Misc.

Peu de temps pour écrire ici en ce moment, quelques sujets qui m’on intrigué ces temps derniers :

  • Des chercheurs se sont amusés à mesurer l’évolution de la proportion de gauchers dans la population. L’idée est simple : on compare des photos ou films d’aujourd’hui avec des films du début du siècle, dans lesquels les gens font spontanément “coucou” à la caméra. Le résultat est à première vue étonnant : la proportion de gauche a été multipliée par trois (passant en gros de 3 à 10 %). Ce qui est très étrange est que la proportion de gauchers semble avoir réellement atteint un minimum au début du siècle.
    Proportion Gauchers L’explication serait que les enseignants de l’ère victorienne, très a cheval sur le règlement, auraient forcé les jeunes têtes blondes à écrire de la main droite. Les auteurs suggèrent une implication assez intéressante socialement : au moment de la transition vers une société éduquée, on peut s’attendre à des modifications de la proportion de comportements liés à la latéralisation, tels que l’autisme ou la dyslexie. Ref : McManus et Hartigan, Curr. Biol. vol.17, n°18, pp. R793-R794







  • Libération, après notamment le Figaro, ont évoqué cette étude. J’ai trouvé la façon de présenter les résultats assez limites. On m’avait reproché en commentaires d’un billet précédent d’employer l’expression “gène du langage” : je suis rassuré, Libé et surtout le Figaro m’enfoncent largement. Libé titre sur “Droitier, une espèce menacée”. Le Figaro parle d’”éradication” des gauchers . L’idée que nous sommes complètements déterminés par nos gènes est bien implantée… Rappelons que le processus de latéralisation est en partie aléatoire : voir par exemple un très vieux billet sur ce blog sur le sens de l’implantation des cheveux. , qui montre sans ambiguité qu’il y a à la fois du hasard et de la génétique derrière tout cela. En revanche le sens de rotation des coquilles d’escargot est génétiquement déterminé, mais par le génome de la mère !
  • Current Biology se fait l’écho … du mouvement pour l’athéisme lancé par Richard Dawkins. Pas étonnant que les scientifiques passent pour des mécréants si même les revues s’y mettent ;) .
  • Nature a relaté il y a quelques semaines une évaluation de la National Science Fondation sur le temps effectivement travaillé sur un financement donné. En effet, quand des chercheurs font des demandes de financement, ils doivent indiquer le pourcentage du temps qu’ils passeront sur cette recherche. Or, l’enquête de la NSF montre qu’en gros, personne ne respecte ce temps. La plupart des chercheurs ne tiennent pas un relevé détaillé du temps passé sur un projet ou sur un autre (quelle honte, n’est-ce pas !) tandis que si on fait la somme totale du temps passé sur des recherches différentes, on trouve parfois bien plus de 100 %. Nature a pris position en suggérant, en gros, qu’un respect des proportions annoncées devrait rendre la recherche plus efficace. Evidemment, les chercheurs ne l’entendent pas de cette oreille : et oui, même aux Etats-Unis, les chercheurs tiennent à leur indépendance et détestent être fliqués ! Robert O’Connel, dans le courrier des lecteurs de Nature réagit :

    In practice, it is almost impossible to give an accurate estimate of effort, because scientists are rarely off the job, even when asleep. If they are not actually doing a particular task, they are planning the next, or puzzling over the most recent observation. How should that time be counted? In most research, the edges of a project are only known indistinctly. So in many cases it is difficult to know when one has wandered from one project to another or into an unfunded area.

    The definition of ‘100% effort’ causes another problem. This metric tends to be based on a 40-hour week, but not many funded scientists can afford to do so little work — 80 hours (200% effort?) is more common. Also, in these days of tight budgets, how should the project director account for the time spent on writing and revising new grant applications? Under the current funding system, a very large fraction of time is spent on this activity.

    On ne peut qu’opiner, et déplorer cette manie de l’évaluation chiffrée à tout prix qui plaît beaucoup à nos dirigeants – qui eux, bien sûr, n’ont aucune idée de ce qu’est la recherche. Peut-être que la France devrait veiller à ne pas faire le même genre de bétises … mais rassurons-nous, vu que la future agence d’évaluation (AERES) et l’agence qui attribue les fonds (ANR) sont pour l’instant relativement indépendantes, on peut compter sur de fructueuses interférences destructives. Question subsidiaire : bloguer sur la science, cela oblige à se tenir au courant, à dialoguer et cele peut donner des idées; est-ce donc faire de la recherche ;) ?

  • J’imagine que la lettre d’un astrophysicien à Sarkozy ne vous a pas échappé depuis qu’elle est parue dans le Monde. Une question un peu mystérieuse pour moi : comment l’astrophysique est-elle devenue de très loin la discipline attirant majoritairement les étudiants vers la physique – à la louche 25 % des étudiants en Deug disent vouloir en faire leur métier ? Est-ce lié au talent des vulgarisateurs ? Aux personnalités d’astrophysiciens célèbres (Hawking, voir Einstein) ? Ou juste au fait que l’homme est naturellement fasciné par les étoiles ? Pour les lecteurs non physiciens, quelle sous-discipline de la physiaue vous aurait le plus séduit a priori ?
  • Billets similaires:

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    2. Misc. (3) Post-it, carnet, peu importe le nom; trois petits liens intéressants : L’univers a-t-il un but ? Des scientifiques donnent leur avis, dont Paul Davies. Le moins qu’on puisse dire, c’est que le principe anthropique a de beaux jours devant lui…(Merci Nicole) Vous vous souvenez peut-être du procès en inexactitude scientifique intenté au film d’Al Gore, [...]...
    3. Misc. du week-end Quelques liens/commentaires : C’est moi où le classement de Shanghai est passé complètement inaperçu cette année ? Un petit tour sur wikio montre un relatif desintérêt des medias, la même dépêche est reprise un peu partout;Libé s’est contenté d’une brève ; Le Figaro a préféré interroger Pécresse. Les commentaires post-réforme de l’université ne sont pourtant [...]...

    6 commentaires à “Misc.”

    1. celui a dit:

      Quand je suis rentré en prépa, je voulais devenir astrophysicien. Il faut dire que mes lectures contenaient une part non négligeable de science fiction où wormhole, trou noir, naines, espace-temps sont des mots récurrents. À défaut de les comprendre, je les fantasmais. J’avais littéralement la tête dans les étoiles.

      Deux choses m’ont éloigné de cette voie : la découverte de l’informatique théorique (j’ai mené de front une licence d’info et une autre de physique), et mes premiers TDs — horribles ! — de relativité. La mécanique quantique a alors remporté la manche.

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    2. t.w. a dit:

      Moi ça aurait été sans conteste la physique des particules à cause de la poésie que j’y trouve (je précise qu’en prépa j’ai adoré l’algèbre pour les mêmes raisons même si je ne crois pas que ce soit un sentiment unanimement partage) bien que quand j’étais petite l’astronomie aurait plutôt été mon premier choix (j’ai racketé mon frère pour qu’on puisse s’acheter en indivision un télescope alors que j’avais 9 ou 10 ans et je répétais à qui voulait l’entendre, jusqu’à peu près à l’entrée au lycée, que plus tard je dirigerais un observatoire). Je suppose que ce sont des choses suffisamment exotiques pour faire rêver la plupart des gens.

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    3. Nicole a dit:

      Alors oui, les profs doivent donner des chiffres pour tout. Dans les grants on doit évaluer a priori le nombre d’heure d’utilisation par semaine de l’équipement que l’on demande, on doit donner le pourcentage de son temps aloué à un projet défini, diviser son temps en ‘centres’ de recherche avec un total maximal de 100%, on doit deviner combien d’étuidants on mettra sur le projet dans un an, deux ans, trois ans, cinq ans… Mais ce n’est rien, le pire reste à venir. Voici une histoire vraie, dans une grande université du Canada : cette année l’université prévoit un déficit (d’environ 1.5% du budget). A priori c’est pas grand chose, mais ca n’empêche pas que l’administration n’a rien trouvé de mieux que d’envoyer de multiples mémos qui contenaient des choses du style: – Il faudrait peut être que les profs songent à fermer les classes qui n’ont pas assez d’élèves – Il faudrait peut être que l’on ramasse les poubelles dans les bureaux moins souvent – Il faudrait faire moins de rénovations – Il faudrait faire moins de TPs… Vous voyez le genre. Bien sur, dans cette université, les profs ont assez de pouvoir pour dire simplement : NON. Heureusement. Mais vous voyez où l’administration à tout va, avec sa manie de tout quantifier et donc réglementer nous mène…

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    4. david a dit:

      Personellement, je suis assez mitige devant la lettre de l’astrophysicien. Avant tout, je dois dire que je suis assez dans la meme optique que lui si je comprends bien a sa position, simplemente resumee par “je fais de la science parce que ca me plait et pour le plaisir de la decouverte, l’utilite n’est pas mon souci”.

      Mais a partir de la, demander a la societe de financer, il y a quand meme quelque chose qui m’interroge: quelle devient la legitimite ? De quel droit puis-je exiger de la societe de payer ma passion si en retour je ne lui donne pas quelque chose ? Lorsque l’on dit “avant, c’etait mieux, il n’y avait pas tant de pression au resultat, on faisait de la science, de la vraie, n’a-t-on pas tendance aussi a oublier que c’etait un privilege de quelques uns ou de ceux pres a tout sacrifier ? Bref, peut-on reellement demander a la fois le confort financier et materiel, sans aucune contrepartie ?

      Curieusement, je ne vois pas souvent la question en ces termes (je vois rarement les positions caricaturales depassees).

      Sinon, pour la physique, perso, j’ai toujours trouve la thermo plus interessante, peut etre parce que j’etais matheux justement (c’etait la partie la plus differente des maths en prepa, je trouve). D’ailleurs, aujourd’hui encore, je suis fascine par les apports de la thermo, son raisonnement, dans des disciplines aussi differentes que l’IA ou le codage numerique (the logic of science de Jaynes est peut etre le bouquin qui m’a le plus marque, scientifiquement parlant).

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    5. Tom Roud a dit:

      Merci pour vos commentaires !
      @ celui : c’est vrai que la relativité, ça a l’air amusant jusqu’au jour où on calcule son premier symbole de Christoffel ! On n’insistera d’ailleurs jamais assez sur le fait qu’on ne peut pas faire de physique sans un solide niveau en maths.
      @ tw : je suis comme toi, c’est la physique des particules très algébrique qui m’attirait le plus a priori. Et puis je me suis aperçu qu’il n’y avait plus grand chose d’intéressant à faire, où que c’était vraiment trop bordélique (super cordes). La physique statistique et mathématique m’a alors happé, et puis, au bout du compte, je me suis dit que faire des calculs de bourrin c’était un peu inutile…
      @ Nicole : ce qui est intéressant dans ton exemple est la dichotomie et l’opposition entre l’administration et les profs. Le pouvoir aux chercheurs ! Les syndicats de chercheurs sont-ils puissants ? Arrivent-ils à faire plier l’université ? J’ai en tête certaines frondes du personnel (par exemple à Harvard mais pas seulement) qui ont fait tomber les Présidents d’Université. Le vrai pouvoir n’est peut-être pas où l’on croit.
      @ david : je suis un peu d’accord avec toi, je suis mitigé sans être en complet desaccord. Ce que je pense, c’est qu’on ne finance pas de la recherche “inutile” pour faire plaisir aux chercheurs, mais parce qu’au bout du compte on ne sait pas ce qui sera vraiment utile. C’est à la société de comprendre et de mettre en place une telle organisation. JE suis aussi d’accord avec toi pour la thermo : c’est aussi cela qui m’a attiré vers la physique statistique.

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    6. david a dit:

      @ Tom: j’en ai peut etre deja parle sur ce blog, mais ce bouquin peut t’interesser si tu aimes la physique statistique: http://www.inference.phy.cam.ac.uk/mackay/Books.html

      Ah oui, très bon livre, je l’ai déjà téléchargé en version PDF.

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