La recherche, une administration publique ?

En surfant sur le monde, je suis tombé sur cette chronique d’abonnés qu’il convient de commenter malgré ma léthargie actuelle tant elle relève… de quoi exactement ? D’une incompréhension de la recherche ? D’une mauvaise foi involontaire ? D’une rigidité d’esprit bien française ?

Sauvons la recherche… des chercheurs !
par Macpomme, haut-fonctionnaire

Dès le titre, j’ai ressenti comme un gros malaise. A 25 ans, j’aurais pu devenir moi aussi haut fonctionnaire, et peut-être que j’aurais pu écrire une telle tribune quelques années plus tard. Mais j’ai plutôt choisi dans la recherche.

Et j’ai découvert qu’il y a des choses qu’on comprend beaucoup mieux en les vivant. La façon de faire de la recherche en général. En particulier, que l’évaluation pour les chercheurs, c’est d’abord au niveau du recrutement. Or, le jeune de 24 ans qui veut devenir chercheur au moment même où certains deviennent haut fonctionnaire n’est qu’au début du parcours. Il doit d’abord avoir une bourse de thèse (première évaluation). Il travaille ensuite pendant plusieurs années et passe sa thèse, seconde évaluation, que notre auteur qualifie de “plaisanterie” plus bas, oubliant qu’ environ 20% des thèses de biologie et environ 65% des thèses en science humaine ne vont pas au bout – voir ce document. Ensuite vient le temps du post-doc (troisième évaluation, on ne peut pas aller n’importe où, et re-recherche de financement). Il arrive à 30 ans et quelques au concours, quatrième évaluation bien sûr. Le truc, c’est que le jeune chercheur, quand il est évalué, a des chances non négligeables de devoir quitter la recherche.

Ah mais bien sûr, je suis totalement hors sujet. Les doctorants et les post-doc, la plèbe qui fait tourner les labos, n’ont pas le droit de cité dans le débat actuel sur l’évaluation. On ne parle que des chercheurs permanents. D’ailleurs que nous dit-on ?

Tous les fonctionnaires et agents publics font l’objet d’une évaluation annuelle. Celle-ci est serrée, avec des objectifs assignés. C’est l’application de l’article 15 de la Déclaration des Droits de l’Homme : “La société a le droit de demander compte à tout agent public de son administration”. Il doit être rendu compte aux citoyens de l’emploi des crédits de la recherche – considérables quoi qu’en disent les membres du collectif.

Or, nombre de chercheurs ne font plus l’objet d’aucune évaluation en cours de carrière. Certains n’ont plus publié depuis très longtemps. Dire que les chercheurs sont évalués parce qu’ils ont passé devant un jury de thèse est une plaisanterie. C’est d’une évaluation ANNUELLE, au même titre que le budget de l’Etat est annuel, dont nous parlons.

Face à ce genre de phrases, commençons par rappeler l’évidence. La recherche n’a absolument rien d’une administration publique. Par exemple, il est relativement impossible, voire dangereux de planifier réellement des objectifs de recherche. Il est donc impossible, voire dangereux d’évaluer en fonction de ces mêmes objectifs. La recherche publique n’administre rien : elle doit au contraire déblayer le terrain, ouvrir de nouveaux horizons …. Le temps de la recherche n’est pas non plus compatible avec une évaluation annuelle !

Disons-le donc clairement : la recherche scientifique n’est juste pas compatible avec la vision serrée de la fonction publique de notre abonné haut fonctionnaire. S’il y a des avantages pour un chercheur à être fonctionnaire, la lecture littérale du statut crée des problèmes. Par exemple, une évaluation annuelle est impossible pratiquement (prenant beaucoup trop de temps) et idiote (Rome ne s’est pas faite en un jour, ni la théorie de l’évolution d’ailleurs). Le recrutement est une mauvaise plaisanterie depuis de trop longues années : au nom de l’égalité républicaine devant le concours, on mène une parodie d’audition voyant défiler à tour de bras des candidats pendant 10 minutes…

On pourra rétorquer que la fonction publique est la fonction publique, et qu’on ne peut y déroger ? Et bien quoi, n’est-on pas dans un pays de rupture autoproclamée ? La modulation de service proposée n’est-elle pas déjà une brisure d’un statut ? Et au nom de quoi serait-il scandaleux d’avoir un statut spécial pour les chercheurs dans la fonction publique, adapté à la réalité du monde de la recherche scientifique ?

Sur les obligations de service, la question des enseignants chercheurs est également délicate. Le projet redonne du pouvoir au présidents d’universités, c’est-à-dire à une autorité académique. C’est là qu’on touche le fond de cette contestation. Jusque là, on peut dire que “on ne conteste pas le principe de l’évaluation, du contrôle”, que “tout cela doit être adapté”, que “le décret est maladroit”, etc. Mais là, le masque tombe: c’est le refus de toute autorité, de toute contrainte et – à la limite – de toute contrepartie à un traitement qui point derrière ce refus. Le chercheur ne serait qu’un être seul n’acceptant de brider sa liberté qu’au sein d’un petit cercle de pairs qu’il reconnaîtrait. C’est évidemment inacceptable pour les citoyens que nous sommes. Le chercheur n’est ni un citoyen au-dessus des autres ni un agent public investi d’une mission de droit divin.

Ce qui est fascinant dans ce débat, c’est de voir à quel point le bon vieux jacobinisme français ressurgit à tous les coins de rue. Soit on est d’accord avec le principe d’un hyperprésident d’université, soit on est un anarchiste au-dessus des autres “investi d’une mission de droit divin”. Comme souvent dans ce débat, il serait bon de prendre un peu de recul, en regardant par exemple à l’étranger. C’est vrai que les universités aux Etats-Unis par exemple sont beaucoup plus autonomes, que les dirigeants ont beaucoup plus de pouvoir. Mais les contre-pouvoirs sont eux aussi beaucoup plus forts.

L’université américaine est plus proche d’un système d’auto-organisation grass-root, où les professeurs désignent eux-mêmes leurs chairs, votent régulièrement sur les questions importantes, s’organisent pour faire passer leurs idées, arrivent à obtenir régulièrement des têtes dans la hiérarchie quand quelque chose ne leur plait pas, se syndiquent, mettent en place contestation et recours réguliers. On est très loin d’un système où les profs obéissent le doigt sur la couture au Président d’Université . Qui peut croire que dans des pays de tradition libérale, l’autorité décide et la plèbe des chercheurs obéit ? Les haut-fonctionnaires français apparemment, leur Président de la République, et c’est bien cette vision que combattent les chercheurs français.

Enfin, l’obligation de répondre à des appels à projet, réalité désormais bien installée, fait l’objet de nouvelles attaques. Il faut prévenir les chercheurs: ceci est la réalité et il vaut mieux s’y faire que de continuer à le refuser, il n’y aura aucun retour en arrière parce qu’il s’agit d’une règle qui dépasse largement la France et même l’Europe.

Plus je lis cette tribune, plus je m’énerve. Un truc qu’on apprend rapidement dans la recherche scientifique, mais apparemment pas dans la Noblesse d’Etat sélectionnée sur concours : les arguments d’autorité sont une marque de naiveté et de faiblesse, à l’image de cette invocation d’un pseudo principe de réalité issu d’une vision court termiste, purement technologique de la science. La “règle” est d’abord modulable (quid de la proportion de projets blancs ?) et ensuite contestée même dans le pays de la technologie roi.

Eh bien la remise en cause est le début du progrès…

Une phrase à méditer dans les cabinets ministériels.

Mon interpellation n’a pour but que de faire ressentir ce que le citoyen ne peut entendre ni comprendre dans le langage actuel du collectif “sauvons la recherche”.

Mais vous n’êtes pas un citoyen ordinaire. Vous êtes un haut fonctionnaire, un administrateur de l’Etat. En tant que tel, vous devez avoir une vision réaliste, à long terme de la situation, pour améliorer les choses. La vision de la recherche exprimée au plus haut sommet de l’Etat est déformée, confuse; le nouveau système qu’on nous promet est un système bâtard et mal foutu, prétendument inspiré par ce qui se passe à l’étranger mais en réalité imprégné d’un autoritarisme centralisateur bien français, et qui, j’en suis convaincu, n’améliorera pas grand chose. Je dois le dire, cela me fait mal au coeur, et pour parodier le titre de cette tribune, je pense qu’il faudrait sauver la recherche de certains haut fonctionnaires…

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43 Responses to “La recherche, une administration publique ?”

  1. Benjamin

    Chacun ses petites manies; ce qui a fait bondir notre ami haut fonctionnaire et motivé sa tribune, c’était probablement “entendre une chercheuse renommée énoncer doctement à la radio que ‘nous ne sommes pas des employés de l’Etat’ ”

    Pour être plus juste, l’auteur de cette tribune ne dit pas que la soutenance de thèse est une plaisanterie, mais que prétendre que les chercheurs sont évalués par qu’ils ont soutenu une thèse en est une, c’est tout différent. (moi je trouve que la soutenance est une plaisanterie, mais bon…)

    Le noeud du problème selon moi, c’est cette phrase :

    “nombre de chercheurs ne font plus l’objet d’aucune évaluation en cours de carrière. Certains n’ont plus publié depuis très longtemps”

    Dans quelle mesure cette affirmation est-elle vérifiée? Combien de chercheurs ne font vraiment plus rien (on en connait tous, mais combien sont-ils)? Combien sont effectivement évalués tous les 4 ou 5 ans? Ce sont ces chiffres qui doivent alimenter le débat sur l’évaluation, non? (par ailleurs, il me semble que l’accumulation des post-docs est un phénomène récent auquel beaucoup de chercheurs aujourd’hui titulaires (“les vieux”) y ont échappé, que le recrutement n’a pas toujours été aussi compétitif, et qu’on ne peut pas comptabiliser cette évaluation-là pour eux comme pour toi.)

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  2. Tom Roud

    Pour la thèse, si la soutenance est une plaisanterie, il n’en est rien du travail y menant … C’est d’ailleurs à ça qu’on voit une bonne recherche : quand les étapes d’évaluation sont une plaisanterie.

    Sinon je suis d’accord qu’il faudrait bien quelques chiffres. Mais pour revenir sur la différence entre les vieux et les jeunes, tu vois bien qu’au nom d’abus de certains dans le système depuis X années, on diminue les postes au concours par exemple et on fait donc payer aux jeunes les abus de leurs aînés. C’est ça qui me semble insupportable dans la situation française aujourd’hui.

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  3. Anne Onyme

    Et M. MacPomme, il est evalué comment ? Et où est le résultat de son évaluation ?

    A l’INRIA, le rapport d’activité annuel d’une équipe est publié tous les ans sur le site WEB et librement accessible.

    Ceux qui souhaitent évaluer la qualité de la recherche française sans rien ni connaître, parce que l’on doit rendre des comptes puisque l’on est payé sur des fonds publics devraient faire un tour sur HAL et lire un peu ce qui s’y trouve.

    Combien y-a-t-il de profession où l’on peut savoir en quelques clics qui fait quoi, publie où et combien (grâce aux pages WEB ou aux bases de données) ? Bon, c’est vrai que ceux qui ne font pas grand-chose n’y apparaissent pas.

    La plaisanterie, c’est une évaluation quantitative sur la base du nombre de publis et qui ne tient pas compte de toutes les tâches d’un (enseignant-)chercheur : administration de la recherche, administration de l’enseignement, encadrement, …
    Avec la LOLF, on demande déjà aux universités de faire remonter leur nombres de publications. Il y a de plus une contradiction à demander aux chercheurs de publier plus (ils le font déjà, je l’ai vu dans l’évolution des dossiers de maîtres de conférences depuis que j’ai soutenu ma thèse il y a 10 ans en mathématiques appliquées) et de faire des collaborations/contrats industriels (ce qui prend beaucoup de temps et ne permet pas vraiment de publier pour cause de confidentialité, respect de la propriété industrielle, …).

    La deuxième plaisanterie, c’est l’écart qui se creuse entre les haut-fonctionnaires et le reste des français : par exemple, M. le Président est entouré de nombreux conseillers, dont on ne sait pas toujours qui ils sont (des fois, on apprend au détour d’un article de journal qu’il y a un “conseiller pour les Hauts-de-Seine”), ce qu’ils font, ni combien ils sont payés… Combien on une page WEB où ils expliquent leur travail ou mettent leurs CV ?

    Il est clair que l’évaluation voulue par M. Sarkozy est une évaluation a buts technocratique et comptable, et que, visiblement, pas qu’en France(*), l’idée qui se répand est celle d’un autocratisme au nom de l’efficacité (il faut un patron dans les universités, il faut un patron à l’hôpital, …). Si l’on ajoute à cela le fait que les niveaux les plus hauts dans la hiérarchies ont tendance à se déclarer de facto compétents du fait de leur seule position et en refusant toute évaluation et de prendre leurs responsabilités (voir Laurence Parisot : “C’est le risque que partent des hommes ou des femmes qui sont peut-être pour partie responsables du drame économique actuel. Mais qui sont aussi les plus compétents pour mettre en place les solutions.”), on a la une situation de tension qui ne fera que se renforcer…

    Bref, c’est Hobbes qui revient en force…

    (*) voir au Québec
    http://www.sauvonslarecherche.fr/spip.php?article2569

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  4. MAS

    Je trouve que ce débat est quand même bordélique, voici quelques points que j’ai pu retrouver :

    1- L’origine (à mon avis) : La prise de conscience de la nécessité pour la France d’avoir des entreprises de haut niveau technologique. Je pense que les politiques français (et je suis d’accord avec eux) sont frustrés que les plus grandes réussites soient américaines. Or, ces réussites les plus voyantes proviennent des universités (Google, Microsoft, Facebook ,…). Ils veulent donc que nos universités soient à même d’accoucher de tels projets et veulent calquer le modèle français sur l’américain.

    2- Un certain talent du président de la république à se mettre tout le monde à dos. Le coup de “[..] l’arbre qui cache la forêt.” a provoqué la colère des chercheurs.

    3- Qu’est-ce qu’une bonne recherche ?
    * Est-ce une recherche qui débouche directement sur des applications industrielles et qui permette d’améliorer la compétitivité française?
    * Est-ce une recherche qui publie beaucoup ?
    Les deux ne sont pas forcément compatibles, preuve en est la remarque d’Anne sur la LOLF et les partenariats entreprise – labo.

    4- Le problème des chercheurs en France.
    De Gaulle voulait des trouveurs. Ils donnent l’impression à chaque discours qu’ils ne supportent aucune autorité, qu’ils veulent faire de la recherche pour leur plaisir et non pas forcément de la recherche utile aux autres. Isabelle This St Jean, du bureau de “Sauvons la recherche” me paraît souvent de mauvaise foi, fait un complexe auprès des grandes écoles (on dirait qu’elle les honnit et que ces écoles sont un obstacle à une université toute puissante).

    5- Le problème de l’évaluation des chercheurs.
    Les chercheurs ont le sentiment d’être toujours évalués et les autres ont le sentiment qu’ils ne le sont jamais.

    6- Le problème de l’administration des universités.
    Les politiques veulent diminuer le nombre des administratifs et les chercheurs ont le sentiment qu’ils font beaucoup trop d’administratif, ce qui leur fait prerdre du temps sur la recherche.

    7- Le problème Du CNRS : doit-il devenir un comité de pilotage de la recherche ?

    8-…
    9- Tout le monde se fait des procès d’intentions (le collectif sauvons la recherche est très fort pour cela : “Les politiques veulent détruire la recherche” : quelle bêtise tout de même!).

    10-… Et j’en oublie encore d’autres.

    Quand le débat part de la sorte dans tous les sens, ça devient ingérable.
    Les tensions sont trop fortes pour déboucher sur quoique ce soit. Même la nomination d’une médiatrice est refusée par le mouvement syndical.

    Dans ce cas là, le mieux à faire est de repartir de la base :
    Quels sont les objectifs que la nation assigne à la recherche : et là, c’est bien le rôle des politiques élus et non des chercheurs.
    Quels sont les moyens à mettre en oeuvre pour y parvenir : Pour cela, il faut un consensus entre l’état, les chercheurs, l’université ,.. Mais n’oublions pas les grandes écoles, ni les PME et TPE qui peuvent avoir besoin de cette recherche.

    On peut toujours rêver.

    [Reply]

  5. AubeMort

    “Tous les fonctionnaires et agents publics font l’objet d’une évaluation annuelle.”

    C’est vrai ? Il me semble que les enseignants du secondaire par exemple ne sont inspectés en moyenne que 2-3 fois dans leur carrière (en tous cas sûrement pas chaque année) ?

    “Il arrive à 30 ans et quelques au concours, quatrième évaluation bien sûr. Le truc, c’est que le jeune chercheur, quand il est évalué, a des chances non négligeables de devoir quitter la recherche.”
    Moi j’appellerai plutôt ça sélection (avec tous les problèmes qui y sont liés) qu’évaluation à proprement parler. On peut dire que les chercheurs actuels (ce n’était peut être pas autant le cas il y 30 ans ?) sont hyper sélectionnés, mais c’est vrai qu’une fois le poste obtenu les EC ne sont évalués que s’ils demandent une promotion.

    Ce qui me gêne dans le discours actuel c’est qu’il y a ainsi beaucoup de non dits…

    “Dans quelle mesure cette affirmation est-elle vérifiée? Combien de chercheurs ne font vraiment plus rien (on en connait tous, mais combien sont-ils)? Combien sont effectivement évalués tous les 4 ou 5 ans? Ce sont ces chiffres qui doivent alimenter le débat sur l’évaluation, non?”
    L’AERES semble avoir commencé une estimation en recensant les non publiants, ce que j’ai vu des chiffres tourne autour de 10% pour les sciences “dures”. Je pense que le problème n’est pas tant l’évaluation que ce qu’on en fait, et c’est peut être parce qu’on ne sait pas trop quoi faire des chercheurs non performants que personne ne tient vraiment à les évaluer davantage… ?

    [Reply]

  6. sequana

    Merci de m’avoir fait découvrir cette tribune assez stupéfiante.
    Quand on pense que ce sont des hauts-fonctionnaires comme celui-ci qui travaillent dans les cabinets ministériels, on comprend mieux la grosse blague sur le budget de l’enseignement supérieur et de la recherche (cf. http://www.dailymotion.com/video/x8gglf_halte-aux-mensonges-de-pecresse_news )

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  7. Tom Roud

    Merci à tous de vos commentaires. Bon, il ne faut pas non plus tomber dans l’excès anti haute fonction publique, mais c’est vrai que ces pseudo-vérités assénées sont assez agaçantes.
    @ Anne : oui, c’est vraiment l’évaluation technocratique et comptable, mâtinée aussi d’une perspective manageriale. Mais toute la politique de Sarkozy est comme ça : il croit qu’on peut tout résumer en un seul chiffre, que tout problème est unidimensionnel, que les choses à faire sont évidentes et que c’est simplement une question de curseur à bouger. C’est d’ailleurs d’une certaine façon l’exact contraire de la politique qui consiste justement à arbitrer entre plusieurs stratégies mutuellement exclusives.

    @ MAS : sur Google and co, la science n’est pas la technologie. Et si on veut développer la technologie, il faut inciter les jeunes à faire de la science. On n’en prend clairement pas le chemin; il faut vraiment avoir la passion et la foi pour se lancer dans une carrière scientifique en France…
    Pour SLR, je ne suis pas trop, mais c’est vrai que même moi j’ai été assez agacé par certaines prises de position caricaturales (genre “les chercheurs n’ont pas à être utiles”)

    @ AubeMort, je ne dirais pas que le parcours du combattant du jeune chercheur est une simple sélection, car au cours de tout ce processus, celui-ci fait vraiment de la recherche, et ses patrons sont bien contents de pouvoir compter sur sa production en terme de publications pour leur propre évaluation ! Le système est très pervers pour cela je trouve…

    [Reply]

  8. nina

    Voilà ce qu’on peut faire quand on se rebiffe et je le conseille à chacun qui peut avoir des ennuis avec -beeep- de sarkozy ou sa clique de -beep- de flics -beep- : je suis en train de régler un petit problème du genre détail avec cette -beeep- de -beeep- président de la république Française, en lui envoyant un avocat pour mises sous surveillance illégales, lynchage inspiré de bonnes vieilles méthodes qui ne déplairaient pas au ku ku klan, lynchage qui n’a mobilisé personne sur le web ou dans la presse et plagiat vulgaire et ridicule qui passe à la télé. Avis à la population et merci pour l espace d’expression. Voilà, ceci est également une tentative de gros scandale public parce que ça calme pas mal les gros -beeep-.
    et dotclear dit :Vous êtes exclu de ce forum. L’administrateur ou le modérateur qui vous ont exclu envoient le message suivant -
    Quels Pétochards gerbants à Dotclear :)

    [Reply]

  9. Tom Roud

    @ nina : je vous ai censuré à l’américaine ;) je ne veux pas être poursuivi pour outrage au chef de l’Etat, mais bon, évitez les insultes, ce n’est pas super constructif.

    [Reply]

  10. Charles Boubel

    Merci pour ce billet et le lien vers cette tribune.

    Deux choses en passant :

    1) le ton de cette tribune et l’ignorance qu’elle revele, de son auteur, de la nature de la recherche et des conditions d’une recherche fructueuse sont consternants. Cependant, j’ai envie de la defendre sur un point :
    “Or, nombre de chercheurs ne font plus l’objet d’aucune evaluation en cours de carriere.”
    et
    “Bien sur, cette evaluation peut etre faite par des pairs. Mais personne ne doit pouvoir y couper.”
    sur ces faits, l’auteur a raison. Bien sur que, dans le systeme actuel, si je suis titulaire et decide de me mettre en roue libre, je le peux. Je ne soumettrai plus d’articles, de projets, de demandes de fonds. Je cesserai d’etre evalue.
    Selon moi, l’auteur se trompe dans ses conclusions. Mais ce fait qu’il enonce est vrai.
    Je n’ai ni le temps ni l’energie de rentrer plus avant dans ce debat sur l’evaluation, ou vraiment le diable est dans les details.

    2) Pour consonner avec cette note sur l’incomprehension ministerielle pour la recherche, qui m’inquiete serieusement, je vous renvoie a un autre texte emanant du ministere.

    Il s’agit d’un courte lettre, abominablement jargonnante, recue par Wendelin Werner (recent medaille Fields) pour lui demander, comme expert, d’apporter son avis sur le “pilotage” de la recherche francaise. A l’heure ou on nous vend de l’”autonomie” des universites, la frenesie entrepreneuriale et jacobine revelee par cette lettre est revelatrice et inquietante.

    http://images.math.cnrs.fr/Piloter-la-politique-scientifique.html

    [Reply]

  11. mixlamalice

    Concernant les profs “non évalués et qui en profitent pour ne plus rien foutre”, ça existe également aux US. Une fois la tenure obtenue, un chercheur peut aussi se mettre en roue libre, il a son salaire (souvent sur 9 mois mais largement suffisant pour vivre plus que décemment 12 mois) assuré. Ensuite, le département peut lui retirer ses labos, il n’aura plus d’étudiants, et on lui demandera d’assurer plus de cours ou d’occuper des fonctions administratives, mais la chose est possible aussi. Et dans mon département (pourtant l’un des plus réputés des US dans son domaine) elle ne concerne pas une fraction si négligeable que ça de permanents (je dirais 5 Profs sur 25).
    Mais le français aime bien critiquer et déprecier le français, et se considérer comme un peuple de nullos en déclin qui ne fait jamais rien de bon.

    [Reply]

  12. Charles Boubel

    [après échec postage 1er commentaire, je refais un essai en concluant mon commentaire précédent]

    Combien je suis d’accord avec vous sur le jacobinisme, et sur la tres grande difficulte a faire entendre un discours nuance, ni immobiliste ni approbateur sans reserve de la reforme et des hyperpresidents …

    et @mixlamalice
    merci pour votre précision : justement, en France, on peut se mettre en roue libre, et sans toucher du petit doigt à la moindre tâche collective (organisation de diplômes, suivis de stages, jurys etc etc). On continuera alors à effectuer ses 192 heures enseignement par an, pas une de plus. Le système ne prévoit aucune sanction, ni à l’inverse aucune reconnaissance formelle pour un maître de conférence qui aurait continué à mener une recherche honnête et à s’investir dans les tâches collectives. Ces deux comportements opposés sont traités et rétribués semblablement.

    [Reply]

  13. mixlamalice

    Ben ouais mais bon, le prof ricain qui ne glande rien n’aura probablement même pas 192 heures d’enseignement à faire. Quant à l’administratif, je ne sais pas ce qu’il en est, mais souvent les MdC qui ont lâché la recherche en font aussi.
    Et bon, la différence est pas énorme non plus, le prof sera juste payé 9/12 de son collègue qui se battra pour ses grants. On peut penser qu’en France, la rétribution sera aussi moindre pour le tire-au-flanc, dans la mesure où l’autre franchira les échelons plus rapidement et passera un jour Prof.

    Juste pour préciser: dans mon département, les Profs qui ne font plus de recherche sont souvent les “full”, c’est à dire ceux qui ont passé le stade du Associate (en gros vers 45 balais). L’autre façon de promouvoir les full professeurs qui font encore de la recherche, c’est de leur filer des chaires spéciales avec des méga traitements, un peu comme le Collège de France chez nous.

    [Reply]

  14. Charles Boubel

    “dans la mesure où l’autre franchira les échelons plus rapidement et passera un jour Prof.”

    non. Les franchissement d’échelons sont désormais purement automatiques dans la carriere d’un mdc. Qaunt à passer prof, ce ne sera pas le cas de qqun qui continue simplement une honnête recherche, sans atteindre le niveau suffisant pour passer prof, et ils sont nombreux. La seule rétribution formelle est la possibilité du passage hors classe vers la fin de la carrière, pour ceux qui se sont clairement beaucoup investis pour la collectivité.

    Cela dit, ceci n’est pas mon cheval de bataille. Je signale seulement le manque d’incitations du système, qui est un fait réel. Je ne suis pas sûr que la machinerie proposée par la réforme en vaut vraiment la chandelle, et n’aura pas d’effets pervers supérieurs aux bénéfices attendus, sur ce point précis.

    et merci pour ce pt de vue de l’étranger, qui élargit ma vision.

    [Reply]

  15. valikor

    Si la tribune de ce haut fonctionnaire vous dérange tant, moi, c’est plutôt votre manque d’objectivité qui me dérange.
    d’abord, autant me présenter : je suis docteur ingénieur, j’ai bossé dons dans le public (ater apres la these en 97-98), dans le privé et j’en suis sorti il y a peu.
    je connais les 2 mondes et j’ai encore de nombreux amis dans le milieu de la recherche…publique et prive…
    ce haut fonctionnaire vous dit ce qu’il ressent et il n’est pas le seul. Vous avez du mal à accepter cela? c’est sa perception des choses pourtant, son vécu. C’est une information pour vous et au lieu de remettre en question ce qui fait que la recherche française publique provoque ce ressenti, vous le remettez en question lui… C’est pas la meilleure façon d’avancer…
    Dire qu’on est évaluer parce qu’on a soutenu une thèse il y a des années, c’est bien une plaisanterie. Sur ce point il a raison.

    Quant aux évaluations par les organismes, laissez moi rire… j’ai collaboré pendant ma thèse à des rapports d’évaluation, je sais très bien comment en pipoté 1… Je ne dis pas que c’est la cas pour tout le monde, néanmoins.
    Quant à l’évaluation par le nombre de publis, c’est pas mieux… J’en discutais dimanche avec un ami mdc qui me disait que la tendance à l’autocitation commençait à être forte, ainsi que la tendance à s’entre-citer entre collègue. Genre tu me cite, je te cite…Il a même reçu un mail commencant par “Par pitié, aidez nous en citant ce papier…”… Il était un peu outré…

    quant aux jeunes docteurs qui n’arrivent pas à intégrer la recherche publique, je signale qu’on peu s’éclater au moins autant dans le privé…c’est pas un déshonneur…ce n’est pas un échec.

    Bon nombre de vos assertions reflète une croyance sur la recherche dépassée. Je cite “Face à ce genre de phrases, commençons par rappeler l’évidence. La recherche n’a absolument rien d’une administration publique. Par exemple, il est relativement impossible, voire dangereux de planifier réellement des objectifs de recherche. Il est donc impossible, voire dangereux d’évaluer en fonction de ces mêmes objectifs. La recherche publique n’administre rien : elle doit au contraire déblayer le terrain, ouvrir de nouveaux horizons …. Le temps de la recherche n’est pas non plus compatible avec une évaluation annuelle !”

    Que vous aimiez ou non cela, revenez à la définition d’une administration publique (http://www.alternatives-economiques.fr/lexique_fr_art_673_35056.html) la recherche publique est bien dans cette définition.
    Ensuite, dire qu’il est impossible de définir des objectifs ne reflète pas la réalité. Quand vous entreprenez de faire de la recherche vous vous fixez vous meme un objectif… Synthétiser ce genre de molécules, développer de la méthodologies, comprendre/lettre en évidence tel ou tel type d’interaction physiquo-chimique, travailler sur le virus untel…
    Un objectif peut être général avec des critères d’évaluations ponctuels pour voir si objectivement on avance ou si on perd son temps…
    Quant à l’évaluation annuelle qui prendrait trop de temps… c’est si difficile que cela pour chaque chercheur de faire une liste tenue à jour de ses publications, congrès présentations, collaborations y compris industrielle?
    Vous savez qu’un brevet, c’est aussi une publication? Et que différentes publications ont un poids différent?

    C’est clair que votre vision de la recherche, n’est pas celle de ce haut fonctionnaire et de beaucoup d’autres personnes en france. C’est pas pour autant que qu’il a tort et vous raison…ni l’inverse. Mais peut etre devriez vous vous interroger sur les raisons qui font qu’ils vous perçoivent si mal….

    [Reply]

  16. Tom Roud

    Well well valikor,
    je vais quand même me resituer moi aussi puisque c’est probablement la première fois que vous venez sur ce blog : je suis passé par une de ses Grandes Ecoles que le Monde Entier Nous Envie, j’ai fait une thèse et je fais partie de ces milliers de post-doc que notre super système de recherche mondialisé a généré. Post-doc qui est lui-même en recherche d’emploi scientifique en ce moment même, et qui vit depuis maintenant plus de 3 ans à New York.

    Avant de dire que je suis de mauvaise foi, je vous invite à aller faire un petit tour sur ce blog, vous verrez par exemple que je ne suis pas forcément tendre avec les chercheurs français (voir par exemple ce billet : http://tomroud.com/2008/11/28/balle-dans-le-pied/ ), qu’il existe de vrais arguments contre le type de système qu’on essaie de constituer en France ces jours-ci ( http://tomroud.com/2008/12/03/la-science-doit-elle-etre-rentable/); plus généralement, je vous invite à faire un tour sur mes pages web labellisées “Recherche” :
    : http://tomroud.com/category/sciences/recherche/

    Ceci étant dit, je vais redire ce que j’ai dit par ailleurs : en ce qui me concerne, sur ce que je vois en France, on entend n’importe dire n’importe quoi des deux côtés. Je ne me prive pas de critiquer les chercheurs donc, je ne vais pas me priver de critiquer ce genre de tribune. Ce qui me frappe particulièrement dans cette tribune comme dans votre réaction, c’est une perception étriquée du monde de la recherche. Apparemment, avoir fait une thèse ne prémunit pas contre cela.

    Pour vous répondre point par point :
    - sur la thèse et l’avant recrutement, je vais commencer par me fâcher tout rouge. Le problème dans cette histoire, comme je le disais plus haut, c’est que public comme chercheurs ne parlent que des chercheurs permanents. Or, les forces vives du labo, ce sont les doctorants et les post-doc, d’autant plus qu’on aura besoin de gens pour faire tourner les labos pendant que nos super génies hyper sélectionnés rédigent des demandes de fonds. Du côté des chercheurs, silence radio. Du côté du grand public, au mieux, quand on n’est pas au CNRS, on est encore étudiant, et au pire, on est une espèce de piétaille sans statut tout juste bonne à être écrémée dans l’intérêt de la nation pour sortir la crème de la crème, et dont tout le travail, donc, relève, selon vos propres termes, de la plaisanterie. Quand plein de gens pensent cela des acteurs véritables de la majorité de la recherche scientifique, j’estime qu’il faut dire qu’ils ont tort, et que ce n’est pas un bon signe pour le futur de la recherche en France.
    - les évaluations actuelles, je n’en discute pas, je fais partie de ces gens dont l’évaluation est un renouvellement annuel de contrat. Si vous lisez ce blog, vous verrez que je suis plus que critique sur l’évaluation par bibliométrie.
    - pour les jeune docteurs etc… ce n’est certes pas une honte d’aller dans le privé, mais comme je vous le disais plus haut, je viens d’une Ecole d’Ingénieur. Mon diplôme de docteur est probablement une moins value. Tenez, juste un exemple : j’aurais pu être haut fonctionnaire moi aussi (et aller donner mon avis sur la recherche sur lemonde.fr), mais c’est trop tard, j’ai laissé passer le train. On ne peut pas rendre le diplôme de docteur attractif dans ces conditions. Et puis, il faut bien le dire : on se sent complètement méprisé en France quand on a fait de la recherche. Combien de fois faut-il se farcir des trucs du genre “des chercheurs qui cherchent on en trouve, des chercheurs qui trouvent on en cherche”, des commentaires sur le fait que quand on fait de la recherche, on n’est jamais sorti de l’école, etc… Tout ce bon poujadisme anti-chercheur et anti-fonctionnaire, la vraie maladie de la France. Franchement, encore une fois, ce n’est pas un bon signe sur la santé du pays, et le dernier truc dont j’ai envie, c’est d’aller bosser dans le privé en France, à choisir, je préfère rester à l’étranger où je peux mettre “Docteur” sur ma credit card et où un phD est une vraie plus value dans la carrière
    - “croyance de la recherche dépassée”, ben voyons, franchement vous êtes sérieux ? Vous raisonnez comme notre fonctionnaire : vous raisonnez naivement sur les statuts des employés plutôt que sur les activités de la recherche. C’est hallucinant de voir d’ailleurs en France comment une activité est définie par les statuts de ces employés. Le problème n’est pas de savoir si les chercheurs sont fonctionnaires ou pas : c’est tout simplement non pertinent pour le débat ! Le problème c’est de voir comment on fait pour avoir une recherche efficace. Avant d’être une administration publique, la recherche est un bien public, au sens économique (voir encore une fois http://tomroud.com/2008/12/03/la-science-doit-elle-etre-rentable/ ). La question que devrait se poser notre fonctionnaire à courte vue, c’est de savoir comment rendre efficace la production de ce bien public, pas de chipoter sur des détails de gratte-papier étriqué pour savoir à quel fréquence et comment on doit évaluer. On marche complètement sur la tête
    - sur les buts de la recherche, je vous renvoie entre autres à ce billet :
    http://tomroud.com/2008/04/23/lab-chronicles-v-metaphore-neolithique/

    Dire qu’on peut planifier la recherche n’est pas réaliste. On peut difficilement planifier une découverte fondamentale, sinon ce n’est plus une découverte par définition. Au mieux, on peut dire des choses vagues, genre “je vais essayer d’étudier tel problème avec telle méthode”. Par contre, on peut certainement planifier le développement et l’application d’une technologie. Il y a confusion permanente entre science et technologie dans le débat actuel.
    - sur l’évaluation, vous ne connaissez manifestement aucunement les processus d’évaluation en vigueur à l’étranger. Etre évalué, ce n’est pas juste tenir à jour une liste de publis, c’est faire régulièrement des rapports d’activité, sur son enseignement, sa recherche… C’est donc ajouter une couche de travail administratif stupide durant laquelle on ne fait pas de recherche. Entre parenthèse, un chercheur à l’étranger n’est pas évalué tous les ans en tant que Principal Investigator; sur ce que je vois, cela varie entre tous les 4 ans et deux fois dans la carrière (au cours de la tenure track). Et je maintiens que c’est complètement con de vouloir évaluer tous les ans, cela ne correspond pas à l’échelle de temps de la recherche …

    Je finis donc pas redire que :
    - je ne suis pas en France
    - je ne suis pas chercheur permanent

    Après pour la perception de la recherche et des scientifiques de mes concitoyens, je dois dire que je suis suffisamment atterré ces jours-ci pour n’avoir jamais envie de rentrer. N’en doutez pas, la France qui tombe, c’est celle qui préfère taper sur ces feignasses de chercheurs fonctionnaires non évalués (qui ne sont pourtant certainement pas des petits saints non plus) , n’essaie même pas de faire l’effort de voir comment ça se passe vraiment à l’étranger, ne se pose aucune question sur ses jeunes (qui doivent constamment être sélectionnés et en chier), ni sur son système universitaire (zoologie des Grandes Ecoles, BTS, IUT,… face à une université décharnée)…

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  17. Anne Onyme

    @valikor
    “quant aux jeunes docteurs qui n’arrivent pas à intégrer la recherche publique, je signale qu’on peu s’éclater au moins autant dans le privé…c’est pas un déshonneur…ce n’est pas un échec.”

    Cela n’a rien d’un déshonneur, mais de quoi parle-t-on : en France où à l’étranger, et dans quels domaines (en biologie, pharmacologie, finance où dans d’autres) ?
    Parce que j’ai connu un X recruté dans une grosse boîte bien française après une thèse en mathématiques appliquées au même salaire que s’il n’avait pas fait de thèse (c’était en 2000). En gros, ses recruteurs considéraient qu’il s’était bien éclaté pendant 3 ans (avec une paie plus proche du SMIC que d’un salaire d’ingénieur) et que maintenant, les vacances étaient finies.

    A part le crédit impôt recherche (dont les résultats ne sont pas trop évalués), que fait le gouvernement pour favoriser la recherche dans le privé et revaloriser le statut d’un thésard auprès de employeurs et développer les liens recherche publique-recherche privée ? Il y a le “nouveau chapitre de thèse” (encore que l’on puisse penser que l’idée sous-jacente c’est que si les docteurs ne se casent pas, c’est qu’ils ne savent pas se vendre, ce qui est à la fois vrai et faux mais il est vrai que c’est à la communauté de s’organiser), et il y a eu des aménagements législatifs pour favoriser les universitaires qui veulent monter leurs boîtes et autres, sous Allègre (donc bien avant ce gouvernement).
    Pour le reste, je ne vois pas où dans les projets de réforme actuels ces points sont soulevés (si il y a eu des zones franches fiscales en 2008 http://www.budget.gouv.fr/presse/dossiers_de_presse/plf2008/dispositions_fiscales/05-zone_franche_universitaire.pdf mais le gouvernement ne fait pas de pub autour).
    Par ailleurs, il convient aussi de rappeler que dans de nombreuses universités, il n’y a pas vraiment pléthore de personnels pouvant aider les chercheurs sur les aspects juridiques liés à la propriété intellectuelle, les brevets et autres et il y a un manque de conscience sur ces sujets. A qui la faute ? Peut-on demander à un chercheur d’être en plus un juriste (en plus d’être un enseignant, administrateur, chargé des relations publiques, secrétaire, web designer et j’en passe) ?

    Je vous recommande aussi la lecture de l’interview de Mathias Fink
    sur la valorisation de la recherche
    http://sciencesetavenirmensuel.nouvelobs.com/hebdo/parution/p744/articles/a392332-mathias_fink_physicien__%C2%ABlavenir_nappartient_pas_aux_g%C3%A9ants_industriels%C2%BB.html
    Les blocages ne sont pas toujours du côté des universitaires (comme il se doit, enfermés dans leurs tours d’ivoire, même si de nombreux masters pro ont été montés par des universitaires) même si pendant longtemps, le cadre juridique n’a pas aidé. Il y a aussi des blocage du côté du privé, surtout les grosses boîtes, parfois pour des raisons d’organisation (et cela va dans un sens défavorable au pilotage de la recherche : le plan calcul n’a pas été une brillante réussite).

    Pour les citations, je suis d’accord avec vous, mais à qui la faute ?
    Dans son discours du 22 janvier, l’un des arguments massue de N. Sarkozy était que l’on publiait moins en France qu’en Grande-Bretagne ? Mais il me semble que la GB a connu ce que N. Sarkozy souhaite mettre en place, c’est-à-dire un système basé sur des indicateurs “objectifs” et “quantitatifs” (http://jfmela.free.fr/jfmblog/?p=57#_ftn13). Et oui, les chercheurs corporatistes et conservateurs archaïques se sont déjà adaptés au monde moderne, car la dérive est mondiale et la compétition internationale : publier plus pour gagner plus ou survivre un peu plus longtemps dans le système (mais pas forcément publier mieux). Si le système est trop rigide, la triche viendra d’elle-même (la fraude scientifique est en augmentation au niveau international), et je vous conseille de lire “le Royaume enchanté de Tony Blair” pour comprendre les dérives dues à un mode de management imposé à tous les niveaux de sociétés.
    Stakhanov, les ouvriers intellectuels du monde libre t’ont compris !

    Après oui, je suis d’accord avec vous sur le fait que des chercheurs manquent parfois d’objectivité (dont moi peut-être parfois), mais peut-on attendre qu’une attitude de mépris fasse que les gens vont mettre objectivement et honnêtement leurs difficultés sur la table et faisant leur mea culpa (ça sonne plutôt comme “fait ton auto-critique camarade !”). Et si MacPomme donne son avis sur la recherche, je ne vois pas pourquoi je ne pourrais pas donner mon avis sur la haute-fonction publique (même si je n’ai pas d’alibi du genre “j’ai de très bons amis dans la haute-fonction publique”) qui n’a jamais été un modèle de transparence en France et que personne au gouvernement en France ne propose de vraiment réformer en profondeur. Et cela à un coût pour le contribuable bien plus important que la masse salariale des planqués de la recherche (car oui, il y a en a) : outre les budget de l’Elysée et de l’Assemblée Nationale en augmentation constante, considérez par exemple le parcours des responsables des plus gros scandales financiers (publiques et privés) en France ces 20 dernières années. Ils sont presque tous passés par le même corps. A part cela, tout va bien.
    Je crois qu’il y a un aspect de la psychologie qui semble échapper à nos élites : c’est le principe de réciprocité …
    En tout cas, la comm du gouvernement à fait très fort, en ramenant tout à un problème d’évaluation, alors que les réformes implique des choix bien plus profonds que cela.

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  18. Benjamin

    A mon avis, il n’y a pas à inclure les “jeunes chercheurs”, càd les non-permanents, dans toutes ces considérations sur l’évaluation. En effet, ils sont par définition remis en question tous les 2, 3, 4 ans, s’ils ne publient jamais ça leur retombera très vite dessus. Or, l’évaluation pensée par le ministère, c’est bien motiver/éjecter les chercheurs “en roue libre”.

    [Reply]

  19. MAS

    @Anne,
    “Parce que j’ai connu un X recruté dans une grosse boîte [...] avec une paie plus proche du SMIC que d’un salaire d’ingénieur”.
    Comme quoi les plus brillants ne sont pas toujours les plus malins (A ce point, ce n’est même plus ne pas savoir se vendre). ;-)

    “que fait le gouvernement pour favoriser la recherche dans le privé et revaloriser le statut d’un thésard auprès de employeurs et développer les liens recherche publique-recherche privée”.
    Ce n’est pas le rôle de l’ANR et de ses appels à programmes?

    @Valikor,
    C’est vrai que Tom a des défauts, je le soupçonne d’être de gauche mais il faut reconnaître qu’il n’est ni obtus, ni de mauvaise foi.

    @Tom,
    “Tout ce bon poujadisme anti-chercheur et anti-fonctionnaire”.
    Traiter de poujadistes les anti-…, c’est une attitude fasciste (je rappelle à tous que le fascisme est de gauche, mais là je vais passer pour un révisionniste ;-) .

    Blague à part, @ux chercheurs,
    il faut avouer que les syndicats de chercheurs foutent votre image en l’air. Vous vous rendez-compte que depuis des années, on parle d’économie de la connaissance, de l’importance de la recherche, de l’éducation… et que les gouvernements successifs veulent faire évoluer les choses mais se prennent tous des marrons dans la gueule. Je pense que vos syndicats bloquent tout systématiquement. Si on les écoute, ils sont le temple de la raison, le phare qui résiste à toutes les tempêtes, à tous les complots qui visent l’extinction de leur lumière éclatante et salutaire.

    [Reply]

  20. mixlamalice

    Faudrait apprendre a lire: l’X, c’est quand il etait en these qu’il avait un salaire proche du SMIC (et ca qu’on vienne de l’X ou de l’Universite de Chalon-sur-Marne-en-Josas on y peut pas grand chose, surtout si c’est le Ministere qui paye), pas une fois qu’il a ete embauche.

    Quant aux syndicats de chercheurs, ils n’existaient pas (ou on ne les entendait pas) avant 2004, date de la premiere manif de chercheurs recensee. Il faut noter que “les gouvernements successifs” sont depuis tous de droite avec une vision profondement utilitariste de la recherche. Que ces gouvernements aient entraine l’emergence de syndicalistes “extremistes” au sein de la recherche, je le deplore, mais comme on dit, qui joue au c.. gagne une b…

    [Reply]

  21. Tom Roud

    @ MAS : bon, nobody’s perfect…
    Sur le poujadisme, le terme est peut-être un peu fort, mais je trouve quand même assez populistes et démagogiques les discours actuels sur le niveau et la motivation des chercheurs français (“c’est chauffé, il y a de la lumière”).

    [Reply]

  22. MAS

    @Mix,
    Bien sûr que la recherche doit être utile !!!
    Je conçois la difficulté savoir ce qui sera utile plus tard mais la question de l’utilité n’a même pas à être posée.

    Concernant Sarkozy, il est indéfendable.

    [Reply]

  23. Anne Onyme

    @Anne,
    “Parce que j’ai connu un X recruté dans une grosse boîte [...] avec une paie plus proche du SMIC que d’un salaire d’ingénieur”.
    Comme quoi les plus brillants ne sont pas toujours les plus malins (A ce point, ce n’est même plus ne pas savoir se vendre). ;-)

    En gros, ce que je disais, c’est que ses recruteurs considéraient sa thèse comme des vacances (toute considérations salariales mises à part).

    @mas
    “que fait le gouvernement pour favoriser la recherche dans le privé et revaloriser le statut d’un thésard auprès de employeurs et développer les liens recherche publique-recherche privée”.
    Ce n’est pas le rôle de l’ANR et de ses appels à programmes?

    L’ANR peut avoir pour but de pousser les chercheurs à se tourner vers des collaborations avec le privé (on vous donne de l’argent si vous avez des débouchés immédiats), mais ne fait pas grand-chose du côté du privé pour faire changer les choses. Je vous conseille de relire l’interview de M. Fink pour voir que vous pouvez faire des offres, mais la demande ne suit pas toujours (ou considérez l’histoire de Bull). En plus, vous pouvez toujours dire que les chercheurs ne publient pas assez ou n’enseigne pas assez, mais vous pouvez ajouter dans la liste des types de jobs potentiels à faire celui de démarcheur, ce qui peut prendre aussi beaucoup de temps quand vous n’avez pas la chance d’avoir un industriel qui vient taper à votre porte. Et je le répète, combien y-a-t’il de personnes à l’Université qui sont là pour vous aider à faire ce job et à négocier les aspects contractuels ? (il y en a un peu plus dans des instituts comme l’INRIA).
    Sur le crédit impot recherche (CIR) voir
    http://www.sauvonslarecherche.fr/spip.php?article1838
    http://www.sauvonslarecherche.fr/spip.php?article2333
    En plus, il ne faut pas confondre recherche et innovation ce qui semble être le cas allègrement chez de nombreuses personnes, alors qu’une note sur le CIR précise bien la différence
    media.enseignementsup-recherche.gouv.fr/file/13/6/7136.pdf

    “Blague à part, @ux chercheurs,
    il faut avouer que les syndicats de chercheurs foutent votre image en l’air. Vous vous rendez-compte que depuis des années, on parle d’économie de la connaissance, de l’importance de la recherche, de l’éducation… et que les gouvernements successifs veulent faire évoluer les choses mais se prennent tous des marrons dans la gueule. Je pense que vos syndicats bloquent tout systématiquement. Si on les écoute, ils sont le temple de la raison, le phare qui résiste à toutes les tempêtes, à tous les complots qui visent l’extinction de leur lumière éclatante et salutaire.”

    Ouais, c’est vrai aussi que les chômeurs foutent leur image en l’air en refusant de travailler, alors que ça fait 30 ans que l’on parle de l’importance du plein-emploi, et que les gouvernements successifs se prennent des marrons dans la gueule alors qu’ils veulent faire évoluer les chose. Sauf que la réalité, pour les chômeurs comme les universtaires, et peut-être un peu plus complexe.

    Pouvez-vous me citer des réformes de l’université qui ont été bloquées par les syndicats depuis 20 ans ?

    L’économie de la connaissance est une expression creuse : il n’y a qu’à voir toutes les réformes qui ont été faites dans le primaire et le secondaire (par la droite et la gauche) ces dernières années : elles ne semblent pas aller vers la constitution de citoyens plus éduqués (réduction des programmes, surtout en mathématique avec aussi diminution de la part du raisonnement, …).

    L’importance de la recherche et de l’éducation est un expression creuse : il suffit de voir l’évolution des budgets et des programmes, et la faiblesse des salaires des chercheurs. Mais quel gouvernement irait dire qu’il se moque de la recherche et de l’éducation ?

    Les syndicats du supérieur sont extrêmement minoritaires.

    Enfin, l’Université a du se faire à la massification alors que son mode de fonctionnement le réservait à un petit nombre (et il étaient où les syndicats pour s’opposer à cela ?).
    Ils doivent aussi s’adapter à la baisse de niveau dues aux réformes des programmes du lycée et du collège, et cela crée beaucoup de découragement (j’en connais qui sont parti à la retraite plus tôt que ce qu’ils avaient planifié à l’origine à cause de cela, un universitaire pouvait partir à la retraite entre 60 et 65 ans).
    Ces dernières années, ils ont aussi du mettre en place la réforme LMD, ce qui impliquait un travail important sur les programme (semestrialisation).
    Et la loi LRU est passée sans trop de protestation (c’est maintenant que les gens protestent car ils voient les pièces du puzzle être rassemblées).

    Dans mon domaine (mathématiques appliquées), de nombreuses universités ont mis en place des master professionnels, dont certains marchent bien. Mais bon, à part ça, ils ne savent pas s’adapter au monde extérieur.

    J’ai aussi vu les gens s’adapter à l’ANR, au financement par projets, à la recherche du subvention et comptant moins sur la dotation de base, et à la nécessité de publier (l’encadrement d’un thésard en maths maintenant et il y à 20 ans ne se fait plus de la même façon je pense).

    En maths, la communauté à réussi à faire du recrutement local une exception, et non pas une règle, mais rien ne change jamais à l’Université.

    Et il ne faut pas oublier qu’à l’Université, il y a plusieurs générations sous un même toit qui n’ont pas du tout connu la même chose et n’ont pas la même mentalité (en maths toujours, il y a 40 ans, il était assez facile d’avoir des postes, maintenant, c’est 50 dossiers pour 1 poste).

    Et pour finir, les universitaires ne sont pas souvent en grève, et les assises de la recherche de 2004, ça ne vous dit rien ?

    [Reply]

  24. mixlamalice

    Ah mon Dieu c’est pas facile: Par utilitariste je voulais dire quelque chose de planifiable et pouvant etre gere comme une entreprise avec des objectifs chiffres (publis, brevets, classement de Shangai que sais-je) qu’on peut analyser avec un tableur excel.
    Or, ce que tous les chercheurs s’echinent a dire, c’est que ca ne marche pas comme ca, ou alors ca s’appelle du developpement et pas de la recherche: aucun mepris la-dedans, les deux mondes cohabitent, s’auto-alimentent et devraient le faire encore plus, mais ca ne fonctionne pas pareil, et dire qu’on peut appliquer les regles de fonctionnement de l’un a l’autre, c’est de la foutaise (ne serait-ce qu’a cause des temps caracteristiques).
    Si on savait ce qui allait marcher a l’avance et revolutionner le monde dans les deux ans a venir, ca se saurait.

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  25. valikor

    A tom :

    l’innovation et la recherche fondamentale sont étroitement imbriqués l’un dans l’autre…
    Qu’est ce qu’on peut pas planifier : une découverte fondamentale telle que la relativité restreinte ou générale par exemple.
    C’est quelle chose de radicalement nouveau. une découverte fondamentale, c’est la découverte d’un nouveau concept dont on n’avait aucune idée précédemment. C’est rarement le cas.

    Autre exemple : au CERN, l’accélérateur de particules, vous avez des brevets qui sont pris pour des inventions, des avancées technologiques pour avancer dans de la recherche fondamentale et une cellule de valorisation pour nouer des partenariat, vendre des licences sur ces brevets.

    L’objet de la reforme c’est les permanents, pas les étudiants qui galèrent… je l’ai été aussi… 1 ater, présentations à des auditions de mcf qui étaient en fait fléchées…je m’en suis bien remis…

    Vous pouvez tout à fait lancer le débat sur autre chose mais pas m’en vouloir de répondre et donner mon opinion uniquement sur la réforme puisque c’était cela le débat de base …

    Moi j’ai tourné la page, pas vous visiblement… ça se sent dans votre ton, dans le choix de vos mots…

    coté évaluation, je sais de quoi je parle, chaque année, dans l’entreprise d’origine nord américaine où je travaillais dans le temps, il y avait des évaluations à faire, des rapports de recherche, des projets sur lesquels travailler qui étaient soit à l’échelle de l’année soit sur 5 ans… Par nécessité, ces derniers contenaient une part non négligeable de recherche fondamentale. J’ai travaillé sur les 2 types et la frontière entre les 2 est floue.

    Vous ne semblez pas aimer rendre des comptes. Vous pouvez vous prendre la tête dessus longtemps mais si vous acceptiez, votre vie en serait bien plus heureuse…

    D’ailleurs, dans cette entreprise, on embauchait des docteurs et des docteurs ingénieurs. Les ingés purs étaient plutôt en développement. Et la thèse était un plus pour moi… C’est vrai, ce n’est pas le cas de bon nombre d’entreprises françaises. Et alors… A quoi cela sert de se plaindre? A rien. Allez y plutôt pour changer les mentalités de l’intérieur…

    le gros problème en france c’est que notre culture est trop négative : on considère souvent que la recherche est un risque, un coût alors qu’en fait c’est un investissement…(comme aux US).

    Vous êtes trop arquebouté sur votre vision de ce que cela devrait être… et vous voulez l’imposer… trop dans l’émotion….
    Ce n’est pas un jugement mais une observation.

    A MAS : cet X il est bien plus malin que vous : il a déjà compris que l’argent ne fait que rendre la vie plus confortable, pas heureux… Il préfère faire des choses qui le rendre heureux que passer au tiroir caisse…

    De mon coté, la R&D en chimie décline tant en france qu’en europe depuis de longue années et je me suis reconverti. J’en suis bien plus heureux…

    [Reply]

  26. Charles Boubel @valikor

    C’est singulier comme de mêmes textes peuvent être ressentis différemment.

    “Vous ne semblez pas aimer rendre des comptes. Vous pouvez vous prendre la tête dessus longtemps mais si vous acceptiez, votre vie en serait bien plus heureuse…”

    Je ne ressens absolument pas cela dans les positions de Tom Roud. De quels passages tirez-vous cette conclusion ? De toute façon, l’hôte des lieux est évalué en permanence, car non titulaire.

    Je suis moi-même enseignant chercheur. J’approuve une réforme qui rendrait notre évaluation systématique. Mais une évaluation annuelle serait parfaitement inadaptée. J’ai déjà soumis des dossiers pouvant s’y apparenter, pour avoir des sous. C’est 10% de fond et 90% d’emballage (dont bonne proportion de pipeau). Du temps perdu pour moi, et un objectif manqué si celui-ci était une saine évaluation.
    L’horizon d’une habilitation à diriger les recherches, est par exemple une incitation bien plus efficace à construire une recherche de qualité. Ainsi, des horizons de 5, voire 10 ans me semblent plus adaptés. Ils sont motivants, et permettent des investissements longs de temps, d’énergie, qui ne “produisent” pas immédiatement.

    [Reply]

  27. mixlamalice

    Je me mefie toujours un peu des personnes qui se sentent obliges une fois toutes les dix phrases de te preciser que eux ils sont heureux et s’acceptent alors que toi visiblement pas.
    Je suis generalement assez sceptique vis a vis de la psycho-socio mais je trouve ca interessant et j’aimerais bien entendre une explication a ce sujet.

    [Reply]

  28. MAS

    @Mixlamalice et Valikor,
    Les messages écrits ne permettent pas d’appréhender le ton, c’est pourquoi on rajoute parfois un petit signe comme celui-ci ;-) qui peut friser le ridicule mais qui veut dire “Attention, taquinerie” ou “humour” ou “c’est pas sérieux”,….
    Grosso-modo, cela veut dire que ce n’est pas à prendre au pied de la lettre et que ce n’est pas le faire d’en faire tout un plat.

    Certains commentaires sont de la catégorie “Bande de nazes, c’est moi qui sait tout et vous connaissez rien à la vie !” qui ne sont pas dignes de ce blog.

    @tous,
    Le sujet de l’horizon de la recherche semble être l’argument fort contre une évaluation fréquente parce-que, entend-on : les bonnes surprises peuvent provenir de programmes jugés mineurs ou très incertains. Les politiques sont en droit de se demander s’il ne vaut pas mieux rater de bonnes opportunités sur des sujets très aléatoires et maximiser les efforts sur des sujets à horizon plus courts et moins incertains.

    Ensuite, ce n’est pas parceque l’horizon est “lointain” (pour moi, 10 ans, c’est long, peut-être pas pour vous) que l’on ne peut pas faire de rapports annuels.
    Il y a peut-être 90% d’emballage dans le temps consacré à la rédaction du rapport mais les 10% restant vous permettent de vous poser des questions une fois par an sur la façon dont votre travail va être jugé, compris. Cet exercice permet souvent de remettre en cause son travail (dans le sens nobe du terme) et de le faire avancer.

    [Reply]

  29. Charles Boubel

    @ MAS

    Si c’est juste un rapport d’étape, annuel, je vous suis, bien sûr. Mais un rendez-vous important, sur la base duquel une rétribution sera, ou pas, attribuée (augmentations de service d’enseignement comme c’est dans l’air, et tutti quanti) : non. Ça n’aurait pas de sens. C’est cela que je veux dire.

    [Reply]

  30. mixlamalice

    L’autre chose qu’on peut dire sur les messages écrits c’est que normalement, ils permettent le temps de la réflexion: on peut prendre le temps de les lire, d’essayer de comprendre ce que la personne a voulu dire et réfléchir avant de répondre (chose plus difficile a faire dans un débat oral).
    Quand on fait un contresens sur une phrase de trois lignes, ça me semble mal barré question temps de la réflexion (ou alors c’est grave)…
    Enfin bon je dis ça, c’est vrai qu’actuellement on préfère l’action (lol, ptdr, tout ça).

    [Reply]

  31. valikor

    A charles Boubel : oui, on peut évaluer le ressenti d’une personne à travers ce qu’elle écrit.
    comment?
    A travers le choix de ses mots, surtout des mots indiquant une émotion…
    exemple du texte de Tom :
    “Disons-le donc clairement : la recherche scientifique n’est juste pas compatible avec la vision serrée de la fonction publique de notre abonné haut fonctionnaire. S’il y a des avantages pour un chercheur à être fonctionnaire, la lecture littérale du statut crée des problèmes. Par exemple, une évaluation annuelle est impossible pratiquement (prenant beaucoup trop de temps) et idiote (Rome ne s’est pas faite en un jour, ni la théorie de l’évolution d’ailleurs). Le recrutement est une mauvaise plaisanterie depuis de trop longues années : au nom de l’égalité républicaine devant le concours, on mène une parodie d’audition voyant défiler à tour de bras des candidats pendant 10 minutes…

    mots significatifs ou morceaux de phrases soulignant fortement le ressenti de l’auteur :
    vision serrée;
    impossible pratiquement ( prenant beaucoup trop de temps) et idiote;
    mauvaise plaisanterie;
    parodie;
    défiler à tour de bras pendant 10 min;

    Si vous lisez attentivement ses opinions, car ce sont des opinions et pas des faits, vous noterez que dès qu’on approche d’un sujet où il est question de pouvoir, de contrôle, de rendre des comptes, alors les mots choisis sont bien davantage dans l’émotionnel…

    autre exemple:
    je cite : “On est très loin d’un système où les profs obéissent le doigt sur la couture au Président d’Université .”
    en parlant du système américain.

    A Mas : oui je sais qu’on emploie ce genre de symbole, mais en pratique je n’ai eu que rarement besoin de ce genre de chose pour ressentir ce que voulait exprimer l’auteur… Tom est indigné, en colère même.

    - Je tiens à rappeler qu’il me semble que les président d’université sont élus et même si je n’ai pas vérifié auprès de l’ensemble de la population des membres des universités, je doute fort qu’ils soient tous considérés comme des despotes exigeant une obéissance quasi militaire…

    - Évidemment qu’on ne peut pas faire un rapport annuel complet chaque année. mais un rapport d’étape. Les rapports complets sont pour moi à faire en début, à mi-projet, en fin de projet.

    a MAS : je vous rejoins tout à fait sur votre paragraphe sur l’horizon lointain et les rapports annuels… C’est vraiment comme cela qu’il faut prendre ce genre de rapports et d’évaluations.
    Pour avoir fait régulièrement pendant 4 ans des rapports oraux, des présentations, des rapports écrits, je sais très bien que 1°) pour celui qui les fait cela peut représenter une perte de temps, mais néanmoins, pour celui qui les lira, ce ne sera pas une perte de temps et ensuite il a besoin de cela; 2°) cela donne effectivement l’occasion de faire le point de prendre du recul et d”avoir soit de nouvelles idées, de nouvelles pistes ou de comprendre où cela bloque…Cela m’est arrivé assez souvent… Même en discutant avec un technicien

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  32. Tom Roud

    J’avais écrit un long commentaire qui s’est perdu, mais en résumé :
    - le terme évaluation serrée n’est pas de moi mais de l’auteur de la tribune. Un type qui pense que toute recherche est évaluable tous les ans est malhonnête ou incompétent. Valikor, vous êtes chimiste, un domaine que je connais bien puisque ma femme est professeur de chimie à l’université; ce que je vois c’est que la chimie est l’une des sciences les plus appliquées et aux constantes de temps les plus rapides. Rien à voir avec la biologie, où les expériences prennent des années et où personne n’en a rien à faire de la gastrulation dans l’industrie (c’est bien dommage, car on ne comprendra jamais rien de profond à la différentiation cellulaire sans embryologie). De plus, quelle est la logique à évaluer tous les ans des projets sur 5 ans par exemple ? Enfin, ce genre de choses a deux effets pervers clairs : ne pas s’attaquer aux problèmes durs et la survente des résultats voire le bullshit
    - sur le concours, je ne comprends même pas comment il peut y avoir discussion. Je passe plein d’entretiens à l’étranger en ce moment, on ne passe pas 20 minutes mais DEUX JOURS sur place, on rencontre tous les collègues, on se sent pris au sérieux. Le concours pour recruter des chercheurs en France est plus court qu’un oral de maths dans n’importe quel Grande Ecole : c’est une honte. Quant au fait qu’il soit nécessaire d’aller faire des séminaires avant et de se faire connaitre, on le fait aussi ailleurs, donc ce n’est pas un “avantage” compensatoire du système français. J’ajoute que la France est le seul pays où les déplacements sont aux frais du candidat.

    Comme tout le monde (y compris vous Valikor) j’ai ma sensibilité et ma partialité, mais il y a des faits objectifs. Pour finir, ce n’est pas très honorable de sous-entendre que je suis aigri ou quelque chose du genre : je suis surtout énervé par ce qui se passe en France, et je n’ai pas tellement envie d’y revenir, surtout quand je vois les réactions des gens dont celle de Macpomme et la votre Valikor.

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  33. aloysius

    @ valikor

    “Je tiens à rappeler qu’il me semble que les président d’université sont élus et même si je n’ai pas vérifié auprès de l’ensemble de la population des membres des universités, je doute fort qu’ils soient tous considérés comme des despotes exigeant une obéissance quasi militaire…”

    Le processus d’élection des présidents d’Université est très loin d’un processus démocratique. Par exemple, Axel Kahn, un cas typique de despote, qui a mis au pas l’Institut Cochin pour finir avec un institut bien peu performant, a été élu alors qu’il était seul candidat. On peut imaginer facilement les pressions pour dissuader les volontés.

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  34. JF

    Valikor, je ne crois pas qu’il y ait besoin de faire de la psycho à deux balles ouune analyse de texte serée pour deviner que Tom est en colère : il suffit de savoir qu’il est à l’étranger et essaie de postuler sur des postes en France. Toutes les personnes que je connais dans cette situation sont prodigieusement agacées (au mieux) par les procédures Françaises.

    Si vous ne comprenez pas pourquoi, regardez donc comment les choses se passent dans les pays civilisés (http://jfmoyen.free.fr/spip.php?article272 , hop un coup d’auto-promotion) et réflechissez deux minutes à la comparaison…

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  35. mixlamalice

    Tant qu’on est dans les trucs énervants, j’en ai un pas mal:
    je me fends de 800 euros pour venir faire un séminaire en vue d’une éventuelle candidature MdC. Je planifie tout depuis un mois et demi, ce qui n’est jamais facile quand on est à l’étranger tant c’est à toi de te démerder pour te plier aux exigences d’emploi du temps.
    Hier, à deux semaines de la date prévue, je reçois un mail m’informant qu’il y a un autre séminaire prévu et qu’il faut déplacer ma date. Bon ça va se faire, mais quand même, ça fait un peu chier et ça donne vraiment pas l’impression qu’on est attendu comme le Messie (certes, ils sont un peu hypocrites avec ça aux US, mais bon finalement à la limite je préfère).

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  36. valikor

    tom : le débat actuel est sur la réforme des permanents ce me semble. Nul part je n’ai écris que j’étais ok avec ce système d’auditions biaisées dès le départ. Relisez mes commentaires la tête froide. SUR ce point je suis OK avec vous!
    relisez, j’ai dit que j’ai été ater et qu’après auditions de mcf je suis parti faire de la r&d ds l’industrie. Pourquoi croyez vous que j’ai fait cela? pas le choix…

    j’aurais voulu faire de la recherche ds les matériaux organiques pour le photovoltaïque… en 97-98, c’était un peu prématuré en france… d’ailleurs pas mal de chimistes pur jus considéraient que ce n’était pas de la chimie…

    Alors ce n’est pas honorable de trouver que vous êtes en colère? pourtant vous avez le droit. J’ai juste souligné le fait que vous étiez indigné. je n’ai pas le droit de le dire?

    La recherche avance souvent à petit pas, c’est donc qu’il y des étapes, même en recherche fondamentale…même en embryologie…

    la logique a évaluer un projet à l’horizon de 5 ans tous les ans? A voir si ça avance, s’il n’y a pas un blocage, s’il ne faudrait pas s’y prendre autrement et prendre du recul.

    Pour ma part tous les rapports fréquents que j’ai fait m’ont servi à cela : à cesser d’avoir pendant un moment le nez ds le guidon…

    aloysius : 1 exemple ne permet pas de généraliser ou d’invalider complètement un système.

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  37. Tom Roud

    @ JF :
    juste pour préciser : je ne passe plus de concours en France. Si je rentre un jour, ce ne sera probablement pas sur un poste classique, et si je repassais les concours, ce serait lorsque j’aurais un dossier tellement béton que j’aurais une chance très raisonnable de l’avoir (pas une sur 70)

    @ valikor : oui je suis en colère, mais non je ne suis pas aigri, c’est juste ce que je voulais préciser. Je ne regrette rien du tout, je suis très content de ce que je fais, et j’ai , je pense, de bonnes chances de pouvoir continuer et d’avoir de bonnes évolutions de carrière dans les mois qui viennent.

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  38. mixlamalice

    Tu veux dire qu’on vient de te proposer un nouveau contrat de post-doc de 1 an renouvelable 5 fois?

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  39. JF

    Tom: me too, qu’est ce que tu crois…

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  40. N. Holzschuch

    @JF and Tom, sur le dossier “tellement béton”… Euh, les gars, je crains que vous n’ayez fait une erreur de raisonnement. Expérimentalement, un dossier béton n’est pas une garantie de recrutement (ni en France, ni aux USA, d’ailleurs).

    Simple question de psychologie, pour expliquer ça sans donner de noms : une université (ou une entreprise, d’ailleurs) avec des chercheurs de pointe recrutera sans hésiter quelqu’un qui est à la pointe, certes. Mais une université avec des chercheurs moyens préfèrera recruter quelqu’un qui est plus mauvais qu’eux (pour éviter la concurrence). Les A recrutent des A, mais les B préfèrent recruter des C.

    Dit autrement : si vous vous pointez avec une liste des publis plus longue que celle du directeur du département (ou de l’ensemble du département, d’ailleurs…) vous les mettez mal à l’aise. Et ils trouveront un tas de bonnes (ou mauvaises) raisons pour ne pas vous recruter… Et voilà pourquoi Berkeley (resp. l’ENS) peut décider de vous recruter, la même année qu’UCF (resp. Nancy II) décide de ne même pas vous auditionner.

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  41. JF

    Ch’sais bien… En fait j’étais pressé ce matin, mais dans mon cas j’aurais du le formuler un peu différenment : j’aurais du dire “.. ce sera lorsque j’aurais un dossier de niveau Pr, parce que au point où j’en suis je vais pas m’embêter avec un poste de MC (à quelques annés près, c’est pas la peine !)”.

    Après effectivement, avec un brin de cynisme ça se joue en trois phases : Phase I (avant 40 ans), un dossier en vrai un peu insuffisant pour être prof, mais bon, “c’est un jeune prometteur” et puis surtout ” ouf il est moins bon que nous, on peut le recruter”. Phase II (40-45 ans), un dossier de niveau prof mais “m…, il est meilleur que moi; pas question que je le recrute”. Phase III (45 et plus) : un dossier de niveau international tel que “on aurait vraiment l’air trop con en ne le faisant pas venir”. Evidemment, faut y arriver à la phase III.

    En gros ça se passe pareil au niveau Mc, d’ailleurs. Sauf la phase III (on oasse directement à la case suivante).

    Clairement, j’ai raté mon tour dans la phase I MC; la phase II, c’est bon je sors d’en prendre. Maintenant je joue à la phase I Pr….

    [Reply]

  42. valikor

    Moi qd j’ai passé les 2 seules auditions de MCF que je désirais, j’ai eu :

    -un candidat local recruté avec le raisonnement officieux: “tu comprend, on l’a encadré pendant 3 ans en thèse, comment on peut lui dire que maintenant on a mieux que lui? C’est pas possible.”
    -à une ENS, 2-3 mopis avant l’audition, le chef du labo et directeur de l’enseignement qui me dit : “tu sais, si il y a un normalien qui se présente, il se peut bien qu’on puisse pas faire autrement que de le prendre”.
    Devinez quoi, à l’audition, un normalien se présente… magique.

    A tom : l’essentiel c’est d’être heureux (et pour cela, colère, tristesse, rancoeur, rancune, douleur… à la poubelle).

    Valikor

    [Reply]

  43. Demmanuel

    Ca fait quelques mois déjà…. Et, du coup, je suis totalement hors-sujet concernant le débat ayant sévi en commentaires.

    Mais ce rustre de MacPomme se paie même le luxe de parodier Ludwig Mies van der Rohe, génialissime et visionnaire architecte allemand.

    Ce dernier disait “Gott steckt im Detail” (Dieu se cache dans les détails), devenu, dans la prose de MacPomme, “[...]Mais le diable est dans le détail.”

    Non content d’étaler son ego et son ignorance, il sabote même le leg artistique de l’Allemagne. Quel respect !

    [Reply]


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