Du doctorat et de mon statut social

Je m’aperçois au détour de mes lectures sur les blogs et sur les sites web qu’il y a une grande confusion entre doctorant et post-doc.

J’ai soutenu ma thèse il y a maintenant plus de trois ans. Officiellement, je ne suis plus Mr Roud, mais bien Dr Roud. C’est comme ça qu’on m’appelle dans les communications avec les revues scientifiques, c’est aussi comme cela que m’appellent les étudiants, mon administration, mais aussi ma banque et ma carte de crédit. C’est un aspect agréable aux US : le diplôme de docteur est tellement respecté qu’il change votre qualité (parce qu’en France, pas de soucis, je serai toujours M. Roud, le docteur est réservé aux médecins ).

J’ai maintenant fait plus de recherche en tant que docteur qu’en tant que doctorant (i.e. chercheur préparant une thèse). Même si je me considère toujours comme un peu “jeune” en dehors de mon domaine d’expertise propre, je n’ai aucun problème pour parler d’égal à égal avec des chercheurs permanents (le cas échéant pour critiquer vertement leur travail); j’ai référé de nombreux articles pour des revues scientifiques, j’ai évalué des demandes de fonds pour des projets de recherche, et j’ai même écrit une critique de livre scientifique pour une revue récemment. Je m’estime donc relativement reconnu par mes pairs et ma communauté; je pense même lui être utile puisque je suis assez souvent sollicité.

Pourtant, je suis encore et toujours dans cette espèce de flou artistique institutionnalisé dans le monde de la recherche depuis des années et qui se généralise pour quasiment tous les jeunes en sortie d’études : le moment entre l’obtention du diplôme final et le recrutement sur un emploi stable (i.e. à durée indéterminée, le genre de contrat qui n’a pas besoin d’être renouvelé périodiquement et qui permet de faire des projets d’avenir). Je suis donc chercheur en post-doc (post-doctorat, après le doctorat). Encore une fois, dans mon université US, le statut de post-doc est reconnu. Le Président de notre université, ancien Prix Nobel, nous l’a déclaré lors de la retraite des post-doc : les post-doc sont les moteurs de l’université, car ils sont formés, autonomes, et font effectivement la recherche des professeurs trop occupés à rédiger des demandes de fond ou à enseigner (bien sûr, il nous a un peu brossés dans le sens du poil, car les doctorants sont tout aussi importants). Nous avons aussi une espèce de syndicat.

Si je suis la substantifique moelle de mon labo, il n’en reste pas moins que mon salaire et mon contrat sont réévalués chaque année (heureusement, mon chef m’aime bien, me garde et m’augmente généreusement tous les ans…), et que le versement de mon salaire est, je cite, “subordonné à ma performance”. Et la situation générale des post-doc se dégrade. Pablo avait publié un billet intéressant là-dessus : les post-docs sont devenus la variable d’ajustement du travail scientifique. Officiellement, les instances vous diront que c’est parce que vous avez besoin de “faire vos preuves” , mais comme dit Pablo :

Je veux bien croire qu’un papier [article] de plus ferait beaucoup de bien à mon CV, de même qu’un cours donné de plus, ou une bourse obtenue. Mais c’est une course sans fin. Et les raisons en sont assez simples. Le nombre de doctorants et de post-doctorants ne cesse d’augmenter, mais le nombre de postes de prof est stable. La compétition est de plus en plus féroce. Il faut plus de publications que son voisin. Une année de post-doc supplémentaire vous rend plus compétitif. Mais comme votre voisin a le même raisonnement, vous vous retrouvez tous les 2 à faire une année de plus puis une autre puis une autre jusqu’à ce que l’un des deux ait de la chance ou abandonne.

Et en France me direz-vous ? Fert était interviewé sur France Inter et a balancé une grosse contre-vérité en disant que les post-doc longs étaient réservés aux étrangers : la réalité, c’est que les post-doc longs sont le lot commun des français. Exemple typique: à ma connaissance, un seul de mes camarades de DEA (fait à l’Ecole Normale Supérieure avec une bonne proportion de normaliens et d’X; c’était il y a tellement longtemps qu’on appelle cela M2 maintenant !) a eu un poste pour l’instant, mais :
- ce n’est pas en France
- mon camarade est le seul à ma connaissance qui ait bifurqué vers la physique expérimentale après le DEA

La situation n’est d’ailleurs pas prête de s’améliorer : voir l’exemple de l’Allemagne avec l’exploitation pure et simple de docteurs grâce aux lois scélérates obligeant à accepter des “offres d’emploi raisonnables” comme on dit dans notre beau pays …

Tout ça pour dire que la situation de post-doc n’est pas la plus confortable du monde ni la moins angoissante; c’est pour cela que symboliquement c’est important d’insister sur notre rôle dans le recherche et de mettre en avant nos compétences qui ont été sanctionnées par l’obtention de notre diplôme :

Je suis Docteur !!!!

:P

[On pourra aussi se référer aux deux excellents billets de Benjamin "comment devient-on chercheur ?", partie I et partie II]

Aucun billet similaire

9 commentaires à “Du doctorat et de mon statut social”

  1. JF a dit:

    Salut,

    Deux commentaires :

    1) sur le nombre de post-docs et de docteurs par rapport au marché du travail académique, et la difficulté de trouver un job permament. Toi qui es modélisateur, tu devrais apprécier le petit calcul de coin de table suivant. Si tu pars du principe que tout docteur devrait (dans un monde idéal), obtenir un job académique, tu as alors un moyen très simple d’estimer combien il faut en former : exactement autant que de départs en retraite. Ou pour dire les choses autrement, chaque professeur a le droit de former dans sa carrière un et un seul thésard — son successuer. Tout docteur en excès de ce nombre be pourra pas obtenir un job académique.

    Bon, les choses sont un peu plus compliquées en vrai. Tu as un peu de “pertes”, de docteurs qui ne veulent de toutes façons pas rester dans le monde académique, des choses comme ça. Mais ça te donne un ordre de grandeur.

    D’autre part, en période de croissance de la taille des universités, on fait plus que remplacer les départs en retraite, on embauche du monde en plus. Bon, disons que si on double la taille de l’université en une génération, chaque prof a le droit de former deux thésards dans sa carrière.

    La morale de l’histoire est claire : tout docteur sortant, au delà du premier (ou du second) par prof, n’a pas vocation à trouver un job universitaire.

    2) Sur les questions de statut et de regard des autres. Je ne te rejoins que partiellement sur ton analyse du post-doc comme “une période de flou entre la thèse et un vrai boulot” (je rephrase). Je pense que c’est largement une question de comment tu te perçois, et comment les autres te perçoivent. Si ton idéal dans la vie c’est le CDI-je ne bouge plus de ma ville-et je fais construire ma maison, alors en effet, c’est une période de flou. Sinon … Ben, c’est un job, pour lequel tu reçois un salaire, et qui te permet de vivre décemment. Il y a plein de gens dans le monde (et même en France !) qui travaillent sur des contrats à durée déterminée, et qui ne sont pas pour autant malheureux.

    Comme dans tous les jobs, tu as une marge de négociation vis à vis de ton patron. Mais il n’est pas vrai que tu sois pieds et poings liés à la merci de son bon vouloir. Il a besoin de toi autant que tu as besoin de lui, et tu as une marge de négociation qui tourne autour d’un point très simple : “si je ne suis pas content de mes conditions de travail, je me casse” (je suis payé pour le savoir. Littéralement). De nos jours, trouver de bons candidats pour occuper un job de post-doc, c’est pas si simple…

    Le regard des autres est important aussi. Tu le dis très bien : tes collègues (US) te considèrent comme un chercheur à part entière. Bien sûr, ce n’est pas le cas des Français, parce que tu n’as pas de Poste, et tant que tu n’as pas de Poste, tu n’es pas un “vrai” chercheur, n’est-ce pas; la seule chose qu’on imagine que tu doive faire, c’est mendier auprès des universités pour qu’on consente à te donner un Poste, et l’idée saugrenue que tu puisses avoir des choses à dire scientifiquement ne va même pas les effleurer. Bon. Je sais, j’y suis passé aussi (il y a même encore des gens en France qui n’ont toujours pas compris que un job, j’en ai un, et que si je suis prêt à *accepter une offre* en France, je ne suis pas prêt à *solliciter un poste*. Re-bon).

    Le point, c’est que ce n’est pas parce que c’est le regard qu’ont les Français sur la situation, que c’est la vérité ou même la seule façon de voir les choses. Tes collègues US ou autres l’ont bien compris, qui font la différence entre tes compétences professionelles, qui sont une chose; et la forme juridique de ton contrat (post-doc, CDD, tenure), qui en est une autre, très différente. Les Français ne l’ont pas compris, ce n’est pas pour autant que tu dois accepter leur vision du monde.

    Une partie du problème, c’est que les post-docs (surtout Français) ont du mal à faire la différence entre un métier et un statut. Post-doc, ce n’est pas un métier; ton métier, c’est chercheur, et tu le fais plus ou moins bien comme il y a de plus ou moins bons plombiers ou boulangers. Ton statut, c’est CDD de type post-doc ou professeur adjoint tenure track. Ce sont deux choses différentes. Aurais tu l’idée de dire de ton garagiste qu’il est “garagiste en CDD” (par opposition à l’autre, qui serait “entrepreneur garagiste” ? Probablement pas, tu te contenterais de dire que c’est un bon (ou un pas bon) mécanicien…

    Que tu es envie de changer ton statut ou la forme juridique de ton contrat est compréhensible, oh combien. La aussi, je suis payé pour le savoir. Ca ne changera pas pour autant ton métier, ni la façon dont tu rempliras la marmite : à la fin du mois, ce qui te nourrira c’est toujours ce que tu produiras scientifiquement.

    [Reply]

  2. Pierre-Henri a dit:

    Bonjour,

    Je suis pour ma part docteur en littérature. Ma situation est donc très différente de la vôtre, et sans doute bien pire. A titre d’exemple, j’ai postulé récemment, et en vain, pour un “contrat d’avenir” à 900€ euros brut par mois. Dans les textes, ces contrats sont réservés aux rmistes longue durée, dépourvus de diplômes et en grande difficulté d’insertion … voire aux personnes souffrant d’un léger handicap mental. En réalité, le contrat était proposé par l’Education Nationale pour une activité d’enseignement, et les candidats étaient tous des bac+5, bac+8. Ce genre d’anecdote situe bien le statut social du docteur en France. Je sais donc de quoi je parle quand j’évoque la situation du docteur précaire.

    Cependant, à considérer toutes les données en jeu, j’en viens à des conclusions différentes des vôtres, sur deux points.

    1) Le doctorat est un diplôme qui n’a pas de valeur en lui-même. Cette dernière est terriblement fluctuante d’une institution à l’autre, voire d’une discipline à l’autre. Le titulaire d’une doctorat peut-être, au choix, un excellent spécialiste dans un domaine, un pesant bavard qui a obtenu son parchemin grâce à la lassitude de son directeur, un obscur tâcheron récompensé pour avoir essuyé les plâtres dans son labo pendant des années, un amateur qui se prend pour Marcel Proust, un complet illuminé, et j’en passe. Je rappelle, par exemple, qu’Elizabeth Teissier est docteur des universités. Et encore, seule sa célébrité a assuré un retentissement à l’affaire. Des milliers de thèses aussi mauvaises que la sienne sont soutenues dans toutes les universités de France, dont on entend jamais parler car leurs lauréats sont inconnus. C’était d’ailleurs la défense des membres du jury : sa thèse n’était pas plus nulle que ce qu’on distingue habituellement.

    Etant donné votre parcours, vous êtes à l’abri de la médiocrité (aucune mauvaise pensée de ma part dans cette remarque). Cependant, vous devriez aussi prendre en compte la situation globale.

    Comme les labos sont financés au pro-rata des doctorants, le système pousse à la surproduction de thèses (1), ce qui engorge le marché de l’emploi potentiel dans une proportion énorme. Est-ce la faute des recruteurs si les universités tamponnent 20 ou 30 fois trop de thèses, de qualité inégale qui plus est ? Ou, à l’inverse, pensez-vous réellement que l’économie française soit capable de créer 10 000 nouveaux postes de chercheurs par an ? Pour faire quoi ?

    2) Ma seconde remarque sera de nature plus politique. La mauvaise situation des docteurs en France est aussi dûe à la vague d’anti-intellectualisme, d’anti-élitisme qui traverse notre pays, grosso modo, depuis 1968. Se réclamer d’une certaine expertise, d’un certain niveau, dans notre pays, fait toujours mauvais genre. On se trouve vite catalogué parmi les bourgeois, les élitistes, voire les crypto-fascistes. Ecrire une langue correcte, faire preuve d’un minimum de culture et de rigueur intellectuelle vous vaut assez facilement l’accusation de lepénisme.

    Le schéma bourdieusien de la culture, perçue comme instrument de reproduction sociale au service des dominants, a entièrement envahi le paysage intellectuel français (2). Même à l’université, il faut parler jeune, s’intéresser au rap et au rock, travailler sur Amélie Nothomb plutôt que sur Saint-John Perse ou Bossuet, cacher son admiration pour la beauté des grandes oeuvres, et surtout ne pas — au grand jamais — imposer la moindre exigence aux étudiants.

    En d’autres termes, les chercheurs n’ont aucun statut en France parce qu’ils se haïssent eux-mêmes. Plus précisément, ils méprisent le savoir et la culture dont ils sont cependant supposés être les dépositaires. Leur système de pensée, à force de gauchisme, est devenu suicidaire : si la culture est l’expression d’une domination de classe, si le savoir est par définition bourgeois et prosélyte, pourquoi continuer à financer la recherche fondamentale ? Si Beidbeger vaut Montaigne, pourquoi financer des recherches sur Montaigne ? Si n’importe quelle production d’étudiant vaut la “Recherche du temps perdu”, pourquoi payer des salaires à des gens dont le travail consiste à lire Proust ?

    En bref, les chercheurs français ont imposé une conception du savoir qui les rend inutiles.

    Je finirai par une confidence personnelle. Je m’accommode de mes difficultés financières. Après tout, j’ai choisi en toute connaissance de cause un secteur d’activité non rentable. En revanche, je souffre énormément de cette atmosphère d’anti-intellectualisme. J’en ai assez d’être suspecté d’intégrisme parce que je pense qu’un graffiti ne vaut pas une Vierge de Raphaël ; assez d’être accusé de racisme parce que je situe Bach loin au-dessus du rap ; assez d’être taxé de prosélytisme crypto-fasciste pour estimer qu’une écriture correcte constitue la moindre des politesses pour son lecteur ; assez de devoir adopter sans cesse un profil bas, même à l’université, même à l’éducation nationale, même parmi les acteurs de la vie culturelle, parce la moindre de trace d’exigence vous range sans procès au rang des ennemis du peuple.

    ——————————————-
    (1) cf Pierre Jourde et alii, “Université : la grande illusion”, Esprit des péninsules.
    (2) à droite autant qu’à gauche. Lorsque Sarkozy conchie la “Princesse de Clèves”, il joue à merveille sa partition bourdieusienne. Il s’affirme symboliquement en protecteur du peuple contre l’oppression, évidemment fictive, qu’exerceraient les intellectuels.

    [Reply]

  3. pc a dit:

    Pour nous autres professions médicales françaises, la thèse et le titre de docteur sont d’une tout autre importance puisqu’ils conditionnent le droit à  travailler à  son compte en tant que travailleur indépendant sous notre propre responsabilité.

    [Reply]

  4. Tom Roud a dit:

    @ JF :
    1) le calcul de coin de table est aussi intéressant car il montre pourquoi le système de recherche français n’est pas viable si on va vers un fonctionnement à l’américaine : un tel système ne peut marcher qu’avec de nombreux débouchés hors université. Et comme le doctorat n’est pas assez reconnu en France …

    2) Je ne souffrirai pas de ma situation si elle n’avait pas de graves conséquences personnelles. Cela fait 3 ans que je vis loin de ma femme. Certes, l’université a besoin de post-doc, mais à ce stade, il y a encore plus de post-docs que de jobs sur le marché. Donc nous ne sommes pas en position de force pour négocier. J’aime mon métier (et je suis maintenant convaincu que je pourrais potentiellement en vivre si je voulais), mais mon statut a des conséquences pratiques sur le reste de ma vie.

    @ Pierre-Henri : merci de votre réaction, je n’aurais qu’un conseil : partez de France ! Il y a beaucoup de bonne recherche ailleurs; même dans d’autres pays francophones (je pense au Québec ). Vous verrez que ça a du bon d’être respecté scientifiquement et (surtout) financièrement …
    Pour le reste, il ne faut pas croire non plus que toutes les thèses sont équivalentes ailleurs; au final, ce sont vos publis qui comptent.
    Sinon, je suis d’accord qu’il y a une perte de respect pour le savoir et la culture, qui se traduit très bien politiquement, mais je ne pense pas que cela vienne particulièrement des thèses de Bourdieu (qui l’a vraiment lu parmi ceux que vous critiquez ?), à mon avis c’est plus général que ça et vient plutôt de notre système qui valorise de plus en plus l’individualisme.

    @pc : merci, je ne savais pas, mais il n’en reste pas moins qu’aux US, on m’appelle Phd, les docteurs étant d’ailleurs MD pour faire la distinction …

    [Reply]

  5. erathrya a dit:

    “parce qu’en France, pas de soucis, je serai toujours M. Roud, le docteur est réservé aux médecins .”

    Pas tout a fait. Tu as legalement le droit d’utiliser ton titre de docteur, (par exemple sur ta carte bancaire) si tu le souhaites. et je ne m’en priverai pas si je rentre un jour en France!

    Je cite un commentaire d’un arret du conseil d’Etat (que je peux t’envoyer si tu es curieux!).

    “Pendant longtemps, la seule profession impliquant obligatoirement pour
    son exercice un niveau universitaire de doctorat étant celle de médecin, les termes docteur et médecin devinrent synonymes par usage…. Mais aucun texte n’empêche, pas plus en France que dans l’espace européen ou ailleurs, de faire précéder son nom de « docteur » si tel est le cas.”

    [Reply]

  6. JF a dit:

    ” il montre pourquoi le système de recherche français n’est pas viable si on va vers un fonctionnement à l’américaine” : tu pars de l’hypothèse que la société Française est incapable de bouger, et qu’il n’y aura jamais, jamais (“never ever”) de job non-académique pour les docteurs en France. Si c’est pas du pessimisme…

    Par ailleurs même dans le système pas américain actuel, on forme de toutes façons bien plus de docteurs que l’université ne peut en consommer, ça n’a rien à voir ! Si mes souvenirs sont bons on est à 10 000 soutenances par an pour 90 000 EC + EPST, donc 9 ans de production de docteurs suffit à renouveller l’ensemble de la population. Je vois pas le rapport avec les choix sur le financment ou l’autonomie des universités.

    Sur le second point, il s’agit surtout de ressenti et de vécu personnel, donc ça n’a guère de sens d’en discuter. Je crois quand même que les docteurs (Français ?) ont une forte tendance à sous-estimer, et leurs compétences, et leurs atouts. Quand tu dis “bof y’a pas de débouché pour les docteurs en France”, ou “de toutes façons j’ai aucun pouvoir de négociation”, je ne suis pas entièrement convaincu ni de l’un ni de l’autre… et du reste c’est pas forcément pire que n’importe quelle autre profession surtout “rare” (je veux dire, ou le marché du travail est d’échelle mondiale, pas garagiste quoi). Si tu es ingénieur de recherche ou trader à la City, ou pilote de ligne, ou médecin spécialiste, tu n’as pas non plus tellement le choix de l’endroit où tu va vivre et tu n’as pas plus de pouvoir de négiciation (ou pas moins, selon comment tu vois les choses).

    [Reply]

  7. Tom Roud a dit:

    @ JF :

    tu pars de l’hypothèse que la société Française est incapable de bouger, et qu’il n’y aura jamais, jamais (”never ever”) de job non-académique pour les docteurs en France. Si c’est pas du pessimisme…

    Ah bon, tu as des raisons d’être optimiste, sachant que le système des Grandes Ecoles a plus de 200 ans, que tous les décideurs en sont issus, et que nos politiques méprisent la recherche ? ;)

    Le rapport avec la réforme actuelle est que plus on finance sur projets, moins les chercheurs font de recherche effective car il faut qu’ils cherchent les fonds, et donc plus il faut d’étudiants pour faire tourner la boutique.

    Pour le pouvoir de négociation en France, je parle un peu d’expérience. Lors de mes dernières candidatures en France, j’ai plus ou moins sous-entendu que comme ma femme venait d’avoir un poste, c’était maintenant ou jamais car quand elle aurait monté effectivement son labo, il ne serait plus question de bouger. Apparemment, cela n’a pas convaincu les recruteurs, même dans mon labo de thèse; je ne dois pas être assez bon ;( .

    [Reply]

  8. Aisling a dit:

    Sur la difference metier vs. statut pour les post-docs, j’apporterai quand meme un serieux bemol: deja en France pour trouver un “vrai” post-doc, c’est a dire avec un financement officiel de post-doc CNRS, INRIA, INRA ou INSERM, il faut postuler au maximum deux ans apres la soutenance de these – ce qui fait surement dire a Albert Fert que les post-docs longs ne sont pas pour les francais: au bout de deux ans, ils sont senses avoir trouve un Poste ou avoir lache l’affaire. Ensuite, evidemment, il est possible d’avoir des CDDs et bourses diverses finances sur “projet” faisant fi de ces contraintes, mais il n’en reste pas moins que la vocation officielle du post-doc est d’etre effectue un ou deux ans apres la these maximum. Et aux US, a ma connaissance, au dela de 5 ans apres la soutenance de these c’est pareil – c’est possible evidemment, mais il faut quand meme ruser, ou alors passer au statut de post-doc bis, a savoir “research fellow”. Ensuite, meme si dans beaucoup d’aspects, “le metier est le meme”, le post-doc/research fellow est limite dans les responsabilites d’encadrement par exemple, ainsi que pour les deplacements en conf (dans la plupart des cas que je connais) deux aspects qui font quand meme beaucoup pour la progression dans le metier. Donc, quelque part, oui le post-doc est bien un chercheur de metier mais son statut en dit quand meme pas mal sur la realite quotidienne de son travail, y compris la precarite de sa situation, puisque ce type de poste est temporaire – du temporaire qui dure de plus en plus, mais temporaire quand meme. Et mine de rien, aux US meme si le post-doc est plus considere qu’en France, on a vite fait de se renseigner sur le statut de chacun et d’en tirer des conclusions sur ceux qui ont un Poste et les autres… (air connu)

    [Reply]

  9. Déréglé temporel a dit:

    Tu dois sûrement connaître ces BDs qu’un ami m’a fait parvenir pour que je sache ce qui m’attends à plus ou moins brève échéance?
    http://www.phdcomics.com/comics.php?f=1101

    [Reply]

Laisser un commentaire

Additional comments powered by BackType

  • Blog Bro

    expatriate
  • Catégories