Le mème amish

Libé nous apprend qu’en seize ans, la population des Amish aux Etats-Unis a doublé.

A ce rythme là, un calcul rapide montre qu’il suffirait de seulement 160 ans pour que les Amish soient majoritaires en nombre aux US ! Une bonne illustration d’un avantage évolutif de la religion ? En tous cas, force est de constater que dans l’environnement social américain, les populations Amish ont un avantage sélectif certain, et transmettent leurs gènes plus efficacement aux générations suivantes du seul fait de leurs traditions . Un couple d’Amish a 4 à 5 enfants en moyenne, les a eu certainement assez tôt donc a pu bien s’en occuper; de plus, le célibat est déconseillé ce qui maximise le potentiel reproductif. Tout le contraire – au hasard- du scientifique lambda, à la vie de couple chaotique ou inexistante, ayant des enfants sur le tard s’il en a… En ce qui me concerne, j’ai pour l’instant fitness 0 !

Maintenant, peut-on se rassurer en se disant que les scientifiques participent à l’élaboration de nombreux mèmes (articles, livres, blogs) qui vont marquer les esprits et le monde par leur profondeur et leur puissance ? J’ai quelques doutes : en définitive, la meilleure façon de transmettre un mème à quelqu’un, c’est de l’y exposer depuis tout petit. Là encore, les Amish en sont un très bon exemple : non seulement ils transmettent leurs gènes, mais ils transmettent aussi leurs traditions et leurs religions, puisque les enfants d’Amish restent Amish en général. J’ai tendance à penser que dans le domaine religieux, rares sont les changements profonds d’opinion , pour des raisons qui sont aussi sociales (même s’il existe des contre-exemples comme le créationniste devenu paléontologue). Sans compter que Lewis Wolpert m’a convaincu que les interrogations religieuses ne sont que la conséquence de ce qu’il appelle la “croyance causale“, qui nous permettent aussi de faire de la science; l’homme spontané serait donc religieux…

Finalement, pour la transmission des gènes comme des mèmes, c’est Dieu qui a raison lorsqu’il dit :

Soyez féconds et multipliez-vous, remplissez la terre et soumettez-là

;)

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6 commentaires à “Le mème amish”

  1. Timothée a dit:

    Je fais mon lourd, mais je ne suis pas d’accord avec ta définition de la valeur adaptative… Si tu considères l’espérance du nombre de descendants à la génération +1, OK, mais qu’est-ce qui t’assures que cette situation se repete à la génération +2?

    En fait, si tu veux être sûr de ton coup, il vaut mieux définir la fitness comme l’espérance du nombre de descendants à la deuxième génération (cad la possibilité de faire des descendants qui transmettent tes gènes…)

    Marrant, sinon…

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  2. coincoin a dit:

    On peut toujours être plus lourd : pourquoi s’arrêter à la deuxième génération ? Après tout, celui qui a peu de petits-enfants mais inonde le monde de ses arrière-petits-enfants a sans doute une fitness très élevée. Idem pour celui qui se fait discret sur 25 générations et qui surprend tous les autres en les submergeant de sa progéniture à la 26e (exactement la 26e).

    Bon, c’est gratuit, mais je ne trouve pas que le choix de la génération à prendre en compte soit trivial. Il y a une raison pour s’arrêter à la 2e ? (si c’est que ces considérations abstraites tordues n’intéressent personne et que dans la pratique ça marche très bien, ça me va très bien. Je n’y connais pas grand-chose en valeur sélective, j’espère que naïveté avouée est à moitié pardonnée :-p)

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  3. Tom Roud a dit:

    La question est légitime, mais justement dans le cas des Amish, les enfants restent dans la communauté et adoptent donc la coutume (le mème). Donc la génération n+1 est culturellement identique à la génération n, mais plus nombreuses, d’où la valeur adaptative plus élevée. Cela dit, il doit y avoir des effets de cosanguinité sur le long terme aussi (mais un peu de cosanguinité peut être meilleur que pas de cosanguinité du tout, voir ce billet ).
    On aurait un problème si les Amish avaient beaucoup d’enfants, mais ceux-ci, par dégoût, se détournaient de la religion.

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  4. citizen99 a dit:

    Les organismes sont capables de générer de nouvelles caractéristiques utiles, avec seulement de petites mutations. Et aussi d’anticiper le futur. Tout ça à partir de la compréhension du passé de leur environnement.

    Source : http://www.unisciences.com/biologie/news/adaptation_futur.php?id=352

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  5. Tom Roud a dit:

    @ citizen 99 : les travaux d’Alon and co. n’ont rien à voir avec ce dont on parle ici. De plus cela ressemble très fortement à un truc qu’ils ont déjà publié en 2005 dans PNAS, sur la “modularité” dans l’évolution, concept très vendeur (mais jusque maintenant adaptable à toutes les sauces, c’est comme la “robustesse” et “l’évolvabilité”).

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  6. Jean-no a dit:

    Dans de nombreuses religions l’ordre est donné de multiplier les adeptes par la reproduction sexuée et non seulement par le porte à porte – c’est l’origine de l’opposition catholique à toute méthode de contraception par exemple.
    D’expérience, je ne pense pas qu’on peut dire que les croyances sont d’autant plus fortes qu’elles sont enracinées : c’est le fait de croire qui est puissamment ancré, mais ça n’empêche pas la croyance de changer (toujours très violemment) d’objet. C’est comme ça que les gens qui sont embrigadés dans tel groupe islamiste dur étaient juste avant de fervents catholiques. Ce sont aussi ces gens qui placent toutes leurs billes dans une croyance qu’ils veulent totale. Pour eux les choses sont à prendre ou à laisser et elles sont exclusives, ils passent d’une religion à une idéologie politique ou à un paradigme scientifique, chaque fois en épousant totalement la cause en question, incapables de placer les choses sur des plans séparés, tout est parfaitement vrai ou totalement faux, ils sont d’une très grande fragilité au doute (un mail vaseux d’un stagiaire du Giec et ils sont convaincus que l’automobile n’a jamais existé). Ce sont les rares vrais croyants (la plupart des gens ne croient pas réellement en quoi que ce soit, la foi est juste un outil commode mais presque personne n’agit comme quelqu’un qui croirait réellement en l’existence de dieu par exemple), l’objet de leur croyance est la foi elle-même. Ils sont drogués aux certitudes globales, un peu comme des enfants ont besoin de penser que le monde qui les entoure est stable…

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