Brèves

Puisque parler rugby ici a l’air de porter malheur, 3 brèves de week-end :

  • Depuis que je fais partie de l’”immigration choisie” aux Etats-Unis, j’avoue être à fleur de peau sur les questions, entre autres, du regroupement familial, des papiers et autres visas et j’avoue en avoir ras le bol de la suspicion systématique sur le sujet, même à l’encontre de braves scientifiques comme moi (j’imagine du coup très mal le parcours du combattant des gens moins diplômés, mais je suis sûr que cela doit être très douloureux). Dans un grand moment de masochisme, j’ai écouté l’émission “Le Franc Parler” dont Brice Hortefeux était l’invité. J’en ai appris une bonne sur la recherche en France: il paraîtrait que la France ne forme pas assez de mathématiciens (écoutez par vous-même, c’est aux alentours de 14’50). Je me demande de quels mathématiciens on parle : ceux qui vont faire de la finance à Londres ? Ceux qui partent des années en post-doc à l’étranger ? Ceux qui finissent profs de collège ou lycée ? Je n’ai jamais compris ce décalage entre le discours des pouvoirs publics, sur le mode “on manque de scientifiques, il faut susciter des vocations”, et les actes concrets des mêmes pouvoirs publics.
  • L’excuse de la semaine : dans le courrier des lecteurs de la semaine, un des scientifiques accusé de plagiat dont j’avais parlé il y a quelque temps donne sa version des faits. Le titre de son courrier parle de lui-même : Plagiarism? No, we’re just borrowing better English. Je reproduis sa défense :

    For those of us whose mother tongue is not English, using beautiful sentences from other studies on the same subject in our introductions is not unusual. I imagine that if all articles from specialist fields of research were checked, similarities with other texts and papers would easily be found. In my case, I aimed to cite all the references from which I had sourced information, although I may have missed some of them.

    Borrowing sentences in the part of a paper that simply helps to better introduce the problem should not be seen as plagiarism. Even if our introductions are not entirely original, our results are — and these are the most important part of any scientific paper.

    En résumé : oui on a repompé des phrases d’introduction, mais non, nos résultats sont originaux. La défense n’est pas très convaincante, mais aborde le problème de l’utilisation de l’Anglais comme langue scientifique. Enro avait écrit un billet intéressant sur le sujet il y a quelques temps. Pour ma part, je crois qu’il y a effectivement un vrai problème : le niveau d’Anglais d’un papier influe à mon avis au moins partiellement sur son acceptation. D’une part parce qu’un Anglais riche permet de mieux développer ses idées et son argumentation, d’autre part parce qu’il faut être honnête : quand on détecte des faiblesses sur la langue dans un papier, on a immédiatement et inconsciemment un a priori négatif sur son contenu. Cet effet est aussi très clair quand on assiste à des conférences … Cela favorise évidemment les Anglophones au niveau des publications (et crée un cercle vertueux pour eux).

  • Albert Fert a été interviewé par France Inter pendant une heure. C’est un peu décevant sans être inintéressant. A un moment, Fert raconte qu’il arrive à attirer beaucoup de post-docs ou étudiants de pays latins (et peu de pays nordiques ou anglo saxon). Il pense que c’est dû à sa personnalité plus “latine”. Je ne saurais dire exactement, mais je ne crois pas que cela soit spécifique à son équipe : dans la plupart des labos français que je connais, les Espagnols et Italiens sont légions. Je ne sais si quelqu’un a étudié les flux migratoires en science, mais je suis persuadé qu’il y a des destinations privilégiées en fonction de votre nationalité pour des raisons culturelles autant que scientifique. Par exemple, en physique statistique, il y a beaucoup de connexions entre l’Ecole française et l’Ecole italienne; du coup, il y a énormément de post-doc italiens dans les labos français. Plus généralement, la France est probablement une destination idéale pour Espagnols et Italiens, tout bêtement parce que c’est la grosse puissance scientifique la plus proche de ces pays. Cela ne va pas sans poser quelques petits problèmes d’ailleurs, puisque les systèmes de recherche espagnols et italiens étant encore plus sinistrés que le nôtre (souvenez-vous, l’autonomie italienne), la concurrence au concours d’entrée au CNRS est forte entre Espagnols, Italiens -qui ont eu le temps de nouer des contacts pendant leur post-doc en France – et Français. Devant le manque de débouchés et la concurrence internationale aux concours nationaux, il ne faut pas trop s’étonner de la difficulté à recruter des étudiants localement en France et on rejoint mon premier point. Au fait, si on veut s’inspirer de l’Amérique, à ma connaissance, le flux migratoire local est plutôt du genre NYU-> Columbia university, ou UCSD -> UCSF, voire dans des cas extrêmes côte Est-côte Ouest.

Billets similaires:

  1. Brèves biomédicales Je m’étonne de plus en plus de la politique sur les cellules souches, en France en particulier. Un chercheur me confiait récemment que dans ce domaine, la France est peut-être le pire pays occidental. La raison est simple : les lois de bioéthiques en France n’ont pas “tranché”. Aujourd’hui, en France, nous sommes toujours dans [...]...

Categorie(s): Recherche, Sciences 5 commentaires »

5 Responses to “Brèves”

  1. Timothée

    Je commence a voir le problème de l’anglais comme “langue officielle” de la science. J’ai eu un peu de mal a me remémorer mes années lycée, notamment les chapitres “connecteurs logiques” et ce genre de joyeusetés. Je me rend compte qu’avoir un niveau d’anglais “pas trop mauvais” par rapport a la moyenne de mes petits camarades est un avantage indéniable.

    TR : En tous cas, voici le genre de conseils qu’on peut trouver sur certains sites de revues maintenant :

    Authors who are not native speakers of English who submit manuscripts to international journals often receive negative comments from referees or editors about the English–language usage in their manuscripts, and these problems can contribute to a decision to reject a paper. To help reduce the possibility of such problems, we strongly encourage such authors to take at least one of the following steps:

    * Have your manuscript reviewed for clarity by a colleague whose native language is English.
    * Use a service such as one of those listed below.

    [Reply]

  2. Enro

    À propos du plagiat, il y a une autre excuse : dans les cultures asiatiques ou orientales, la copie de travaux reconnus est considérée comme normale et formatrice. Ce sont des cultures de l’hommage, du syncrétisme et de la redite, à l’inverse de nos sociétés basées sur la nouveauté et l’originalité ! D’où un problème quand on parle de science…

    [Reply]

  3. Enro

    Une référence intéressante sur ce que j’avance et d’autres explications du plagiat des étudiants étrangers…

    [Reply]

  4. david

    Pour l’anglais, il faut bien s’imaginer la difficulte pour les non occidentaux. L’anglais, surtout scientifique, reste relativement facile pour un francais, un allemand (meme alphabet; si on traduit du francais mot a mot en anglais, ca donne du mauvais anglais, mais ca a encore un sens, etc…).

    Maintenant, pour les chinois ou les japonais … Par exemple, j’etait etonne de voir un nombre important de professeurs d’universites japonaises prestigieuses ne pas pouvoir parler anglais. Des fois, des collegues m’ont passe des articles pour revision qui etaient franchement incomprehensibles (pour ceux qui ont fait du latin, imaginez du latin traduit mot a mot, ca donne une idee); en general, les japonais apprennent leur talk de conference par coeur pour les conf internationales, j’ai l’impression (disons que c’est tres courant).

    Tout ca pour dire que ca me depasse toujours un peu les gens qui affirment qu’il n’y a aucun probleme avec l’anglais comme langue officielle de la science: la langue n’est jamais qu’un moyen de communication, c’est bien autre chose. Je me demande quelle sera leur position si demain c’est le chinois ou autre langue non alphabetique qui devient la norme.

    [Reply]

  5. vf

    bonsoir

    ce type de “plagiat” qui n’en est pas est très banal pour des chercheurs de pays “très” non anglophones, je confirme. Je ne connais pas le cas en question, mais les explications du gars sont convaincantes pour moi. C’est évidemment pas bien, pas très moral, et à éviter, mais j’ai remarqué ça depuis longtemps : des phrases entières de mes articles sont reprises à l’identique pour servir d’introduction à des articles de chinois, d’indiens etc. J’ai même vu des français pratiquer ça sans vergogne. Si le contenu scientifique de l’auteur est honnête et scientifiquement valable, que quelques paragraphes standard d’introduction soient pompés… bon, c’est pas bien, mais faute avouée est à moitié pardonnée.
    Un exemple de plus de l’effet pernicieux de la tyrannie de l’anglais.

    vf

    TR : Dans l’absolu, je suis d’accord; dans ce cas précis, si j’en crois le professeur (turc, c’est important) qui a découvert le problème, les étudiants n’étaient même pas capables de répondre à des questions sur la gravité newtonienne, et c’est cela qui l’a incité à aller regarder les papiers de plus près.

    [Reply]


Leave a Reply



Retourner en haut