Mépris de l’étudiant

Citation de Fillon dans le canard de cette semaine :

A Rennes, Bordeaux ou Toulouse, il y aura 150 000 étudiants de lettres, d’histoire et de psycho qui n’auront pas leur diplôme cette année. La belle affaire ! Le pays s’en relèvera, il n’y aura pas de creux dans la formation des psychologues

Je suis toujours énervé de voir ce mépris des étudiants, largement partagé dans la population française qui malheureusement semble adorer détester ses propres enfants. C’est toujours la même histoire : dans la bouche de nos gouvernants, le diplôme doit être professionalisant, mais ce n’est évidemment valable que pour la plèbe des étudiants de l’université pas pour les futurs grands commis de l’Etat ou les polytechniciens qui eux peuvent se permettre de “perdre leur temps” à faire de la philosophie par exemple. Sarkozy et Fillon ont fait des études de droit, on ne me fera pas croire que leur formation les rend plus compétents pour leur job actuel qu’une formation en histoire, en lettres ou en psycho.

Les objectifs de formation adaptée au bassin de l’emploi me laissent aussi toujours sceptiques : regardez comment des pans entiers du privé peuvent s’effondrer du jour au lendemain. Par exemple, jusqu’il y a peu, la finance était la voie la plus courue pour les gens qui sortaient de mon DEA …

Ce qu’il y a de rafraichissant lorsque l’on vient aux Etats-Unis, c’est de voir la diversité des parcours universitaires, de voir aussi que le diplôme est valorisé comme une capacité à apprendre et non comme une formation “clé en main” pour travailler en entreprise. Tous ces discours en France sont encore un exemple manifeste de l’étroitesse d’esprit de nos gouvernants qui ne sont jamais sortis de la France et prétendent en même temps s’inspirer des exemples étrangers (qu’ils ne comprennent pas) pour réformer l’université française.

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34 commentaires à “Mépris de l’étudiant”

  1. mixlamalice a dit:

    C’est clair que j’ai vu en un an et demi aux US plus de “parcours atypiques” (des mecs qui font une thèse après avoir bossé deux ans dans une station de ski et trois ans en entreprise, qui deviennent Prof. après avoir bossé 10 ans dans la privé ou l’inverse, de Profs ultra-réputés alors qu’ils ont fait leurs humanités dans des collèges obscurs…) qu’en à peu près 10 ans en France.
    Chez nous, va passer un entretien chez Loréal ou dans un labo de l’ENS si tu es diplômé de l’université du poitou-charentes, que tu as travaillé dans une ONG pendant 3 ans et que tu as changé d’orientation… nope, si t’as pas fait prépa-grande école connue-stage industriel bien comme il faut (+ la thèse et le post-doc à l’étranger qui va bien pour l’académique) dans le bon nombre d’années, t’es mal.

  2. Yvic a dit:

    Qui plus est, l’allongement des études fait que les diplômés sont sur-qualifiés pour la plupart des emplois qu’ils pourraient obtenir. Les thésards en savent quelque chose.

  3. pablo a dit:

    Je plussoie Tom

  4. John78 a dit:

    Hello
    C’est pas du vrai mépris cette fois que de “donner” un diplome ?
    Parcequ’il ne faut pas tourner autour du pot, dans plein de fac avec 3 mois de paralysie je vois pas comment on va pouvoir faire des examens, et quid de la validité et du contenu de ces diplomes ?

    Et ne vous inquietez pas trop, en école d’ingé y a pas eu de problème cette fois encore. Et on s’etonnera que le recruteur lambda va privilégier la personne qui sort d’une école d’ingé sur un universitaire qui a eu en 5 ans presque 3 années perturbée a tres perturbée (CPE, LRU etc…) ???

    Continuons a scier la branche, on voit le bout… :-(

    A+
    J

  5. Tom Roud a dit:

    John, le problème c’est que de toutes façons, tu vois bien que le mépris pour l’université préexistait largement. Les moqueries sur les formations de psychologues, on n’a pas attendu le CPE, la LRU, etc… pour les faire. Après, ne me fais pas rire en me disant que les écoles d’ingé travaillent d’arrache-pied en comparaison de la fac. Le “label” majeur de l’école d’ingé, c’est de sélectionner à l’entrée sur concours (il faudrait d’ailleurs discuter de ces multitudes de micro concours pour micro écoles semi-privées qui ne veulent pas forcément dire grand chose à mesure qu’on “descend” dans la “hiérarchie” des écoles). Je caricature un peu, mais une fois le concours passé, malheureusement c’est souvent concours de biture et études en option…

    Cela dit, je suis d’accord avec toi que c’est assez terrible pour l’image des facs qui se dégrade encore, et je ne sais pas ce qu’il faudrait faire. Je suis assez circonspect face à l’attitude des enseignants à l’université, qui ne me semblent pas se battre pour les bonnes choses , et qui mettront eux aussi probablement leurs enfants en école d’ingé. Je pense que tout le monde aurait besoin d’aller voir un peu comment les choses se passent ailleurs, mais les gens sont trop arrogants des deux côtés.

  6. Pli a dit:

    Excellents billet et réponse faite à John.

  7. JF a dit:

    Pff… Z’en avez pas marre, du grand air du mépris? C’est un peu comme le commentaire que je laissais chez Nicolas à propos de “deadwood” : dès que quelqu’un hors du cercle académique ose dire tout haut quelque chose que tout le monde sait, la communauté entière se met à hurler à l’unisson au cris de “discours méprisant” et de “manque de respect pour les XXXX”.

    En l’occurence, zut à la fin. Oui, il faut arriver à admettre que parmi les 150 000 étudiants en psycho, il y en a 140 000 qui ne seront jamais psychologues et 135 000 qui sont essentiellement là pour chauffer les bancs de l’amphi (et accessoirement, avoir une sécu étudiante). C’est du mépris ? Si tu veux. Je n’ai aucune admiration particulière pour des gens qui vont à la fac comme ils iraient au bistrot, pour passer le temps. Ou pour des gens qui se lancent dans des études dont ils savent pertinement qu’elles ne déboucheront sur aucun métier. Ou qui réclament le droit de faire les études qu’ils veulent sur le sujet qu’ils veulent, et qui ensuite attendent qu’en plus on leur donne un boulot dans ce sujet.

    Mon admiration, je la réserve plutôt à “mes” étudiants du Transkei ou du Venda, dont la famille se saigne pour leur donner une chance de faire des études. A “mes” gabonais venus en Afrique du Sud, sur une bourse de leur gouvernement, parce qu’il n’y a pas de second cycle à Libreville. Ou même à “mes” boers qui ont travaillé pendant deux ou trois ans pour mettre des sous de côté avant de reprendre des études. Des gens pour qui échouer à un module, ce n’est pas juste la garantie de retrouver sa place dans l’amphi l’an prochain, mais c’est la fin de leur bourse et de leurs chances de faire des études — tout court. Pour qui aller à la fac, ce n’est pas un aimable passe-temps. Pour qui une inscription dans un diplôme, ce n’est pas un truc dont on change tout les ans selon le sens du vent et l’idée du moment. Et bien sûr, des gens qui ne croient pas que s’asseoir dans un amphi leur donne un quelconque droit à un diplôme, ni qu’un diplôme leur donne le droit de bosser dans ce domaine.

    Mais je refuse qu’on me dise à qui je dois du respect.

  8. jean a dit:

    @JF:
    Certes. Mais prétendre que 140 000 années d’études perdues, ce n’est rien, il faut vraiment un sens de la gestion assez particulier.

  9. JF a dit:

    De toutes façon, dans les 140 000 années en question, 125 ou 130 000 étaient perdues depuis le début. Ce qui témoigne aussi d’un sens de la gestion assez particulier, j’en conviens.

  10. Tom Roud a dit:

    @ JF : bah je ne sais pas, moi, personnellement, je me sens totalement solidaire des 140 000 étudiants qui ont fait de la psycho et ne deviendront pas psychologue. Parce que j’ai fait de la physique, et que la plupart des gens qui en ont fait avec moi ne sont pas physiciens (d’ailleurs pour moi ça se discute). Parce que j’ai fait une école d’ingé, et que je ne suis pas ingénieur. Est-ce que cela veut dire que j’ai ciré le banc en école d’ingé ? Non, ça veut dire que personne ne fait un métier en adéquation avec sa formation, mais il n’y a qu’aux étudiants en psycho qu’on le reproche, en les traitant de touristes qui n’ont pas réfléchi aux débouchés sur le marché de l’emploi. Dans ce cas, moi aussi je suis un touriste : si j’avais réfléchi aux débouchés sur le marché de l’emploi avant de faire mes études, j’aurais fait un DEA de finance, pas de la recherche. Et je serais probablement au chômage aujourd’hui.
    Par contre, je pense que tu te trompes sur la sociologie de l’université française. Des étudiants qui sont obligés de bosser pour financer leurs études et pour qui échouer à un module est un gros problème, il y en a, et pas mal en fait. Tous les étudiants ne sont pas des fils à papa à qui on paie des études . Ceux-là, ils sont en prépa , en école d’ingé, voire dans un combo prépa école d’ingé, ces formations qui offrent des débouchés sur le marché du travail par cooptation (un peu comme conseiller général des Hauts de Seine par exemple).

  11. Benjamin a dit:

    Toujours pareil : on peut savoir dans quel contexte Fillon a dit ça?

  12. NG a dit:

    “Le pays s’en relèvera” : le pays ne se relèvera pas de sitôt de la dévalorisation de l’enseignement supérieur…

  13. Tom Roud a dit:

    @ Benjamin : je n’ai plus le Canard sous la main, c’était sur la page 2 donc c’est du off, je crois que c’était lors d’un déplacement en province.
    @ DG : certes, mais le pays aime tant se dévaloriser qu’il est prêt à se tirer une balle dans le pied.

  14. Benjamin a dit:

    Mon propos est que tu fais preuve (sur un support public) d’un mépris au moins équivalent vis-à-vis d’une certaine catégorie d’étudiants, du coup je trouve que tu en demandes beaucoup à Fillon

  15. Tom Roud a dit:

    “Mon propos est que tu fais preuve (sur un support public) d’un mépris au moins équivalent vis-à-vis d’une certaine catégorie d’étudiants”

    ???
    Tu veux dire que je “méprise” les étudiants des grandes écoles ?

  16. Benjamin a dit:

    ben, vu les termes que tu utilise à leur endroit, on dirait bien!

  17. Tom Roud a dit:

    D’abord, j’aurais du mal à mépriser tous les étudiants des GE, vu que j’en suis un, ma femme aussi, toi aussi, beaucoup de mes amis etc…

    Simplement, dans mon école qui n’est pas vraiment la moins cotée, beaucoup de gens avaient des comportements vraiment pathétiques. J’ai plein d’exemples de camarades qui n’allaient jamais en cours et fumaient du shit toute la journée (littéralement, mon couloir empestait l’herbe brûlée), de concours de “mines”, sans compter la pression douce du discours ambiant sur le mode “tu es dans une tellement bonne école que cela ne sert à rien d’étudier, enjoy la life” qu’on m’a tenu plusieurs fois. Je ne sais pas si c’est la prépa qui marque trop, mais j’ai parfois eu l’impression d’être avec des gens un peu fous. Le bizutage (auquel j’ai réussi à échapper partiellement) était terrifiant : voir des étudiants de “l’élite”, ivres, beuglant, vomissant, avoir des comportements nazifiants (hop point Godwin) au nom d’un pseudo “esprit de corps” m’a remué les tripes. Sans compter des comportement inacceptables sur lesquels la hiérarchie de l’école fermait les yeux (saccage du bureau d’un des directeurs des études).
    A cela s’ajoutait un espèce d’esprit de corps à plusieurs étages (genre rappel systématique de la prépa d’où tu venais) que je n’ai jamais compris. Voilà, tout ça pour dire que je suis peut-être asocial, mais j’ai détesté mon passage en école sur le plan humain, que je garde en réalité peu d’amis de cette époque, alors que j’ai adoré y étudier. Rétrospectivement, je vois dans tous ces comportements une espèce de sentiment d’appartenance à une élite soigneusement sélectionnée, indéboulonnable, et avec un fort sentiment d’entre soi, qui me semble être à l’origine de beaucoup de problèmes en France. Au final, tous les camarades étant sortis d’école dont j’ai des nouvelles ont très bien “réussi”; à la limite, le loser, c’est moi, qui ai choisi de ne pas “valoriser” explicitement mon diplôme en suivant la voie royale, et ai fait de la recherche dans une discipline mal foutue en dehors d’un corps de l’Etat. J’ai aussi des amis très brillants qui n’ont pas forcément eu des grosses écoles : ils se retrouvent “bloqués” dans leurs carrières mêmes des années après par des gens sortis des écoles côtées, juste parce qu’ils sont de la mauvaise école. Je trouve cela méprisable, oui, et tellement français.

    Alors certainement la fac n’est pas mieux. Mais j’ai le sentiment qu’il y a deux poids deux mesures, et que la glandouille, l’inconséquence, etc… sont autant présents en école qu’ailleurs. C’est juste que cela se voit moins (ou qu’on ferme les yeux dessus).

    Sinon, sur Fillon, il y a quand même une petite différence de poids entre le premier ministre et un petit blogueur à peine lu.

  18. Benjamin a dit:

    Je ne sais pas à quel point tu as fréquenté la sphère universitaire, mais c’est très facile de généraliser des deux côtés. Puisque tu plaide pour un meilleur dialogue entre les deux mondes et que tu te déplores que l’on dévalorise l’enseignement supérieur, évite de propager ce genre de cliché, le rejet marche dans les deux sens! En plus, ce n’est pas la peine de toujours tout ramener à un duel université / grandes écoles ; Fillon et Sarkozy sont des universitaires!

    Quelle différence entre toi, moi et un premier ministre? dans la mesure où c’est du off, je n’en vois aucune. Si je peste contre “ces feignasses de la SNCF” un jour de grève, il faut bien que je l’admette chez les autres ; si Fillon ironise avec son voisin de table sur le fait qu’on a pas vraiment besoin de 150000 historiens et psychologues, pourquoi pas, mais on le retrouve dans le Canard! Et au passage, ce serait quand même intéressant de s’interroger sur la mécanique de l’orientation dans le supérieur…

  19. Tom Roud a dit:

    Ecoute, je suis peut-être dans une mauvaise phase de rejet du système français, mais le problème c’est justement que ce ne sont pas des clichés. Moi je ne connaissais que très mal tout ce système avant d’intégrer, j’ai été vraiment choqué par la façon dont les choses se passent en école d’ingé. Et pas mal de choses sur la France me sont venues rétrospectivement après une certaine période à l’étranger…

    “Et au passage, ce serait quand même intéressant de s’interroger sur la mécanique de l’orientation dans le supérieur…”

    Certes c’est compliqué, mais comme je le dis plus haut, on est tous plus ou moins des “erreurs d’orientation”. Par exemple, à partir du moment où on fait de la recherche vu qu’en France par exemple, il n’y a pas de valorisation de la thèse qui aille de soi car tout le monde estime, en somme, que le destin d’un thésard, c’est de faire de la recherche à l’université. C’est d’ailleurs un pan de l’absurdité des réformes “à l’américaine” où on veut pousser les gens à faire des thèses sans vraiment réfléchir à leur intégration sur le marché de l’emploi. La réflexion sur les étudiants de psycho qui doivent devenir psychologue est du même accabit.
    En France, on raisonne sur le mode qu’on a besoin d’un certain nombre N de professionels dans un domaine D à un temps T, et qu’il est anormal qu’il y ait au même temps T plus de N étudiants dans la filière associée au domaine D. Ca marchait peut-être au temps des 30 Glorieuses, à population fixe et avec une économie figée sans évolution technologique. Aujourd’hui, je ne crois pas que cela soit le cas, ne serait-ce que parce qu’il y a de gros retournements économiques sur des périodes très courtes. Donc la formation initiale d’un professionnel devient quasi irrelevante sur le long terme vu qu’il devra probablement changer de métier plusieurs fois dans sa vie. La seule solution, c’est de valoriser la formation universitaire en soi pour ce qu’elle signifie en terme de capacité de travail, etc… et pas uniquement en terme de son contenu. Et d’ailleurs, encore une fois, combien d’ingénieurs font vraiment de l’ingéniérie ? La majorité de mes camarades font des boulots qui n’ont absolument rien à voir avec leur formation basée sur la science. C’est peut-être aussi une raison pour laquelle il paraît qu’on manque de scientifiques.

  20. Tom Roud a dit:

    Bon je suis peut-être devenu irrationnel concernant les Grandes Ecoles, mieux vaut que je m’abstienne de continuer à en parler.

  21. mixlamalice a dit:

    Je sais pas, mais personnellement j’en garde de bons souvenirs, j’ai pas l’impression d’avoir été lobotomisé par un quelconque esprit de corps, j’ai “enjoyé la life” mais j’en suis revenu, j’ai aussi été un peu “asocial” dans la mesure ou je n’étais ni le mec qui va à tous les cours et qui continue à bosser autant en prépa, dont la seule occasion de rigoler était la boutade du prof. de bio à la page 34 du poly, ni le pochtron intégral (même si à la limite j’avais plus d’affinités avec eux), pourtant je garde énormément de potes de cette époque.
    D’ailleurs, pour l’anecdote, les mecs les plus brillants que j’ai vus et qui à l’heure actuelle ont le mieux réussi dans le domaine de la recherche sont des mecs qui ont “enjoyé la life”. Les “polards” ont souvent fini par atteindre leurs limites, très forts dans tout ce qui était scolaire (comme tu aimes à le signaler), ils ont eu un peu plus de mal dès qu’on leur a demandé de réfléchir un peu par eux-mêmes…
    Pour la fac, je suis un peu de l’avis de Benjamin, je ne sais pas si tu l’as beaucoup fréquenté: moi non plus, mais j’y ai enseigné trois ans (peut-être que toi aussi) et c’est quand même la merde. Pourtant c’était une des bonnes facs parisiennes. A la fac aussi, y avait des mecs qui se roulaient des pétards pendant mon td avant d’aller le fumer à la pause à 3m de moi, et comme le souligne JF, y avait effectivement un paquet de gars qui visiblement, étaient là parce qu’il y avait de la lumière (sarcopyright)…
    Désolé, la fac c’est sûrement génial et l’avenir, mais quand au présent t’as un mec en L2 qui sait pas résoudre une équation du premier degré à une inconnue ou lire un thermomètre gradué, franchement, c’est pas la fête (pour le coup du thermomètre, c’était quand même 1/3 de mon groupe de tp, à ce niveau c’est plus marginal).
    Je crois que j’aime pas les jeunes, moi non plus.

  22. mixlamalice a dit:

    D’autre part, peut-être que c’était différent dans ton école (plus réputée que la mienne pour former les futurs maîtres du monde), mais chez moi, les mecs qui enjoyaient la life le faisaient pour, effectivement, décompresser de la prépa, et parce qu’on était djeuns et fous. Mais j’ai jamais entendu le discours “ouais fumons des pétards de toute façon rien à foutre on sera millionnaires sans rien branler dans 5 ans”. Je l’ai même jamais pensé personnellement, et j’ai pas ressenti que c’était le modjo de beaucoup d’entre nous (de quelques uns oui, mais franchement pas la majorité)…

  23. Tom Roud a dit:

    @ mix : je pense que ton école était mieux que la mienne pour tout ce qui est du point de vue “connexion à la réalité”, ouverture d’esprit et préparation à la recherche. Peut-être qu’effectivement je généralise hâtivement; mais le discours “on va être maître du monde”, je l’ai vraiment entendu, et plusieurs fois.
    Sinon, j’ai quand même du mal à voir l’intérêt d’un système où des jeunes entre 18 et 21 doivent bosser comme des malades, à s’en ruiner la santé, et ont besoin ensuite de “décompresser” (le cas échéant en se ruinant la santé dans l’autre sens). Cela a un côté maniaco-dépressif.
    A lire aussi :
    http://louis.chauvel.free.fr/bloch.htm

    L’enseignement supérieur a été dévoré par les écoles spéciales, du type napoléonien. Les Facultés même ne méritent guère d’autre nom que celui-là. Qu’est-ce qu’une Faculté des Lettres, sinon, avant tout, une usine à fabriquer des professeurs, comme Polytechnique une usine à fabriquer des ingénieurs ou des artilleurs ? D’où deux résultats également déplorables. Le premier est que nous préparons mal à la recherche scientifique ; que, par suite, cette recherche chez nous périclite. Interrogez à ce sujet un médecin, par exemple, ou un historien ; s’ils sont sincères leurs réponses ne différeront guère. Par là, soit dit en passant, notre rayonnement international a été gravement atteint : en beaucoup de matières, les étudiants étrangers ont cessé de venir chez nous, parce que nos universités ne leur offrent plus qu’une préparation à des examens professionnels, sans intérêt pour eux. D’autre part, à nos groupes dirigeants, trop tôt spécialisés, nous ne donnons pas la culture générale élevée, faute de laquelle tout homme d’action ne sera jamais qu’un contremaître. Nous formons des chefs d’entreprise qui, bons techniciens, je veux le croire, sont sans connaissance réelle des problèmes humains ; des politiques qui ignorent le monde ; des administrateurs qui ont l’horreur du neuf. À aucun nous n’apprenons le sens critique, auquel seuls (car ici se rejoignent les deux conséquences à l’instant signalées) le spectacle et l’usage de la libre recherche pourraient dresser les cerveaux. Enfin, nous créons, volontairement, de petites sociétés fermées où se développe l’esprit de corps, qui ne favorise ni la largeur d’esprit ni l’esprit du citoyen.

  24. mixlamalice a dit:

    Juste sur la première partie de ton message:
    Je suis peut-être trop pragmatique (ou simpliste), mais pour moi, il y a deux choses en concurrence à un moment donné:
    - “il faut que jeunesse se passe”. Un jeune, ça fait des conneries. Pas toujours, pas tous les mêmes, pas tous pour les mêmes raisons, mais bon, globalement…
    - “à un moment donné, pour réussir, faut se tirer les doigts”. A part pour les héritiers, bien sûr (on les aime bien en France). Bon, chacun a sa propre définition de la réussite, ses priorités, mais même si elles sont modestes, il faut toujours un minimum d’efforts à accomplir.

    Généralement, le jeune fait d’abord des conneries, puis se tire les doigts.
    Avec le système prépa-école, c’est un peu inversé mais généralement ça revient au même au bout du compte (après deux-trois ans de conneries, on finit tous plus ou moins par s’y remettre).

    Cela dit, en soi, de ce point de vue là, bien que pour des raisons différentes, on est assez proches du système ricain: au lycée les élèves bossent pour intégrer une bonne fac, puis en fac dès qu’ils ont 21 ans, ils se biturent (et plutôt de façon plus extrême que chez nous) pendant trois ans, puis ils se remettent à bosser en grad school… (attention ceci n’est pas une nanalyse sociologique de la défonce et les jeunes, juste une remarque inutile).

  25. mixlamalice a dit:

    PS: que mon école prépare plus à la recherche que l’X, c’est possible (voire sûr), par contre, pour le côté “connexion à la réalité”, je suis dans le doute. 50-60% d’une promo qui part en thèse, c’est la preuve d’une grande immaturité à la sortie de l’école, ou en tout cas d’une grande méconnaissance du système français. :-) (exceptionnelement je me fends d’un smiley)

  26. Ch'Tom a dit:

    @mixlamalice : en même temps quand tu as vu la gueule de De Gennes à la rentrée, tu t’es dis :
    A – Je suis le maître du monde.
    B – C’est ça qui nique à tour de bras ?
    C – Et à part la thèse, le débouché c’est quoi ?
    D – Pierrot ta braguette est ouverte !

    Je zappe le débat sur le fight Fac/Ecole d’ingé. Pour moi les deux sont utiles et ont un rôle distinct, mais il faut remettre un coup de lustre à la fac pour que cela marche.

    Je plusune aussi sur la nécessité de faire comprendre à un DRH qu’un doctorat ce n’est pas sale. Et que ce n’est pas parce que j’ai une spécialité assez restreinte qu’il n’y a plus de place dans ma tête et que ce qui m’a amené à l’excellence une fois (j’ai un papier du jury qui le dit) a été gaché et perdu. Je me suis encore fait chambrer par mon chauffagiste ce midi quand je lui ai dit que j’étais ingénieur docteur chômeur. Quand je pense qu’en prépa on m’avait dit que je serais parmi les maîtres du monde…

  27. mixlamalice a dit:

    E- putain il la ferme le vieux que je puisse me barrer de cet amphi, aller boire une bière et faire une coinche (j’étais pas encore très conscient de ce que le vieux monsieur représentait et oui, j’avais envie de glander, je bats ma coulpe).

  28. John78 a dit:

    => Mix tu es un peu pénible avec tes textes toujours a charge sur l’université.
    Il y a plein de réussite a la fac, des filières avec des super enseignements, qui arrivent a donner une vraie culture et des bons débouchés a la sortie. Mais bien sur, dès que le mot fac est lancé on revient toujours sur les poncifs des filières bouchées et prise d’assaut genre psycho, des gauchos qui branlent rien et qui sont là pour bloquer les facs pour des raisons politiques. Oui ca existe, hélas, mais ça c’est le mauvais coté de la fac, il y a aussi un tas de chose qui marche bien et dont on ne parle jamais. Peut etre aussi qu’on ne s’en glorifie pas. Et parceque lorsequ’on sort de fac on sait que l’important c’est pas tellement le diplome c’est surtout ce qu’on en fait. ;-)

    A+
    J

  29. mixlamalice a dit:

    Désolé d’avoir parlé 10 lignes de la fac sur 60 lignes de texte relativement plus générales dont le message était surtout, en réponse à Tom qui s’interrogeait “Bon je suis peut-être devenu irrationnel concernant les Grandes Ecoles, mieux vaut que je m’abstienne de continuer à en parler.”, un, “effectivement, ou en tout cas j’ai pas les mêmes souvenirs d’école que les tiens”, et un peu aussi “ta conception de la fac me semble largement idéalisée (du fait de ton rejet des grandes écoles)”.
    Pour les filières de psycho tu as du me confondre avec des messages plus hauts qui ne sont pas de moi.
    Puisque ça a l’air de te traumatiser, rassure-toi je n’ai pas épluché les cvs des candidats à la même audition que moi pour faire un classement par cursus.

  30. mixlamalice a dit:

    J’ai d’ailleurs des très bons amis universitaires (attention, humourr), mon ex-co-chef est un universitaire (il a fait la fac à Rouen, tu te rends compte?), ben on est encore allé au resto ensemble la dernière fois que je suis rentré. Et même j’ai accepté qu’il me donne des conseils pendant la thèse, alors que bon, franchement…

  31. mixlamalice a dit:

    Je voudrais également juste rappeler que la seule fois ou j’ai parlé du dualisme fac/grande école, c’était au cours d’un débat intense où une bonne douzaine de personnes étaient d’accord entre elles pour dire que les prépas et les grandes écoles c’était des méchants qui formaient des lobotomisés incapables de penser par eux-mêmes et que c’était leur faute si la fac marchait pas parce qu’ils prenaient tout le pognon aux gentils. Bizarrement, je ressentais ça aussi comme un discours à charge, et comme j’ai suivi un cursus qu’après tout je suis assez reconnaissant d’avoir suivi en n’étant pas du sérail (même si je n’en ai pas tout aimé), et que le discours que je lisais me semblait assez réducteur, j’étais un peu venu jouer le chevalier blanc après la bataille.
    Je n’ai d’ailleurs pas changé d’avis sur un point, c’est pas en fermant les prépas et les grandes écoles et en foutant tout le monde à la fac que par magie tout sera super dans le système français.
    De même que, par exemple, contrairement à ce que dit SLR ou SLU, c’est pas juste en filant plus de pognon et plus de postes que tout se règlera par miracles (même si ça aidera).

  32. John78 a dit:

    Je ne suis pas “traumatisé”, je suis éxédé par la suffisance des gens sortis de grandes écoles qui t’explique que l’Université c’est “quand même la merde” (je te cite). Bon voilà c’est tout.

    A+
    J

  33. mixlamalice a dit:

    Tu noteras que “c’est quand même la merde” ne veut pas dire la même chose que “c’est quand même de la merde”. Je ne vois pas ce que ça a à voir avec de la suffisance, ce constat, il y a un nombre certain d’enseignants chercheurs dont je ne connais pas le cursus en détail qui le font aussi (en plus des exemples déjà donnés, je pourrais te parler également des labos de Jussieu où les mecs bossent encore avec du matos des années 20 et de l’amiante, ou des 10% de ma promo de L2 qui étaient plus âgés que moi en dernière année de thèse, ou etc).

    Effectivement, tu peux me parler de réussites extraordinaires de mecs dans ton genre qui ont choisi de faire CR plutôt que MdC sans doute parce que la fac c’est génial mais que si on peut éviter d’y enseigner, c’est encore mieux. Puisque tu y es, j’aimerais que tu me donnes, si tu le connais, un pourcentage des mecs qui étaient en 1ère année de Deug avec toi qui ont fini où tu en es ou à un niveau équivalent. Parce qu’il me semble que le but de la fac, c’est pas que de former 1% de chercheurs ou d’enseignants chercheurs.

    Quand je dis, du haut de ma petite expérience, qu’il me semble que la fac c’est pas la folie (j’y ai passé 4 ans, à peu près autant qu’en grande école, puis 1 an et demi dans une fac ricaine), c’est pas forcément lié au fait que je me crois super balèze parce que j’ai fait une école que personne ne connaît ou que tout le monde confond avec une autre école il y a 10 ans, ou que je suis persuadé que les ex-taupins sont les gens les plus brillants du monde, faut arrêter la parano: si tu te sens frustré tu peux toujours postuler pour corriger les concours et défoncer du taupin, ça te calmera peut-être les hormones.

  34. Tom Roud a dit:

    Bon bon, je propose qu’on se calme, hein, pas la peine de s’insulter les uns les autres à coup de “ça te calmera les hormones”. Manifestement, ces débats sont sensibles pour tout le monde et on déborde rapidement. Aller, je ferme les commentaires.

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