“L’inappartenance à l’humanité, ça fait drôle”

C’est la dernière phrase de cette vidéo de Finkielkraut,


France Inter – Alain Finkielkraut
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FInkielkraut lâche cela, à propos de la mort de Michael Jackson et des manifestations d’émotion qu’il ne comprend pas. Bien sûr, il est tout à fait concevable de ne pas connaître ou de ne pas apprécier Michael Jackson. Mais on a le sentiment qu’il y a quelque chose de plus profond ici, comme si Finkielkraut, non seulement n’appréciait pas Bambi, mais surtout ne concevait pas que l’on puisse l’aimer ou l’apprécier, et être touché par sa mort.

Vers le milieu de la vidéo, Finkielkraut revient sur la censure d’Hadopi par le Conseil Constitutionnel. Il dit quelque chose du genre : “il y a un problème quand les sages se prennent pour des jeunes”. Il voit dans cette décision de droit un acte politique choquant, dont on comprend bien en quoi cela le gène à la lumière de ce qu’il dit sur Michael Jackson : pour Finkielkraut, les sages, les vieux, doivent dire aux jeunes ce qu’ils doivent penser et aimer, et faire respecter un certain ordre immuable.

Le parallèle que Finkielkraut lui-même fait avec les discussions sur les mères porteuses est d’ailleurs intéressant. Je suis de plus en plus convaincu que Testart avait raison : tout ce qui est possible technologiquement sera réalisé, voire in fine banalisé. Que cela soit en matière de bioéthique ou de communication sur internet. Donc de deux choses l’une : soit on arrête toute innovation technologique (comme le préconise Testart sur les biotechnologies), soit on essaie d’accompagner les implications sociales des changements technologiques. Mais accompagner et réglementer les changements, pour savoir ce qui est bien ou mal dans la modernité, cela demande de se projeter dans l’avenir, de réfléchir au fonctionnement d’un hypothétique monde nouveau dans lequel ces changements sont acquis, ce que Finkielkraut ne semble pas vouloir ou pouvoir faire. Penser et analyser ce monde qui change, ce n’est pas forcément légitimer le changement, mais cela permet d’ouvrir le débat.

Imaginons une société où l’on autorise les mères porteuses. Quid de l’état civil de ces enfants dans des pays où la pratique n’est pas reconnue ? Que se passe-t-il, comme dans le cas de Michael Jackson justement, lorsqu’un parent qui a “commandé” un enfant à une mère porteuse, meurt soudainement ? Comment réglemente-t-on efficacement cette pratique ?

Imaginons une société où l’accès à la culture et à la connaissance est gratuit. Comment les “téléchargeurs” consomment-ils ? Comment les producteurs de culture et de connaissance gratuite vivent-ils ? Le Michael Jackson de Thriller aurait-il vendu beaucoup moins d’albums aujourd’hui, ferait-il payer aujourd’hui le visionnage du mythique clip de Thriller sur iTunes ou le mettrait-il gratuitement sur YouTube ? Les blogueurs d’aujourd’hui, qui produisent de la connaissance et des idées gratuitement sans vivre de leurs plumes, les intellos précaires, etc… comment doivent-ils vivre ? Comment organise-t-on l’économie de la société de la connaissance ? L’avenir de la culture n’est-il pas dans la longue queue, dans une redistribution beaucoup plus importante des profits de l’industrie culturelle entre ses acteurs ? Le droit d’auteur tel qu’il est est-il indépassable, inréformable ?

Je n’en ai aucune idée, mais je trouve triste qu’un intellectuel comme Finkielkraut ne s’empare pas de ces problèmes, en reste à ce qu’il connaît, aux débat étriqués d’aujourd’hui, et du coup se lamente d’être exclu de l’humanité.

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4 Responses to ““L’inappartenance à l’humanité, ça fait drôle””

  1. David

    Ce qui frappe, c’est la faiblesse de la pensee de ces intellectuels proclames. L’entretien se limite a des cliches au style un peu ampoule, cachant une pensee classiquement conservatrice (c’est caricatural sa critique anti-jeune, a la limite de la parodie).

    Ce refus de comprendre le monde dans lequel il vit est assez paradoxal, puisqu’il affiche clairement son aspiration a discuter du monde dans sa generalite. Il s’agit surtout de plaquer ses propres prejuges sur des sujets qu’il ne comprend pas finalement – en tant qu’intellectuel “universel”, il se doit de parler de tout. Plus que de se cantonner a ce qu’il connait, une peur de se voir depasser ?

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  2. Demmanuel

    Comme d’autres, il masque le fond. Comme d’autres, il se perd en débats stériles sur la forme.

    Du vent.

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  3. EtienneB

    Surtout, on voit encore une fois que les défenseurs de l’Hadopi n’acceptent pas les critiques, et donc les galvaudent pour leur enlever leur crédibilité.

    La licence globale, ce n’est pas la gratuité, mais la mutualisation.

    Oui, sur internet se joue, encore une fois, une bataille entre capitalisation et socialisation.

    Aujourd’hui, la culture est rémunérée et donc guidée par la demande, par ceux qui ont l’argent pour la consommer. Une sorte de scrutin censitaire.

    Avec la licence globale, on assisterait à une démocratie culturelle, où chaque personne aura le même poids sur la rémunération de la culture, et donc sur son orientation.

    Effectivement, comme tu l’écris, tout ça est à penser, à imaginer. Les partisans de la licence globale le font.

    Les conversateurs, eux, ne créent jamais. Ils freinent quand ils sont dans l’opposition, ils cassent quand ils sont au pouvoir.

    Aujourd’hui qu’ils ont tous les pouvoirs, on est dans de sales draps.

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  4. Blogueur Influent

    Finkielkraut fait partie des montres arrêtées qui donnent l’heure juste deux fois par jour : quelque part son discours est utile, il force à réfléchir aux questions posées. Mais en même temps il se caricature beaucoup et il passe à présent le plus clair de son temps à essayer de ressembler à son personnage. Dans le genre je préfère nettement Paul Virillio.

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