30 ans de FIV
Il y a trente ans naissait Louise Brown, dite “SuperBabe”, le premier enfant conçu par fécondation in vitro.
Nature revient dans son édition de la semaine sur cette avancée, et a invité des spécialistes du domaine à se livrer à un petit exercice d’anticipation sur l’avenir des technologies en procréation médicalement assistée. Petit florilège très surprenant, d’autant que les scientifiques anticipent déjà les problèmes éthiques et sociaux associés (qui ne sont pas minces)
FIV traditionnelle
Une idée intéressante est proposée par Alan Trounson, directeur du California Institute for Regenerative Medicine à San Francisco.
Une application sera le développement d’une FIV low-cost, spécialement destinée aux femmes des pays en voie de développement où il y a des discriminations sociales dues à l’infertilité. En réduisant les coûts, en utilisant des drogues bon marché, en extrayant seulement un ou deux oeufs et en transférant un seul embryon, on peut concevoir une FIV coutant moins de 100$.
Il y a cependant une question de sécurité et d’impact sur la santé des enfants :
La question est de savoir si le milieu de culture utilisé pour nourrir les cellules et les embryons avant implantation n’entraîne pas des modifications épigénétiques (des changements dans la façon dont les gènes sont exprimés). Par exemple, il y a quelques indications sur une occurence plus importante du syndrome de Beckwidth Wiedemann chez les enfants conçus par FIV, mais on ne sait pas s’il s’agit d’un vrai effet. Je dis toujours que c’est très rare – mais quand il s’agit de votre enfant …
La fertilité des enfants nés par FIV est aussi intéressante à étudier. Y a-t-il des effets subtils ? Je veux regarder les marqueurs épigénétiques sur ces personnes. (Alastair Sutcliffe, pédiatre suivant la santé des enfants conçus par FIV à University College, Londres).
Vers des gamètes artificiels
La nouvelle application qui vient immédiatement à l’esprit est la fabrication d’ovules et de spermatozoides à partir de cellules adultes. Cela permettrait de littéralement “soigner” la stérilité. La technologie la plus prometteuse actuellement, c’est bien évidemment la fabrication de cellules souches artificielles (les fameuses cellules souches iPS dont j’ai beaucoup parlé ici), à partir desquelles on dériverait des gamètes.
Les questions de l’impact sur la santé des enfants des traitements sur les gamètes et les embryons se poseront évidemment avec plus d’acuité encore sur des gamètes artificiels. Plus généralement, la fabrication de gamètes artificiels pourrait nécessiter la mise en place d’importantes régulations :
N’importe qui, quel que soit son âge, pourra avoir des enfants : du nouveau-né au centenaire.
(…)
Cela signifie aussi qu’on pourra disposer de millions de gamètes qu’on pourra combiner à volonté. Aujourd’hui, on ne peut expérimenter sur des embryons humains car c’est considéré comme moralement répugnant mais aussi parce qu’ils sont très difficiles à obtenir. Mais demain on pourrait cultiver des embryons comme n’importe quelle autre lignée cellulaire. Cela signifie qu’on pourrait introduire n’importe quelle modification génétique. Ces lignées pourraient être utilisées pour corriger une mutation ou introduire et étudier l’impact d’une mutation génétique. Ces cellules deviendraient des objets qu’on pourrait utiliser comme des objets.Je n’ai aucune idée de la valeur morale qu’on donnera à ces embryons.(…). Peut-être que dans 20-30 ans, on lira dans les journaux que quelqu’un a fabriqué 20 000 embryons et étudié leur développement, et on pensera que c’est OK. (Davor Solter, biologiste du développement à l’ Institute of Medical Biology (IMB) à Singapour)
Eugénisme
C’est le problème suivant. Plus on générera d’embryons, plus la tentation de sélectionner pour certains gènes particuliers deviendra forte. Susannah Baruch, directrice du département de génétique reproductive au Genetics and Public Policy Center à Johns Hopkins University à Washington DC se veut rassurante :
On spécule souvent sur l’existence de “designer” pour bébés, mais je crois que cela relève du fantasme. (…) Il n’y a pas un gène de la blondeur, de la taille, de la corpulence ou des gènes de ‘bébé parfait’. Il y a des contributions génétiques, mais aussi des facteurs environementaux cruciaux.
Le plus vraisemblable est qu’on aura des embryons dont on connaitra tous les gènes. Mais un embryon pourra avoir trois gènes prédisposant à la grande taille, deux prédisposant à une santé faible, trois pour une vision moins bonne et d’autres pour telle ou telle maladie. Un autre embryon aura une autre combinaison de gènes favorables ou défavorables. Les données seront affreusement compliquées. Il ne s’agit pas de créér un bébé à partir de rien. Aucun de nous n’est parfait, aucun embryon ne le sera.
Il y aura énormément d’information disponible aux parents, leur utilité n’est pas très claire, et il n’est même pas sûr que beaucoup de parents désirent en disposer. (…) Il y aura certainement des parents qui se livreront à cet exercice, mais le dilemme sera alors de justifier à leurs enfants le choix de gènes faits pour eux…(…) Est-ce que les gens choisiront la FIV pour disposer de ces informations ? La FIV est une technique coûteuse et désagréable; la manière traditionnelle est bien plus amusante et bon marché, et cela ne changera pas d’ici 30 ans !
L’utérus artificiel
C’est l’autre domaine assez actif. L’utérus artificiel changerait complètement notre façon d’envisager la reproduction. Chacun pourrait avoir autant d’enfants qu’il le souhaite, quand il le souhaite. Il y aurait aussi des applications immédiates pour sauver les grands prématurés. Scott Gelfand, directeur du centre d’éthique à Oklahoma State University à Stillwater soulève des lièvres intéressants sur la rencontre entre utérus artificiel, religion chrétienne et capitalisme :
Si on développe un utérus artificiel, le gouvernement pourrait voter une loi obligeant les femmes voulant avorter à placer le foetus dans un de ces ventres artificiels [protégeant ainsi à la fois les intérêts de la mère et de l'enfant à naître]. Il y a environ 1 million d’avortements par an aux US; cela fournirait un million de bébés en plus pour l’adoption. Ce serait un cauchemar.
Il faut aussi penser aux assurances médicales : si cette forme de gestation devient rentable économiquement, les assureurs pourraient obliger les femmes à avoir leurs enfants de cette façon pour éviter tout risque de naissance prématurée ou de syndrome foetal d’alcoolisme. Il faut absolument discuter de ce genre de questions.
Tout cela fait un peu froid dans le dos, non ?
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July 23rd, 2008 at 03:09
Pour avoir encore un peu plus froid dans le dos je vous conseille la lecture de “Autobiographie d’un Virus” de Eric Nataf. Excellent roman qui pose certaines de ces questions et d’autres.
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July 24th, 2008 at 16:37
Salut Tom,
Merci pour ce sujet tout à fait passionant et surtout, parce que ceal me donne une occasion de faire ma blonde.
J’apprenais aujourd’hui justement que le couple le plus célèbre de la planète (juste après Nic et Carla), à savoir Brad Pitt et Angelina Jolie auraient eu recours à la FIV pour concevoir leurs derniers enfants, des jumelles, portant les doux noms de Knox et Vivienne. Ca à l’air d’un gag, mais au dela du fait que personne ne sait si c’est vrai, il est interessant de regarder ce que les journaux en disent: et là c’est la consternation! Les dérives que l’ont a pu craindre ici et là, elles sont exprimées comme des banalités dans la bouche des journalistes “poeple”. Regarder plutôt.
Angie aurait choisi cette option pour ne pas avoir à “endurer le stress associé à l’attente de tomber enceinte”. Un docteur interrogé pour la circonstance affirme aussi que les chances d’avoir des jumeaux à l’age d’Angelina étaient ridicules alors que la FIV les augmente grandement. Il est là clairement insinué qu’Angie aurait fait ce choix pour avoir des enfants plus vite (c’est sur que des jumeaux ça multiplie tout de suite le rendement par deux). Tout ceci étant cohérent avec une phrase tirée d’un interview de la belle qui déclare: “Si on veut avoir 10 gamins, mieux vaut pouvoir les élever quand on est encore jeune”. Ben voyons.
A méditer…
Nicole, the mega blond one
Source:
http://www.usmagazine.com/angelina-jolie-twins-conceived-through-in-vitro
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