Sauvez les concours !


Les filles brillent en classe, les garçons aux concours

Alors comment comprendre ce déséquilibre ? “D’un point de vue technique, il semble que la structure du concours HEC crée d’avantage d’hétérogénéité chez les hommes que chez les femmes”, estime M. Peyrache. Si, “en moyenne”, les performances des hommes et des femmes sont similaires, “les notes des femmes sont concentrées autour de la moyenne, tandis que celles des hommes sont très dispersées avec beaucoup de très bonnes notes et de très mauvaises. Mécaniquement, quand on sélectionne les 380 premiers résultats, on a un peu plus d’hommes”.
Pour les trois chercheurs, cette étude démontre donc que dans le cas du système éducatif français “les femmes répondent de manière différente des hommes à la pression générée par la compétition”. Et, ajoute M. Peyrache, “c’est pour cela que nous devons réfléchir à l’avenir à l’évolution de nos concours”.

Déjà, j’ai quelques doutes sur l’explication “scientifique” en plus du côté “femmelettes qui ne supportent pas la compét’”.
Mais ce qu’il y a de formidable, c’est qu’il ne viendrait à l’idée de personne de remettre en cause l’existence et la logique du sacro-saint concours. Si l’on considère que les performances en classe, les mentions, les représentations en bonnes prépas … bref, les dossiers scolaires, constituent un bon indicateur du niveau, pourquoi alors conserver un concours ? Pourquoi ne pas recruter les étudiants sur la base de ces indicateurs comme le font les grandes universités US par exemple ? Il est vrai que dans ce cas, la sélection serait nécessairement moins intense (risque d’arbitraire), et donc les promos des grandes Ecoles beaucoup plus grandes. Du coup, les diplômes de celles-ci perdraient de la valeur, n’est-ce pas ?

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3 Other Comments

23 commentaires à “Sauvez les concours !”

  1. mixlamalice a dit:

    En même temps, si on lit l’article plus en profondeur, on se rend compte qu’ils basent leurs conclusions (les femmes réussissent moins bien au concours) et leurs explications (elles supportent moins bien la compètition) sur cette stat’ unique obtenue pour un seul concours (HEC) sur 3 ans: 49% de candidates, 46% d’admises.
    Rien que la conclusion (les femmes réussissent moins bien au concours) me semble douteuse… 3% ça peut très bien être la barre d’erreur ramenée aux autres concours ou avec une recherche étendue sur plus d’années. Et même si ce 3% est significatif, ça ne me semble pas non plus “énorme”, pas de quoi traduire ça par “les femmes réussissent moins bien au concours” en tout cas.

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  2. mixlamalice a dit:

    Sinon, les universités ricaines ont aussi une sorte d’exam national (le SAT et il y en a d’autres) sur lesquelles elles se basent sur recruter. Même si elles prennent également en compte le dossier, l’implication dans la vie sociale… Donc certes ce n’est pas aussi déterminant que nos “concours” mais il est quand même déconseillé de se vautrer au SAT (cf affaire Derrick Rose).

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  3. AubeMort a dit:

    Je ne vois pas le rapport entre le mode de recrutement (dossier vs concours) et la taille des promos; on peut bien recruter un tout petit nombre d’étudiants sur dossier (c’est ce qui se passe pour les admissions “parallèles” en GE d’étudiants venant de l’université) et augmenter à volonté la taille des reçus à un concours donné ?

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    Tom Roud Reply:

    Oh, sur le rapport entre mode de recrutement et taille des promos, c’est juste que j’ai le sentiment que quand on compare des gens différents sur des échelles différentes, le classement est nécessairement plus difficile que sur un concours, et donc dans l’absolu, pour éviter les injustices, il faudrait recruter plus de monde. Si on sélectionne trop fort sur des gens aux profils tres différents, on finit par sélectionner sur du bruit.

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  4. AubeMort a dit:

    On pourrait aussi se demander si le recrutement sur dossier conduit effectivement à recruter des gens avec des profils plus variés ? Avec un dossier on peut “normer” non seulement les résultats “scolaires” du candidats mais aussi sa personnalité. Le candidat un peu atypique pas très bien vu de ses profs et pas très porté sur les activités extra scolaires (si valorisantes sur un dossier) a peu de chances de bien s’en tirer…

    Pour en revenir à l’article j’ai du mal à comprendre pourquoi on se prend la tête avec des épreuves qui favoriseraient plutôt les femmes ou les hommes alors qu’il serait si simple d’établir des quotas ?

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    Tom Roud Reply:

    Je ne sais pas, j’aurais tendance à dire que la normalisation se fait en amont (en France en tous cas). Par exemple le problème de manque de mixité sociale en Grandes Ecoles est déjà bien présent en prépa. Après, cela ne me paraît pas illégitime non plus de sélectionner un peu sur la personnalité, particulièrement dans les écoles qui mènent à des professions dans la fonction publique. Enfin, le problème majeur des concours est que c’est un espèce de goulot d’étranglement qui arrive à 20 ans et qui détermine toute la vie. Si le système français était un peu plus ouvert, avec des voies de rattrapage, des possibilités d’avoir des vrais ascenseurs sociaux tout au long de la vie, il n’y aurait pas tous ces problèmes. Mais encore une fois cela demanderait de remettre en cause l’égalité du concours…

    Je suis assez d’accord sur l’idée de faire un peu d’affirmative action pour résoudre ce genre de problèmes.

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  5. david a dit:

    Concernant les quotas, je connais des cas ou certaines candidates au dessous de la barre d’admission ont ete acceptees parce que candidates. Cela concernait des ecocles d’ingenieurs, ou le rapport moyen est plus proche de 1 femme pour 10 homme que 50/50.

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  6. John78 a dit:

    N’étant pas issus des élites, ca consiste en quoi les concours pour entrer dans les grandes écoles et en l’occurence a HEC ?
    Estce si anonyme et égalitaire que l’article semble le dire (écris/oral) ? Par exemple, estce que les femmes candidates ont en proportion la même formation de base que les hommes (même type de bac, issue des mêmes prépas etc… ). Je ne sais pas hein, se sont des questions…

    A+
    J

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    Tom Roud Reply:

    Je crois me souvenir que les écrits sont anonymes alors que les oraux ne le sont pas (forcément). Après, je ne crois pas qu’il y ait de différences majeures dans la formation de base des hommes et femmes, mais je peux me gourer… Tiens, cela suscite une petite interrogation : en prépas scientifiques, y a-t-il plus de femmes en PC qu’en MP ?

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  7. Une heure de peine a dit:

    A propos de la conclusion selon laquelle “les femmes réagissent moins bien à  la concurrence”, je pense qu’il faut lire le commentaire de Baudelot et Establet dans le Monde : http://www.lemonde.fr/societe/article/2009/09/07/christian-baudelot-et-roger-establet-la-moindre-confiance-en-soi-des-filles-et-la-surestimation-de-soi-des-garcons-nous-frappent_1236896_3224.html#ens_id=1236990

    Eux ne parlent pas d’esprit de compétition mais de confiance en soi, ce qui est sensiblement différent. Et ils ajoutent que le concours d’HEC n’est sans doute pas le bon poste d’observation : les jeunes filles qui s’y présentent sont déjà  sur-sélectionnées en la matière, la confiance en soi n’étant pas moins sociale que n’importe quel autre trait de caractère.

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    Tom Roud Reply:

    Ah, donc avoir une moindre confiance en soi est caractéristique des filles, et se surestimer caractéristique des garçons. Bon, je dois être une fille alors ;) . Cela dit, c’est vrai que j’étais beaucoup plus mal à l’aise et stressé lors des concours que lors des épreuves régulières …

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    Une heure de peine Reply:

    Toujours le même problème : on parle en terme moyens, le fait que les prépa sélectionnent en quelques sortes des filles dont la configuration familiale les amènent à une plus grande confiance en elles montrent bien qu’il y a des écarts à la moyenne. Mais toutes les enquêtes menées sur le sujet montrent que les filles font part en moyenne d’ambitions plus modestes et “visent moins haut” que les garçons. Il y a des modèles sociaux et des effets de socialisation là-dessous (par exemple, le fait que les parents déclarent souhaiter à leurs enfants mâles de “réussir” et à leurs enfants femelles “d’être heureuse”… toujours en moyenne hein !). Et comme je l’ai suggéré sur mon blog, il faut y rajouter le fait que les modèles sociaux poussent à interpréter différemment un même comportement selon qu’il vient d’une fille ou d’un garçon.

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  8. mixlamalice a dit:

    Encore une fois, je suis pas sociologue, mais énoncer des généralités psycho-sociologiques (déjà en elle-mêmes discutables) pour expliquer un cas particulier (une école, un concours) qui plus est pas “terriblement significatif” (49% d’inscrites au concours pour 46% d’admises, c’est pas non plus du 90-10 ni même du 50-10) me semble pas très convainquant.

    Pour la différence de formation entre garçons et filles, je pense vraiment qu’il n’y en a pas (les auteurs soulignent même que les filles sont plutôt bien représentées en prépa, y compris dans les meilleures – je suis plus enclin à les croire sur ce sujet).
    D’après mon expérience qui remonte à 10 ans maintenant et se situe dans un bon mais petit lycée de province, il y avait environ 50% de filles en prépa HEC (sur 3 classes), 30% en PC et plutôt 10-20 en MP ou PSI. Ca se confirme ensuite dans les écoles, où dans les écoles “de chimie”, il y a 50-60% de filles alors que dans les écoles “de méca” ou même dites “généralistes” on tourne plutôt à 10-20 voire en-dessous. L’ESPCI, un peu milieu de tout ça, a entre 30 et 40% de filles par promo.

    C’est un peu ce qui me gêne avec l’idée de “quota”, quelle référence doit-on prendre? La population française? Mais alors comment faire quand il n’y a que 20% de filles à postuler pour arriver à 50% d’entrants (cela revient à défavoriser les mecs)? La population en prépa? Mais n’est-elle pas déjà biaisée? Ou même, peut-on ne pas prendre en compte qu’il y a moins de filles qui veulent devenir “ingénieur respo. ligne de production chez Lafargue” que de filles qui veulent bosser chez Loréal? Et comment le prendre en compte?

    [Reply]

  9. AubeMort a dit:

    @ mixlamalice

    pour les quotas on peut prendre la proportion de candidates à s’inscrire au concours. A noter que des quotas ont existé quand le concours de Normale sup n’était pas mixte.

    On pourrait aussi très bien établir des quotas par exemple pour les passages DR au CNRS, au lieu de créer une “Mission pour la place des femmes” dont on se demande bien à quoi elle sert.

    Je ne défends pas non plus particulièrement la parité, c’est juste que si on y tenait tant que ça ce serait relativement facile de faire changer certaines choses au lieu de discourir assez hypocritement.

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  10. John78 a dit:

    Pour répondre a Mix, ca prouve surtout que le sacro saint concours n’est pas aussi égalitaire qu’on le dit, même si celà se joue a 3%.
    Je pense que si l’on s’interressait aux origines sociales ou éthniques les biais seraient encore plus important.
    Donc soit on ne change rien (comme d’hab), soit on commence a prendre conscience que le système des grandes écoles est aussi un ingénieux système de reproduction des castes et des élites. Ce qui, bien sur, ne veut pas dire que les formations n’y sont pas bonnes, au contraire, c’est même sans doute ce qui se fait de mieux.
    Le problème c’est qu’ensuite il ne faut pas se lamenter que les enfants des classes populaires sont condamné a des études au rabais et des boulots pénibles (quand ils en trouve), que les blacks sont discriminé a mort a l’embauche, que les femmes ont toutes les difficultés a acceder aux postes a responsabilité ou même a un salaire équivalent a ceux des mecs etc etc.. Tout çela commence pendant les études même si au départ celà peut etre juste une histoire de quelques pourcents…

    A+
    J

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  11. mixlamalice a dit:

    “ca prouve surtout que le sacro saint concours n’est pas aussi égalitaire qu’on le dit, même si celà se joue a 3%”.

    Ben moi j’aimerais bien des études plus poussées sur la question et des résultats plus tranchés ou tranchants, éventuellement comme tu le suggères poussé sur d’autres critères ethniques et pas uniquement le sexe, avant de dire “ça prouve que”.
    Parce qu’avec cette étude, j’ai plutôt l’impression que les deux mecs avaient déjà leur jolie interprétation toute faite un peu cliché (on dirait un truc sorti tout droit de psychosocio 101) “les femmes sont plus sujettes à la pression, l’auto-dépréciation, et à se fabriquer un plafond de verre” et que les résultats sont bien plus ambigus.
    C’est un peu le problème général de la sociologie à mon goût (l’interprétation des résultats dépend un peu trop du schéma de pensée de ceux qui les interprètent – oui, encore plus qu’en sciences…).

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  12. AubeMort a dit:

    Pour ce qui est des effets socio-culturels qui ont quand même été beaucoup (et semble t il sérieusement) étudiés, ils interviennent beaucoup plus tôt; ainsi les filières “générales” du lycée sont très marquées sociologiquement.
    Il me semble que c’est un phénomène bien différent de la “discrimination” homme/femme.

    [Reply]

  13. francois a dit:

    (1) le fait qu’il y ait moins de dispersion des scores chez les femmes que chez les hommes est assez bien etabli je crois.
    Ceci peut expliquer la prevalence des hommes dans les concours (et dans les prisons).
    cf Larry Summers!

    (2) Je ne pense pas qu’il est absurde de penser que les femmes et les hommes reagissent differemment a la pression. D’un pt de vue evolution/selection, ca parait possible, non?
    Il y a meme des travaux academiques la-dessus:
    http://people.bu.edu/paserman/papers/Paserman_Tennis_February2008.pdf

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  14. Fabien a dit:

    J’étais étonné que le journaliste du Monde et les auteurs (a priori) de l’étude ne mentionnent pas une étude intéressante faite il y a quelques années sur les différences hommes/femmes aux concours. Mais encore plus que les lecteurs ici ne la mentionnent pas, vu les lectures.

    Donc, il me semble avoir vu un article dans La Recherche (mais je peux me tromper) qui expliquait un truc très simple sur les différences de performances aux concours entres garcons et filles. En épluchant les copies, on a observé une tendance très simple :
    les garcons cherchent à répondre à un maximum quitte à zapper des questions intermédiaires quand c’est possible (non nécessaire pour répondre à la suite) et éventuellement revenir dessus après,
    tandis que les filles s’acharnent beaucoup plus sur les questions dures, et y perde apparemment trop de temps.

    Résultat : des notes beaucoup plus dispersées (très hautes ou très basses) chez les hommes que les femmes, et une moyenne plus haute chez les hommes car ils ramassent plus de points faciles.
    Sur des énoncés ne permettant pas la tactique du “passe et revient”, les différences en résultat était bcp moins évident.

    Moralité : les auteurs de l’étude HEC se sont-ils posé la bonne question?

    [Reply]

  15. Emmeline a dit:

    Une fois n’est pas coutume, je vais apporter un léger bémol : parmi les 57% de catégorie A femmes, combien sont professeurs, ce qui les exclut de fait des emplois "dits supérieurs" ?

    A mon (humble, car peu autorisé) avis, le concours joue précisément un rôle de protection dans la fonction publique : une femme ayant réussi un concours est bel et bien assurée de conserver son grade, sa catégorie et (sauf manquement grave) son emploi. Il protège donc – mais il ne *suffit* pas.

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  16. Tom Roud a dit:

    Je ne sais pas si le concours joue un rôle de protection, mais ce qui est sûr c’est que j’ai déjà ressenti la différence dont parle Bourdieu. Je suis post-doc, quand je vais parler à des chercheurs en France, je sens très clairement que je suis avant tout considéré comme quelqu’un qui n’a pas encore réussi le concours, alors que dans les autres pays, on est vraiment considéré comme un jeune scientifique avant tout. C’est une sensation très vexante et très desagréable.

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  17. Gizmo a dit:

    Je suis pas Manuel C, mais je précise :
    13 femmes sur 81 présidents d’université
    1 femme sur 4 directeurs d’ENS
    0 femme sur 14 directeurs de grands établissements
    0 femme sur 7 directeurs d’institutions ou d’écoles externes
    1 femme sur 11 présidents de PRES
    Source : le petit agenda des présidents.

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