La parole à Néandertal
Vous savez ma passion pour notre cousin. Une étude génétique récente montre qu’il était doté des gènes de la parole.
Les chercheurs de l’équipe de Paabo continuent d’exploiter leur poule aux oeufs d’or, à savoir le séquençage du génome de Néandertal. Au programme aujourd’hui, les gènes du langage. FOXP2 semble être un gène crucial pour la parole : les personnes atteintes de mutations sur ce gène ont d’énormes difficultés grammaticales ainsi que de coordination des mouvements de la bouche pour parler. Lorsqu’on le compare à l’homologue chez le chimpanzé et les autres mammifères, le gène FOXP2 présente en particulier deux mutations spécifiquement humaines. Les études bioinformatiques suggèrent aussi que le gène sous sa forme moderne s’est fixé dans la population humaine il y a environ 200 000 ans, ce qui est compatible avec l’idée que ce gène est indispensable au langage.
La surprise, c’est que Néandertal aussi possède ces deux mutations. La deuxième surprise, c’est que les études bioinformatiques sur le génome de Néandertal suggèrent que ce gène a été positivement sélectionné, sous la forme moderne identique à celle de Sapiens. Ce qui signifie plusieurs choses :
- ces mutations apportaient un avantage sélectif. Comme ce gène est associé à la parole, il est tentant de penser que cet avantage sélectif est bel et bien la capacité à utiliser le langage.
- plus fort encore : si ce gène sous sa forme moderne est présent chez Sapiens et Néandertal, il est assez probable qu’il soit apparu avant la divergence entre ces deux espèces, et donc chez un ancêtre plus éloigné de l’homme. Le langage serait donc antérieur à notre espèce !
Voilà pourquoi, ce soir, j’irai me coucher en pensant aux conversations passionnantes que nous aurions peut-être pu avoir dans la savane ancestrale avec Homo erectus …
Via Nature
Référence :
et al. Curr. Biol. 17, doi:10.1016/j.cub.2007.10.008 (2007).
PS : j’ajoute que contrairement à la fois précédente, les résultats semblent assez blindés pour exclure une contamination par de l’ADN moderne, incluant notamment comparaison avec le chromosome Y sapiens pour être bien sûr que le génome est néandertal pur sucre. L’article est d’ailleurs amusant car il détaille très longuement tous ces contrôles, tout en n’excluant pas la contamination par précaution. Chat échaudé…
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October 24th, 2007 at 04:15
“Gène du langage”, “gène de la parole” : j’ai l’impression que ces raccourcis (qui ne sont pas que de ton fait, rassure-toi) cachent le véritable enjeu de ce travail. A savoir que ce que la génétique nous apprend est parfois difficilement traduisible en fonctions biologiques réelles (problème du réductionnisme et du “tout génétique”)…
Tu as raison, et FOX2P n’est vraisemblablement pas le seul gène impliqué dans la faculté de parler. Mais j’ai volontairement insisté sur le fait qu’il semble avoir été explicitement sélectionné, à un moment compatible avec l’apparition de la parole; ce qui en fait au minimum un gène crucial pour celle-ci. En ce sens, je crois que ce n’est pas très différent du “gène du coureur” dont parle Benjamin.
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October 24th, 2007 at 10:11
Est-ce que l’on avait vraiment besoin du séquençage ADN pour savoir que néanderthal disposait du langage? Est-ce que ce qu’on savait déjà de sa technologie et de ses pratiques d’inhumation ne fournissait pas des indices suffisamment probants? Je rejoins la remarque d’Enro, qu’est-ce que la génétique est vraiment capable de nous apprendre?
Disons dans ce cas que cela fait une preuve en plus. Par contre, je ne comprends pas très bien votre remarque sur la génétique : comparer le génome de Néandertal, de sapiens et des chimpanzés va nous permettre de comprendre d’autant mieux les différences génétiques entre humains et animaux. Ces mutations sur ce gène FOXP2 semblent par exemple en faire partie. A ce propos, il est frappant de constater que les chercheurs semblent avoir été “surpris” de ce résultat : ils pensaient trouver le gène similaire à celui des chimpanzés.
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January 1st, 2008 at 19:23
Bonsoir !
Notre vieil ami Néanderthal au beau crâne aérodynamique était un habile tailleur de pierre. Pour transmettre son savoir aux générations montantes, il lui fallait disposer d’un langage élaboré, car pour expliquer comment on faisait du débitage Levallois, il fallait disposer d’un vocabulaire suffisant, et du moyen de l’exprimer. Notre vieux Néanderthal avait un os hyoïde exactement à la même place que nous. La courbure de son palais était proche de la nôtre. Il avait un gros cerveau. C’était un être dont on découvre de plus en plus qu’il était très proche de nous… Et voilà que maintenant, on découvre qu’il avait le gène qui permettait le langage ! Et pourquoi diantre n’aurait-il pas pu parler, alors qu’il avait tout techniquement pour ça, et qu’en plus, le canal hypoglosse par où passent les nerfs qui gèrent la langue était aussi large chez lui que chez nous ? Toutes ces traces indirectes semblent prouver que notre vieil ami aurait pu déclamer du Verlaine si un explorateur temporel avait pu lui apprendre le français !!! De toute façon, quand on voit comment il taillait la pierre, et avec quelle maitrise, c’est évident qu’il possédait la parole, et Madame Patou-Mathys, auteur de “Néanderthal, l’autre humanité”, ne me contredira pas !
Amicalement, Tinky
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