Dissémination des OGM
Vous n’êtes pas sans savoir qu’une polémique est née suite aux propos suivants de Jean-Louis Borloo :
Sur les OGM, tout le monde est d’accord : on ne peut pas contrôler la dissémination. Donc on ne va pas prendre le risque.
Les réactions des différents politiques m’étonnent un peu, car elles sont justement sur un plan purement politique (à savoir “non non non, aucune décision n’est prise, il faut négocier”).
Or la vérité scientifique n’est pas négociable. De deux choses l’une, soit la dissémination est incontrôlable, soit elle ne l’est pas. Nous avons donc d’abord besoin d’études sur la dissémination d’OGM; Borloo, qui doit être quand même bien informé, pense que le débat est tranché. L’est-il vraiment ? Ma seule connaissance du sujet repose sur le fameux article de Quist et Chapela de 2001 dans Nature dont nous avait si bien parlé Enro. Cet article affirmait que du maïs mexicain avait été contaminé par “pollution génétique” en 2000, apportant donc la preuve d’une dissémination. Comme l’explique bien Enro dans son rapport, tout le monde attendait un jour ou l’autre ce genre de résultats, et cela n’a pas été une si grosse surprise - d’autant que si j’ai bien compris des résultats indépendants non publiés confirmaient cette découverte. Pourtant, une étude parue dans PNAS en 2005 (Ortiz-Garcia et al.) affirme ne pas avoir trouvé de transgènes dans les récoltes de 2003-2004. Effet de mesures de contrôles ? Problème statistique ? Une publication ultérieure (Cleveland et al., Environ Biosafety Res. 2005) affirme que la contre-étude d’Ortiz-Garcia et al. ne permet en fait pas de conclure. La question semble donc encore ouverte, même si la surprise serait qu’il n’y ait pas de dissémination. Notons également que le problème ne se restreint pas aux cultures elles-mêmes, mais à tout l’écosystème (qui veut du bon miel OGM ?).
Une autre question se pose alors. Même si la dissémination est incontrôlable, peut-on envisager malgré tout l’exploitation des OGM ? Là aussi, cela me paraît difficilement négociable. Modifier de façon irréversible le génome d’espèces végétales sauvages me paraît être quelque chose de très grave. Sur le plan purement commercial, au nom de la simple liberté du consommateur de pouvoir manger des cultures non OGM, si la dissémination est incontrôlable, on ne pourrait virtuellement plus avoir de plantes sans OGM. Rien que cela justifierait un gel des cultures OGM à mon avis, au-delà de tous les problèmes éthiques.
En conclusion, la petite phrase de Borloo met à mon avis le doigt là où ça fait mal. Soit il a raison, la dissémination est incrontrôlable, et alors je ne vois pas comment on peut faire autrement que geler les cultures OGM. Soit la dissémination est contrôlable, et alors il faut l’attaquer là-dessus, scientifiquement. Mais pour être honnête, il me semble que le débat est purement scientifique et qu’il n’y a en fait pas grand chose à négocier.
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September 22nd, 2007 at 11:43 am
En fait, la notion de dissémination recouvre de nombreuses choses. Ce peut être la dispersion des semences, qui vont repousser sur les bords de champ, dans les champs voisins etc. : ça arrive, incontestablement, et on sait que les graines de colza se conservent plus de dix ans dans le sol. Cela peut être aussi le mélange des grains OGM et non-OGM dans la chaîne de transport (camions bennes), de stockage (silos à grains) ou de conditionnement des produits agricoles qui se retrouvent dans nos assiettes ou la nourriture des animaux : c’est sans doute relativement contrôlable par des filières séparées. Puis il y a le flux de gènes véhiculés par le pollen (si le transgène y est présent) entre des OGM à fécondation croisée et des plantes compatibles situées à proximité (sauvages, dans le cas de la ravenelle qui est une cousine du colza, ou cultivées). Il reste enfin les transferts horizontaux des transgènes aux bactéries du sol, qui sont possibles en théorie mais n’ont été montrés que rarement, et sont d’autant moins dangereux aujourd’hui qu’on a supprimé les gènes de résistance aux antibiotiques dans les transgènes. Bref, tout ça mis ensemble ne facilite pas le débat mais c’est incontestablement la “force” du concept de “pollution génétique”, élu “concept de l’année” 2001 par le New York Times !
September 22nd, 2007 at 2:20 pm
Je prendrais volontiers ce miel contaminé par des OGM si mon diabète me le permettait. S’il y a du maïs à pop-corn OGM à liquider je prendrais bien un sac par contre.
Non pas sans avoir longuement réfléchi à la question.
Il est quasiment certain que dissémination de matériel génétique il y aura (pour aller directement à ce qui semble angoisser les gens qui ne se posent absolument aucune question au sujet du matériel génétique des produits bio qu’ils apprécient tant
), à la longue, même si la probabilité est faible. Que ce soit par voie sexuelle ou par transfert horizontal.
Ce qui déplace la question : et alors ?
Le pire est pour les semenciers autant que je sache, leurs pesticides low-dose ne seront plus efficaces et il faudra passer à autre chose; peut-être aux semences du concurrent même !
Ce sont eux qui sont les plus intéressés à ce que la dissémination génétique soit minimale, c’est à leur portefeuille qu’elle s’attaquera d’abord et il paraît qu’il ne pensent qu’à ça, leur portefeuille.
September 23rd, 2007 at 7:22 am
Personnellement, je suis partagé
je comprends bien que la dissémination est inévitable, cependant, j’habite en rase campagne, au milieu des champs. Je crois que les gens ne savent pas bien ce que c’est que l’agriculture.
Les champs sont complètement ratiboisés jusqu’à 1m des chemins avec des machines gigantesques, à tout moment on peut détruire à volonté 100% des plantes avec des produits phytotoxiques (je dis pas que ‘est bien, mais c’est possible). Des amendements sont ajoutés plusieurs fois par an pour modifier la composition des sols (PH etc.) Au moment de la récolte, des machines énormes fauchent, puis retournent la terre, puis broient et réduisent quasiment en cendres la “terre”, sans parler du reliquat : les haies de bocage, qui sont une création humaine artificielle de forêt linéaire au 13e siècle, pour les besoins de susbistance (noisettes etc.) des serfs, et ça demande énormément d’entretien.
Je ne vois pas quel risque peut faire courir à la nature la culture de quelques hectares de maïs OGM, expérimental, sachant que les gènes récessifs sont quand même censés se diluer. A contrario, la culture absolument massive (dans ma région) de maïs ne provoque à ma connaissance aucune “contamination” de l’environnemet par des gènes de maïs, ou alors, on ne s’est jamais posé la question (pas de plante endémique de la même famille dans le voisinage de toute façon).
Dans la Beauce, s’est pire, quand on voit ce qu’il reste de campagne (un mètre de graminées le long des champs alignés comme de la moquette sur des kilomètres), je ne vois pas qu’est-ce que ça changerait de cultiver des plantes OGM plutôt que des espèces endémiques.
A mon avis, il faut interdire, au non du principe de précaution, les plantes qui produisent des poisons naturels, mais encourager les recherches, en faisant attention et sans affoler sur les risques de “contamination”. Il faut sérier la gravité des problèmes de santé publique. L’expérimentation des PGM présente un risque, contrôlable. La culture massive c’est autre chose.
September 23rd, 2007 at 7:26 am
@ oldcola :
J’espère bien qu’on ne va pas refaire avec les OGM ce qu’on a déjà fait avec les antibiotiques par exemple - à savoir une utilisation irraisonnée qui amène à l’émergence de souches multiresistantes potentiellement par simple sélection naturelle …
Après, pour la consommation des OGM, à titre strictement personnel, le soja resistant au round-up, j’évite dans la mesure du possible :P.
September 30th, 2007 at 9:39 pm
La chose qui me choque dans ces “debats” sur les OGM, c’est a quel point il est obscurci par des positions intransigeantes totalement non justifiees quantitativement. Est-ce qu’il est si difficile de n’avoir ne serait-ce qu’une vague idee des couts/benefices des OGM par type d’OGM ? (dernier exemple en date, l’ineffable E. Le Boucher, jamais avare d’affirmations a l’emporte piece: ttp://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3232,36-961127,0.html)
Par exemple, j’ai cru comprendre que les OGM les plus utilises sont ceux resistants aux pesticides, et autres produits phytosanitaires. Quel est l’avantage pour l’agriculteur ? Pour la societe ? Quel en est le cout (est-ce que par exemple pour les plantes resistantes au round-up, on utilise plus ou moins de round-up qu’avant ?). Les miracles promis sur les plantes qui pousseraient avec tres peu d’eau (mmmhh), est-ce que ca a une quelconque part de verite ?
Que de questions jamais repondues avec nuances: les OGM, c’est soit le mal incarne, soit la lumiere (E. Le Boucher n’hesite pas a assimiler ceux qui sont sceptiques vis a vis des OGM a des obscurantistes). Quelques sites comme http://www.agrobiosciences.org/rubrique.php3?id_rubrique=0021 permettent d’y voir un peu mieux, mais pour le quidam, comment s’informer sur les analyses “globales” ? Les analyses parues dans Nature, evoquees ici, sont-elles les seules ?
September 30th, 2007 at 10:08 pm
@ David : assez d’accord avec toi, cela me paraît très difficile de garder la tête froide. Pour les analyses plus “globales”, je n’en connais guère, mais je ne suis pas spécialiste.
October 3rd, 2007 at 10:30 am
Pour une vue globale (en anglais malheureusement), il y a cet excellent rapport de synthèse pour la Commission fédérale suisse d’experts pour la sécurité biologique. Avec un bilan mitigé en ce qui concerne les OGM résistants aux herbicides…
October 6th, 2007 at 5:34 pm
L’avis de la chimiste,
Les amis, vous êtes gentils, mais c’est pas si simple de dire, ok, on dissémine, c’est pas bien grave ensuite on passe à la molécule suivante. C’est de l’irresponsabilité totale de dire cela. Au rythme actuel, on ne découvre que quelques nouvelles molécules par an pour tous les usages (médicaments, pesticides, herbicides…). Je parle là de molécule qui sont découvertes, qui s’avèrent activement, qui s’avèrent synthétisables à coût raisonnables, qui passent ensuite tous les tests de toxicité…
La chimie ne pourra tout simplement pas suivre le rythme auquel la biologie va foutre en l’air des mocules qui ont couté des mollions de dollars à mettre au point. En plus le résultat de cela c’est que l’on va déplacer le spectre des molécules utilisables de plus en plus vers les plus toxiques, les moins efficaces, tout simplement parce que ce qui est actuellement sur le marché c’est la meilleure molécule et que dans les tiroirs aujourd’hui sont les seconds couteaux…
NB: Il faut vous souvenir, que nous n’avons pour l’instant connu QUE des catastrophes chimiques. C’était grave, on a perdu des espèces ainsi, mais une fois les rivières nettoyés, les plages lavées, les choses rentrent plus ou moins dans l’ordre. Une fois un nouveau gène disséminé, c’est FINI les gars, il n’y a pas de bouton STOP !