Du baptême en science

Mettons-nous un instant dans la peau d’un découvreur, un vrai. Un scientifique qui vient de découvrir un nouvel phénomène, et qui a la lourde et honorable tâche de le baptiser. Comment donc procéder ?

Les physiciens sont des gens sérieux. Héritiers d’une tradition millénaire (le terme “atome” remonte à Démocrite) , où les vraies découvertes sont rares, ils ne peuvent se permettre de plaisanter. Ils respectent le passé : soit de nouveaux termes descriptifs sont forgés avec sérieux (supraconductivité ), soit il s’agit de rendre hommage aux découvreurs, voire aux grands anciens (bosons, fermions, télescope Hubble, paires de Cooper …). Ainsi les noms des Grands génies de la science physique sont-ils gravés dans le marbre pour l’éternité… Il ne s’agirait pas de renouveler l’expérience du “big-bang” – donné par Fred Hoyle par dérision; à peine s’est-on permis quelques fantaisies pour baptiser les célèbres quarks à partir d’un poème de James Joyce (parce que bon, il faut bien que cela reste illisible par le commun des mortels ;) ).

Le contraste avec la biologie est grand. Admettons-le : le baptême des phénomènes en biologie relève très souvent du grand n’importe quoi. Bien sûr, il y a quelques personnes sérieuses, mais la concaténation de racines grecques sur de l’Anglais a produit des monstres chimériques (comme spliceosome). Quant aux noms des gènes, disons que les biologistes sont très facétieux, et n’hésitent pas à faire appel à la culture populaire. Mon petit classement des noms de gènes préférés :
- le gène groucho chez la drosophile, appelé ainsi en référence à Groucho Marx, car il donne de gros “sourcils” à la drosophile,
- le fameux gène Sonic Hedgehog, homologue du gène hedgehog, dont la mutation hérisse la mouche de petits piquants. Le Sonic n’est qu’un juste retour des choses puisqu’il s’agit de l’homogue chez les mammifères,
- le gène bric à brac (bab), référence au désordre créé dans les ovaires des mouches chez les mutants…
Et j’en passe : shaggy, millepattes, hunchback …
Cela me fait toujours un peu drôle d’entendre des noms si originaux lors de conférences très sérieuses. Bien sûr, il y a beaucoup plus de choses à nommer en biologie, mais cela ne révèle-t-il pas une façon très différente dans les différents domaines scientifiques d’envisager la science et le passage à la postérité. Qui se souviendra dans 200 ans des découvreurs de tous ces gènes ?

(Sur un sujet un peu similaire, voir aussi ce billet d’Enro)

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Categorie(s): Biologie, Physique 5 commentaires »

5 Responses to “Du baptême en science”

  1. Timothée

    Moui, mais la ce ne sont que des exemples de drosophilistes, qui sont dus à la nature de leur nomenclature: un gène porte le nom du phénotype mutant correspondant, et la description est plutot exotique (j’aime beaucoup grooveless, qui est particulièrement grave ;-) ).

    A part le désatreux spliceosome (qui avait eu droit à un encart dans un numéro de la recherche, c’est dire), les noms sont plutôt explicatifs…

    La taxonomie des virus est un bel exemple : un picornavirus est un petit (pico) virus avec un génome RNA, etc…

    Mais a part les drosophilistes, la tendance est plutôt aux acronymes (ca fait classe, en plus!)

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  2. PAC

    De ce point de vue, les statisticiens ne sont pas en reste avec le Bootstrap en référence à un épisode des aventures du baron de Munchhausen dans lequel au fond du gouffre, le baron de Munchhausen s’en sort en donnant un coup de bootstrap (l’éperon métallique des bottes de cow boy). On utilise ce terme pour désigner des techniques qui peuvent nous secourir quand les théorèmes classiques ne s’appliquent pas.

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  3. NicoR

    Il y a aussi le gene Pokemon, mais a l’usage, il devenait délicat d’annoncer aux malades qu’a cause d’une mutation de leur gene Pokemon, il avait plus de chance de développer un cancer. Le gene a été rebaptisé Zbtb7
    http://en.wikipedia.org/wiki/Zbtb7

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  4. Tom Roud

    @ Timothée : cela me paraît quand même un peu plus général que juste la droso (il y a aussi les mammifères ;) ). Et puis l’exemple donné plus bas par nicoR sur le gène Pokemon est assez caractéristique à mon avis de l’état d’esprit général…

    @ PAC : je me suis toujours demandé d’où venait ce terme de bootsrap, qui relève d’une cuisine bien mystérieuse (ou comment gagner de l’information en en retirant) ! Merci !

    @nicoR : et bien… c’est assez énorme ce gène Pokemon !!! Les biologistes seraient-ils des fans de jeux vidéos ?

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  5. blop

    parce que les diagrammes de pingouins, c’est de la physique serieuse peut-etre ? :-)

    j’aime bien, ca me permet de recycler un lien poste chez enro il y a qq jours…

    http://www.math.columbia.edu/~woit/wordpress/?p=527

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