant! 3 questions (je n’ai pas lu l’article).
1)Y a t-il variation interindividuelle du nombre de segments dans un lieu donné, ou entre individus appartenant à des “communautés” différentes? 2) Sait-on si ce sont des mutations génétiques ou épigénétiques qui modulent le système “stop segmentation”?
3) Penses-tu que ce modèle soit finalement comparable à tous les processus survenant au cours du développement, avec une phase de prolifération jusqu’à un signal d’arrêt?
January 20th, 2007 at 2:59 pm
Salut
1)Y a t-il variation interindividuelle du nombre de segments dans un lieu donné, ou entre individus appartenant à des “communautés” différentes?
Apparemment, c’est plutôt entre des individus appartenant à des communautés différentes (prélude à la spéciation ?)
2) Sait-on si ce sont des mutations génétiques ou épigénétiques qui modulent le système “stop segmentation”?
C’est je pense épigénétique ici. Mais c’est assez dur à vérifier : le cycle de vie de l’animal prend plusieurs années, donc c’est quasiment impossible de faire de la génétique.
3) Penses-tu que ce modèle soit finalement comparable à tous les processus survenant au cours du développement, avec une phase de prolifération jusqu’à un signal d’arrêt?
Je dirais que oui, ici c’est ce qui se passe à mon avis !