Les deux Ecoles Polytechniques

Vous le savez peut-être, mais l’Ecole Polytechnique (surnommée l’X) lance en ce moment une campagne de levée de fonds, notamment auprès de ses anciens élèves. Quelques petites réflexions sur le sujet vu de loin …

Il faut désormais s’y habituer : la formation universitaire est (malheureusement) un marché comme un autre, dont les différents acteurs mènent une lutte de plus en plus féroce afin d’ apparaître le mieux possible dans les désormais célèbres classements internationaux. Ces classements sont dominés par les universités anglo-saxonnes : l’une des raisons étant qu’ils sont calibrés de fait sur leurs points forts. Les universités y sont les uniques filières d’élite, la recherche est prioritaire (parfois même au détriment de l’enseignement) et s’effectue en leur sein, les promotions sont beaucoup plus grandes, etc …

Force est de constater que les filières classiques françaises cadrent mal dans ce paysage. D’abord, pour des raisons historiques, la recherche est plus dissociée de l’enseignement. Les grands organismes de recherche, hors université, sont des acteurs prépondérants, et à l’université les enseignants surchargés en enseignement n’ont pas autant de temps pour développer leur recherche [1] .

La raison d’existence des Grandes Ecoles françaises, et particulièrement de l’X, est traditionnellement de fournir des cadres supérieurs à la nation, notamment pour la haute fonction publique (encore une petite centaine de polytechniciens par an, soit un quart de promo française, rentrent directement dans les Grands Corps). Ces futurs cadres polytechniciens ont été soigneusement sélectionnés, sont donc peu nombreux, et forment les étudiants de ce que j’appellerais la “première X”, la bien mal nommée école d’ingénieur.

La recherche dans les Grandes Ecoles est au mieux une activité secondaire, au contraire des universités anglo-saxonnes. Et de fait, la liste des polytechniciens célèbres sur Wikipedia est éloquente : aux grands scientifiques tels que Arago, Fresnel, Cauchy du début du XIXième siècle ont succédé des hommes politiques ou grands patrons passés par le corps des Mines après l’X au XXième siècle. Bien sûr l’X continue de former des chercheurs, mais ce n’est clairement pas la priorité, d’autant plus que le contexte actuel n’aide pas : à 22 ans, entre, disons, un poste de fonctionnaire bien payé dans un Grand Corps de l’Etat, des offres alléchantes dans des cabinets de consultings, des perspectives intéressantes dans la finance à Londres d’un côté, … et une thèse de l’autre, le choix est assez vite fait.

Il existe néanmoins une deuxième X : l’Ecole Doctorale de l’Ecole Polytechnique, composée de tous les étudiants faisant leur thèse sur le site de Palaiseau. Celle-là, bien sûr, fait vraiment de la recherche, au coeur même du campus. Mais cette Ecole polytechnique est bien différente de la première. D’abord, son effectif est bien moindre, et n’est pas passé sous les fourches caudines du concours. Même si elle se bat dans ce sens, elle n’est pas encore membre à part entière de la communauté polytechnicienne. Si les entreprises se précipitent au forum de l’X pour rencontrer les futurs ingénieurs, les docteurs de l’X en sont réduits au sort commun de tous les docteurs .

Bien sûr, l’intersection entre les deux Ecoles n’est pas complètement nulle. Certains polytechniciens continuent leur thèse à l’X. Mais jusque récemment en tous cas, les interactions entre les deux X n’étaient pas vraiment encouragées. Si vous êtes ingénieur, pour votre stage de recherche, votre master (ou pour les plus rebelles votre thèse), vous êtes plutôt encouragés à aller voir ailleurs, dans les Grandes Universités étrangères, plutôt que dans les labos de l’Ecole [2]. Comme la formation reste très académique, il y a très peu de liens entre les ingénieurs et la recherche; l’architecture même de l’Ecole sépare les élèves ingénieurs des labos de recherche. Les professeurs de l’Ecole Polytechnique font encore bien souvent leur recherche hors de l’Ecole. Je vous ferai grâce des anecdotes sur la fréquence différente de nettoyage des vitres sur le campus en fonction des bâtiments (enseignement, administration et recherche )…

Par conséquent, la levée de fonds actuelle suscite chez moi certaines interrogations. L’intérêt de l’X pour son image internationale n’est pas récent, et l’X a depuis longtemps cherché à attirer des étudiants étrangers et à se transformer en université à l’américaine. Aujourd’hui, l’X réalise qu’elle est à la traîne sur l’aspect recherche par rapport au reste du monde, et décide donc d’y investir. Très bien, mais les décideurs dans cette opération n’ont pas beaucoup d’expérience dans la recherche. Certes il y a levée des fonds, mais à l’image de ce qui se passe à l’échelle nationale, j’ai quelques doutes concernant la pertinence des analyses en haut lieu sur les leviers concrets de développement de la recherche.

Par ailleurs, il y a certains actes contradictoires. Pourquoi vouloir absolument attirer des profs et surtout des étudiants étrangers pour faire de la recherche, compte-tenu du vivier sur place ? Si l’X considère que la recherche est si importante, qu’elle incite d’abord ses sous-officiers polytechniciens à s’y lancer dans les labos de l’Ecole. Compte-tenu de l’ampleur du retard, qu’elle change peut-être également la ventilation de son budget colossal…

Pour que cette levée de fonds soit vraiment efficace sur le long terme, l’X n’aura de toutes façons pas le choix : on n’attire pas des mouches avec du vinaigre, ni de grands chercheurs étrangers sans la promesse d’un flot constant d’étudiants en thèse. Aujourd’hui, il y a à l’X même 570 chercheurs permanents pour seulement 280 étudiants en thèse. Un labo à l’étranger présentant un nombre d’étudiants par chercheur si faible passerait pour mourant, ce qui est assez moyen pour l’attractivité. Il faudrait au grand minimum deux à trois fois plus d’étudiants en thèse (je ne parle même pas des post-doc). L’X va-t-elle enfin se décider à favoriser activement les connexions entre Grande Ecole et Ecole Doctorale ? Les rapprochements entre les deux X vont-ils se poursuivre, quand on voit la difficulté de mise en place de mesures très symboliques comme l’intégration des thésards aux annuaires des anciens élèves [3] ? Quel est le plan exact compte-tenu de la morosité et du peu d’attractivité de la recherche en France en ce moment ? Ces questions restent largement non résolues, surtout quand on connaît (ou quand on a subi) la politique passée plutôt frileuse voire franchement conservatrice de l’Ecole Polytechnique en la matière. Certains anciens bien découragés de se lancer dans une thèse à leur époque font aujourd’hui les yeux ronds et rient jaune quand on les appelle à mettre la main au porte-monnaie; la culture de recherche est assez étrangère à la formation des X passés. Bien sûr je veux bien croire que les choses sont en train de changer. Mais je ne suis pas sûr que l’Ecole Polytechnique se rende bien compte du retard en la matière…

[1] le paradoxe étant qu’ils sont essentiellement évalués sur cette même recherche, ce qui fait que bien souvent les jeunes MdC se font “passer devant” par les chercheurs issus du CNRS quand il s’agit d’accéder aux postes de professeurs

[2] l’X n’en a peut-être pas conscience mais son organisation des études contribue à la réputation d’arrogance des polytechniciens dans les couloirs des universités anglo-saxonnes. Le cursus de l’X est maintenant en quatre ans, avec possibilité de double diplôme si la 4ième année est faite chez la concurrence. Les étudiants demandent donc à faire leur master en un an au lieu de deux dans les universités étrangères, qui n’apprécient que modérément.

[3] on se rappellera que les étudiants de l’ENS Ulm ont récemment refusé de fusionner avec l’ENS Cachan

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16 commentaires à “Les deux Ecoles Polytechniques”

  1. N. Holzschuch a dit:

    Hello Tom,
    Je viens de finir un livre sur l’histoire des Universités américaines. Ce qui est intéressant, c’est qu’il y a un siècle, l’installation des “Grad Studies” s’est faite dans la douleur, contre la volonté du “College”, qui se voyait comme plus prestigieux et qui pensait que les Grad Studies allaient ôter de ce prestige. À chaque fois, ça a été un conflit entre les professeurs, la direction et les anciens élèves… Le parallèle est frappant.

    La place de la recherche dans les universités américaines est aussi le résultat d’un long conflit entre les professeurs (qui veulent plus de recherche, et qu’on recrute les meilleurs) et l’administration (qui pense au budget, au prestige, et qui recrute plus facilement les fils d’anciens élèves même si ils sont nuls).

  2. blop a dit:

    @ Nico > le titre du livre ??

    @ Tom > c’est marrant, ça sent le vécu ton billet :-)

  3. Tom Roud a dit:

    @ N. Holzschuh : on pourrait dire que nous avons donc un siècle de retard ..Cela dit, l’organisation actuelle en France n’est pas mauvaise en soi, tout dépend du but poursuivi … Je serais aussi intéressé par la référence du livre.
    @ blop : oui ça sent le vécu mais pas forcément le mien ;) .

  4. N. Holzschuch a dit:

    Le titre du livre, c’est “The Chosen: The Hidden History of Admission and Exclusion at Harvard, Yale, and Princeton”, par Jerome Karabel (2005).

    On y apprend plein de choses, et notamment que le système d’admission dans les universités américaines n’est pas si élitiste, et qu’il est conçu (et conservé) parce qu’il permet à l’administration de choisir ses élèves, pas seulement en fonction de critères académiques mais aussi : pour le prestige de l’université, pour augmenter les donations d’anciens élèves… À plusieurs reprises, il a fallu une révolte des professeurs pour tirer le niveau des élèves admis vers le haut (notamment après Spoutnik, quand les américains ont pris conscience de leur retard en matière scientifique). La NSF, parce qu’elle donne l’argent directement aux professeurs, contribue à faire pencher le pouvoir dans leur direction. À l’inverse, l’endowment de l’Université donne le pouvoir à l’administration.

    J’ai entendu des américains chanter les louanges du système de concours français, parce qu’il est purement scholastique (et “juste”). Aux USA, pour être sûr d’entrer dans une bonne université, les étudiants passent leurs étés dans une ONG, font du violon et du piano, du football… histoire d’apparaitre comme un “futur leader” avec de “fortes qualités humaines”. Et ils commencent jeunes. Cette fois-ci, le livre de référence, c’est “Fat Envelope Frenzy”.

    Je pense effectivement que l’organisation en France n’est pas si mauvaise que ça au niveau college, mais que les Grad Studies sont trop négligées, depuis trop longtemps. Paradoxalement, les grandes écoles ont connu leur forte croissance à un moment où la compétition se faisait sur les ingénieurs (au XIXe siècle), permettant à la France de rattraper son retard sur l’Angleterre. Mais on n’a pas su adapter le système aux XXIe siècle, où la compétition se fait sur la recherche.

    Au niveau “intégration des thèsards aux annuaires des anciens élèves”, effectivement, c’est essentiel. Ici, le CV mentionne, par exemple, “BS Harvard, MSc Princeton, PhD Stanford”, et les trois institutions revendiquent la personne comme ancien élève.

  5. AubeMort a dit:

    Deux remarques (de détail):
    - le ratio étudiants/chercheurs permanents n’est pas plus élevé dans la plupart des labos universitaires;
    - il n’est pas si facile que ça pour un CNRS de passer prof, parce que le CNU se montre quelque peu corporatiste et “sabre” assez sévèrement les dossiers de delande de qualification des CR; le “bien souvent” me paraît donc excessif.

    La thèse (en tous cas en France, c’est peut être différent à l’étranger ?) me paraît vraiment un travail spécifique, très lourd, demandant des qualités sensiblement différentes de celles demandées à un futur ingénieur. Outre l’aspect salaire on peut imaginer que beaucoup d’élèves ingénieurs souhaitent avoir des responsabilités et un statut autre que celui d’un thésard…

  6. Matthieu a dit:

    Je pense que toutes tes remarques sont assez valides, mais que l’evolution se fait dans le bon sens sur a peu pres tous les points que tu soulignes (integration doctorants/eleves X/eleves autres ecoles, poids des labos, debouches recherches pour les eleves X, etc…). Ca prend du temps, il y aura peut-etre des rates, mais je pense que l’X a une vision assez ambitieuse et assez claire.

    Bref, donne tes sous.

    PS: ca fait quoi, 5 ans que tu as quitte l’X ? Apparement il y a pas mal de mouvement. Apres tout la reforme X2000 est recente, et celles concernant l’ecole doctorale le sont encore plus.

  7. Tom Roud a dit:

    @ AubeMort : pour le ratio etudiants/chercheurs permanents, tu as raison, mais c’est précisément l’un des problèmes du système français en général. Aucun chercheur étranger d’envergure ne viendra jamais en France s’il n’a pas d’étudiants (sans compter notre réputation de radinerie au niveau des grants), c’est pour cela que je suis un peu dubitatif quand l’X ou Sarkozy clament haut et fort qu’ils vont attirer les meilleurs chercheurs à l’étranger juste en mettant des sous. Sans compter que je trouve cette stratégie contestable : on ferait mieux de miser sur des gens qui n’ont pas leur carrière scientifique derrière eux plutôt que sur des “has been” qui viendront pantoufler à Paris (souvenons-nous, Claude Allègre est censé être un grand chercheur), et aussi sur les jeunes français qui s’expatrient en masse …

    @ Matthieu : à peu près oui, mais je connais pas mal de gens qui y sont restés en thèse … Et j’ai tellement de mauvais souvenirs sur la “promotion” de la recherche que j’aimerais bien avoir quelques détails sur les projets, surtout que ce sont au fond les mêmes personnes qui tirent les ficelles (Bébéar, cela fait combien de temps qu’il pantoufle au CA ou à la tête de la fondation de l’X ?). J’avoue avoir du mal à en trouver et attends peut-être quelques réponses dans le numéro d’Avril de la J & la R.

    Cela dit si l’X veut m’offrir un poste d’assistant professor, elle est le bienvenue :P

  8. manger a dit:

    Quelques remarques, avec un point de vu un peu plus proche…

    D’abord, il y a un effort de l’X pour valoriser le diplome de these, avec en particulier la délivrance d’un diplome de docteur de l’X par l’ecole, ce que ne font pas les autres ecoles d’ingenieurs (meme celles qui en ont le droit). Les docteurs sont consideres comme anciens eleves (avec peut-etre des distinctions que je ne connais pas). Les doctorants ont acces aux clubs des eleves, et l’ecole organise pour eux un certain nombre de ceremonies propres (c’est l’X après tout).
    Evidement, ce n’est pas demain que l’X considerera aussi bien les doctorants que les eleves ingenieurs, mais bon, la pente semble dans le bon sens. En tout cas, c’est mieux que ce que l’on trouve habituellement dans les ecoles d’ingenieur : si tu fais ta these a l’ENS ou a l’ESPCI, tu finis avec un diplome de Paris 6 ou 7.

    En terme de recherche, il y a un effort assez meritoire, en fait : plusieurs ecoles doivent s’installer avec leur centres de recherche sur le campus de l’X - SupOptique (c’est deja fait), l’ENSTA, les mines de paris - avec en particulier son (gros) centre de recherche sur les materiaux, et peut-etre d’autres que je ne connais pas. L’ensemble se place dans le renforcement du plateau de Saclay, qui recouvre probablement surtout une grosse operation financiere.
    La levee de fond, si j’ai bien compris, vise à accroitre la superficie du centre de recherche, ce qui n’est pas mauvais : c’est l’un des avantages du centre de recherche de l’X - les chercheurs sont moins entasses qu’a Jussieu ou l’ENS. En particulier, la biologie est completement sous-critique et ne peut pas se developper avec les locaux actuels.

    Evidement, les decisions à grande echelle ne sont peut-etre pas bonnes, mais c’est toujours le risque : les decideurs francais ne sont pas forcement familiers avec la recherche.

    Finalement, sur l’ouverture à des etudiants etrangers, c’est justement une tres bonne chose en terme de futurs doctorants : c’est dans le contingent d’eleves etrangers (qui ne peuvent pas s’inscrire dans les corps) que se recrutent la majorite des doctorants polytechniciens. Par là, c’est une meilleure garantie pour avoir un flux constant d’etudiants en these, et donc une meilleure attractivite.

    Evidement, il reste beaucoup de contradictions dans le discours de l’ecole, comme tu le soulignes, ainsi que des grosses faiblesses, dont le manque evident d’interet des eleves pour la recherche.

  9. Tom Roud a dit:

    En tous cas, “l’eXcellence avec un grand X” a du retard à l’allumage : le site
    http://www.campagne-pour-polytechnique.com/
    est toujours en construction.

    Juste pour compléter, voici l’e-mail qu’ont reçu les anciens il y a quelques jours :

    Les ambitions de notre École vont nécessiter des besoins complémentaires. Si l’X veut se positionner durablement parmi les premières institutions d’enseignement supérieur au monde, attirer les étudiants les plus brillants, attirer ou retenir des enseignants et chercheurs réputés, et ainsi atteindre tous les objectifs du plan pluriannuel 2007-2011, elle doit trouver de nouvelles ressources pour compléter la subvention de l’État maintenue constante. La croissance devra désormais être financée par des fonds propres.

    Pour répondre à ce besoin, il a été décidé de lancer une Campagne de levée de fonds auprès des anciens élèves. Avec un objectif de 25 millions d’euros en 5 ans, elle est ambitieuse dans le contexte français, mais relativement modeste à l’échelle des pratiques internationales.

    La solidarité et la reconnaissance des alumni fonctionnent dans le monde anglo-saxon… Pourquoi pas en France, où les études supérieures sont largement financées par l’État, et où les incitations fiscales sont parmi les plus favorables au monde pour les dons des particuliers ?

    Au moment de ce message, 50% de l’objectif de 25 millions d’euros de la Campagne est déjà atteint par les seuls dons et engagements d’une trentaine d’anciens. Chacun d’entre nous peut désormais y contribuer à la hauteur de ses possibilités. La collecte annuelle de la Fondation — ou des structures parallèles mises en place en Grande-Bretagne (Ecole Polytechnique Charitable Trust) et aux États-Unis (Friends of Ecole Polytechnique) — sera désormais intégrée à la Campagne pour l’École polytechnique. Tous les dons contribueront à la réalisation des objectifs de cette campagne : potentiel de recherche, offre de formations élargie, international, égalité des chances et cadre de vie.

    Au-delà d’importants besoins en flux annuels, la Fondation doit accroître son fonds de dotation pour constituer un capital (endowment) dont les revenus de placement assureront le soutien d’actions pérennes. Sans rêver encore aux 35 milliards de dollars d’endowment de Harvard, nous percevons déjà une mobilisation de notre communauté pour cette approche peu usuelle en France. Elle est incontestablement adaptée à l’objectif d’un financement durable des ambitions de notre École.”

    Je remarque que la référence ultime est Harvard, et que la raison majeure de l’appel au don est la non-croissance de la subvention de l’Etat. Je n’ose dire que c’est en contradiction flagrante avec les promesses de notre Président qui souhaitait plutôt récompenser les universités se lançant dans le fund raising.
    Sinon j’aime bien la rhétorique : vos études sont payées par l’Etat, donc donnez de l’argent à l’Ecole ! C’est sûr que cela fait moins bien par les temps qui courent d’en appeler à une hausse des impôts …

    Sinon pour répondre à manger :
    - je ne crois pas que les docteurs soient reconnus comme des anciens élèves à part entière, je crois même qu’on en est très très loin
    - j’ai un peu de mal avec cette idée qu’on va recruter les doctorants à l’étranger. Il faut être clair : soit on a des doctorants français, soit on aura essentiellement des gens qui n’auront pas été pris aux US (puisque c’est là qu’ils vont majoritairement). C’est d’ailleurs un peu la même chose avec les profs, il y a une espèce de cercle vicieux. Pour se développer, il faut à mon avis privilégier le recrutement et la promotion interne au pays.

    SInon, je n’arrive pas à trouver, mais quelqu’un sait-il combien d’ingénieurs X continuent par une thèse ? De mon temps, il y avait une soixantaine de bourses par an …

  10. Idx a dit:

    Merci pour cet article sympa, je suis d’accord sur pas mal d’idées, moins sur d’autres.

    Quelques petites remarques:
    -l’X a pour objectif de faire croître sa graduate school, donc les futurs docteurs mais aussi les élèves en master, notamment étrangers. Vu que notre système ingénieur/undergraduate-mais-en-mieux-quand-même est définitivement illisible à l’étranger, un gain de prestige international passera peut-être par là.
    -Pour le coup des X frimeurs qui veulent faire leur master en un an, je vais prendre un exemple concret, c’est Princeton qui propose aux X qu’elle admet à son master de finance de faire le cursus en 1 an au lieu de 2. De même dans beaucoup d’autres facs le choix est laissé aux étudiants. Le problème vient plutôt de l’X qui interdit en théorie que la 4ème année dure moins de 15 mois.
    -popop, c’est élèves-officiers, pas sous-officiers (bon ok on s’en moque un peu).

  11. Tom Roud a dit:

    @ ldx :
    - il va y avoir un vrai problème avec ces masters en un an, je pense, puisqu’au niveau international c’est en deux ans. A moins de faire rentrer les gens en troisième année de l’X, mais cela ne se justifie pas vraiment et il y aura une coupure avec la 4ième année. Un vrai bordel.
    - pour le master de finance, c’est un peu spécial car les Français en général et les X en particulier ont un niveau bien plus élevé en maths que les gens de leur génération ailleurs. De plus l’école française est très bien reconnue. Donc cela ne m’étonne pas trop que Princeton aille les chercher. En revanche pour les futurs doctorants dans d’autres matières (chimie, biologie ! …), je ne vois pas trop comment cela se justifie, et je peux t’assurer que cela n’est pas au goût de tout le monde. Mon sentiment pour cette histoire c’est que l’X devrait rajouter une cinquième année de M2. Ou alors fusionner la troisième et la quatrième année en M1-M2, mais là attention car c’est attaquer un point fort sans forcément beaucoup de bénéfices. En fait, la réalité c’est que si on veut faire comme à l’international, on serait bien inspiré de laisser tomber la “Formation Humaine et Militaire” -dont je doute de l’utilité sinon qu’elle permet de faire une petite pause- et de la remplacer par une vraie première année. Il y aurait aussi moins de problème si les prépas se faisaient en deux ans au lieu de trois (je crois que mon année fut la première où il y avait plus de 5/2 que de 3/2 intégrant l’X- on devrait peut-être supprimer la Spé en fait et faire les concours en fin de sup).
    - si tu penses que je déconne complètement sur certains idées, tu es le bienvenu pour critiquer, je suis ouvert au dialogue !

  12. Nicole a dit:

    @ N. Holzschuch

    Je ne suis pas tout à fait d’accord avec ton analogie avec les écoles américaines. Il y a de grosses différences entre le système de polytechnique et celui des écoles américaines - de tout temps:
    - Les études graduées et sous graduées sont TOTALEMENT décorrelées à l’X. Les professeurs ne sont pas chercheurs sur le site. Les chercheurs n’ont que peu de droit de regard sur l’enseignement.
    - L’élitisme du recrutement à l’X est assez incontestable, très élevé, constant dans le temps et je pense que personne ne pense à le remettre en cause. En tous les cas au niveau sous gradué. Au niveau gradué on est beaucoup moins regardant, il faut bien remplir les labos.
    - A polytechnique, pas besoin de ‘faire la pute’ avec ses éleves, puisque l’idée de dons, de mécenat est tres nouvelle. C’est la premiere année que l’on voit une campagne de levée de fond. Je ne dis pas que dans 4 ans des gens ne vont pas avoir des velléités d’accepter des gosses de riches, mais ce n’est pas le coeur du probleme actuel.

    Non le problème de polytechnique tient en quatre mots: MÉPRIS POUR LA RECHERCHE.
    Recherche en tant que débouché pour ses éleves, recherche en tant qu’outil pédagogique - la remarque de AubeMort me fait sourire: non une these c’est pas un truc super long et mega chiant. En France comme ailleurs c’est une excellente école du travail en équipe, de la maitrise et de l’évaluation de systèmes complexes, d’apprentissage de l’autonomie, de développement de capacité de communications, orales et écrites… autant de qualités qui je suis certaine sont utiles… même à un ingénieur - recherche en tant que vitrine de son excellence. Mépris pour les chercheurs aussi: en tant que professionnels et potentiels pédagogues. Je ne sache pas - mais je peux me tromper, tu es plus expert - que les universités américaines n’est jamais eu à faire face à ce problème du mépris. En fait c’est peut être même le problème inverse. Aux US c’était comment faire descendre la recherche au niveau des élèves. Ici c’est comme faire descendre les élèves au niveau de la recherche. Avec une belle inversion des valeurs au passage.

    Alors oui, il semble que les choses bougent un peu sur ce front. Que ce mépris s’estompe. Mais au regard du passé, on est vraiment en droit de se demander ce que l’X va bien pouvoir faire de cet argent. Et surtout à une époque ou la réallocation de ressource est tellement à la monde, pourquoi ne pas commencer par habiller un peu Pierre la Recherche avec les habits de gosse de riche de Paul l’ingénieur.

    Nicole, décidément lasse de sa blondeur

  13. Nicole a dit:

    @ Tom Roud,

    Deux remarques sur ton dernier commentaire.

    Les Britanniques aussi proposent des masteres en un an. Mais bon, ce n’est peut être pas pour rien que les Ms et PhD anglais ont si mauvaise réputation à l’international…

    Le problème de la troisième année d’X - M1 est patent. D’après ce que j’ai compris, l’X donne un diplôme pochette surprise à la fin de la seconde année, pour marquer l’entrée dans les études graduées. Il s’appelle d’ailleurs le diplôme gradué d’ingénierie. On remarque au passage les deux jolis anglicismes. Mais bon, je ne sais pas qui ils espèrent tromper avec cela. En tous les cas, les universités canadiennes que je connais ne s’en laissent pas conter et ne reconnaissent pas ce diplôme. Elles donnent l’entrée en étude graduée qu’à partir du traditionnel diplôme d’ingénieur, après 3 ans de plâtal donc.

  14. benjamin a dit:

    Je suis docteur de l’Ecole de Polytechnique en ayant fait une autre école d’ingénieur avant et je peux attester que je ne me sens pas du tout Polytechnicien. Honnêtement, mis a part un cachet un peu prestigieux qui pourrait éventuellement éblouir 30 secondes un RH n’y connaissant rien à la recherche je ne vois pas ce qu’apporte ce label par rapport à une thèse de Paris 6 ou Paris 11. Il n’y a aucune exigence de qualité supplémentaire pour une thèse de l’X par rapport à d’autre école doctorale, ni à l’entrée (faut bien remplir les labos), ni à la sortie. Il me semble que le problème est bien résumé par Nicole. A l’X et dans les écoles d’ingénieurs plus généralement, tout le monde se contrefout de la recherche. La France est un pays d’ingénieurs et un diplôme d’ingé est toujours mieux vu qu’une thèse. Perso, je trouve ça dommage mais c’est comme ça. En tout cas, pour faire une thèse après l’X quand je vois les salaires de sortie et les carrières possibles dans le privé, il faut vraiment avoir la foi. Déjà moi, quand je compare ma situation 4 ans après ma sortie d’une l’Ecole bien moins prestigieuse avec des camarades de promo qui gagnent le double voir le triple ou le quadruple pendant que je me galère à passer des auditions pour gagner 1800 euros par moi je me demande “à quoi bon ?” en écho avec un autre billet récent…

  15. Idx a dit:

    @Tom Roud

    Tu déconnes pas, t’inquiète pas… Supprimer la formation militaire, sur le plan académique je comprends tout à fait, mais vu le poids des traditions dans cette école, j’y crois pas trop. Bon, durant la première année, il y a quand même pour 30 ECTS de cours, c’est pas rien.

    Pour les masters, il est vrai qu’en sciences pures, faire un master en deux ans est plus la norme, même dans les pays anglo-saxons, mais il n’y a pas de règle absolue. Mais le problème, c’est que: 2ou 3 ans de prépa+3 ans à l’X+2 ans de master après=25-26 ans pour un premier job, sans année de césure, c’est vraiment très tard je trouve par rapport aux autres écoles. Mais bon aujourd’hui la proportion de 5/2 a un peu diminué (vers 1/3 je pense).

    Autre chose, je prends l’exemple des maths app-finance, le cursus est un peu batard: en effet après la troisième année de l’X, qui est celle de M1, on en sait moins que les M2 bien sûr, mais plus que les M1 de la fac ou même que les étudiants en seconde année des autres écoles (c’est pas qu’on est plus fort, c’est juste que la troisième année est déjà très spécialisée, ce qui est rarement le cas ailleurs).

  16. blop a dit:

    @Idx > 2 ans de DEUG + 1 an de licence + 1 an de maîtrise + 1.5 ans de service (bah oui, ça existait encore) + 1 an de DEA + 5 ans de thèse + 5 ans de post-doc… t’as raison, ça commence à faire long.
    :-(

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