Archives pour la catégorie ‘Lecture’

Potterologie : Harry Potter and the Goblet of Fire

Monday, November 21st, 2005
L’un des avantages de l’expatriation est que je peux bénificier en avant-première de tous les produits culturels anglo-saxon (livres, films, jeux vidéos…) sans attendre une hypothétique traduction. J’ai donc eu le plaisir de découvrir Harry Potter IV, le film, bien avant toi, lecteur français resté au pays. C’est l’occasion pour moi d’inaugurer un nouveau thème : la Potterologie. Tu l’as compris, cher lecteur, je suis un grand fan d’Harry Potter, et toi et moi vivons une époque formidable : le mythe Potter est en train de se construire sous nos yeux. Nous attendons fébrilement la sortie de chaque nouveau tome, construisant des hypothèses, imaginant le pire pour Harry et ses amis… Malheureusement, les bonnes choses ont une fin, et le prochain tome sera le dernier. Et compte-tenu des derniers volumes, une fin tragique pour nos héros n’est pas à exclure…
Revenons au film : comme toujours, le film est très fidèle au livre, et j’imagine qu’il faut s’accrocher pour suivre l’intrigue si on ne connait pas l’histoire originale. J’ai bien aimé cet opus, même s’il se concentre essentiellement sur le Tri-Wizard Tournament et qu’il y a bien peu de scènes dans Hogwarts. Pour ceux qui ont lu le tome 6, j’ai essayé de repérer s’il y avait des indices sur les Hoxcruxes, mais il n’y a rien d’évident - mon hypothèse est que le Goblet of Fire lui-même en est un, peut-être la coupe d’Hupplecuff, notez d’ailleurs que si tout se passait bien (enfin mal), Vous-Savez-Qui devrait la récupérer. La terrifiante scène marquant le tournant du cycle que tous les fans attendent avec angoisse et répulsion fut à la hauteur de mes espérances, mais je vous laisse voir. Par ailleurs, ce qui me fascine à chaque fois dans les films d’Harry Potter est la ressemblance fascinante des acteurs avec leur personnage. Cedric Diggory, Krum, Fleur ont vraiment la tête que je leur imaginais en lisant le livre. En revanche, j’imaginais Mad-Eye plus maigre, après tout c’est un Auror, il a dû en voir des vertes et des pas mûres… Bon, voilà pour mes sentiments, je vais m’arrêter car je me rends compte que pour ceux qui ne connaissent pas les livres, cela doit être bien difficile de me suivre !

Lecture : Merlin

Monday, September 19th, 2005
J’ai récemment fini de lire le tome suivant du livre du Graal, qui nous compte la conception et la vie de Merlin jusqu’à l’avènement du roi Arthur. Ce livre est très intéressant et très instructif. Après le triomphe de Jésus (qui est allé jusqu’à sortir Adam et Eve des enfers selon la tradition de l’époque), le Malin souhaite concevoir un prophète des Enfers, pendant maléfique du Christ. Il s’acharne alors sur une famille et prend littéralement la vertu d’une pauvre jeune fille un soir où celle-ci est affaiblie. De cette union naît Merlin. Celui-ci, comme les démons, possède la connaissance du passé et un certain nombre de pouvoirs occultes. Le narrateur nous explique alors que Dieu donne la connaissance du futur à l’enfant, le laissant choisir sa propre destinée. Merlin choisit alors évidemment la chrétienté.

Le roman est beaucoup plus amusant et plus prenant que Joseph d’Arimathie. Merlin est un personnage bien plus sympathique que les bigots du roman précédent : s’il est assimilé à un nouveau Christ, il a un côté païen évident et trempe parfois dans de biens mauvais coups (par exemple dans la conception du roi Arthur). On apprend également l’origine de la Table Ronde, qui forme une nouvelle trinité avec la Cène et la table de Joseph d’Arimathie. Pour continuer sur mes commentaires de la religion à l’époque, j’ai appris en lisant les notes que Merlin était un roman antérieur à Joseph d’Arimathie. Peut-être est-ce une question de style de l’auteur, mais je trouve cela assez édifiant lorsque l’on compare le statut de la religion et des femmes. Le caractère fondamentaliste (au sens moderne) de Joseph par rapport à Merlin est évident : on sent l’influence (postérieure donc) d’un chistianisme culpabilisateur et épuré, qui n’est présent que sous formes de traces dans Merlin. Cela pose pas mal de questions à mon sens sur les évolutions historiques des religions. D’une certaine manière, la pratique du christianisme semble s’être radicalisée à cette époque alors même qu’il avait en quelque sorte bataille gagnée et supplantait les traditions païennes antérieures. A l’ouverture de notre siècle prétendûment “spirituel”, c’est assez inquiétant, non ?

Lecture : Joseph d’Arimathie

Saturday, September 3rd, 2005

J’ai attaqué ces derniers jours la série du mythe du Graal. Il va me falloir du courage pour finir le tout : il y a quand même deux gros tomes dans la collection “La Pleiade” (il faut dire qu’ils ont inclus la version en ancien français). J’ai fini Joseph d’Arimathie. Ce roman vaut vraiment le détour à plusieurs titres. D’abord, c’est l’introduction du grand cycle littéraire du Moyen Age. Ensuite, il fait le lien (romanesque) entre le Nouveau Testament et l’Occident chrétien, car il annonce la Quête du Graal menée par les chevaliers d’Arthur. Nous suivons donc les péripéties de Joseph d’Arimathie, qui a recueilli le sang du Christ dans la “sainte écuelle”, et qui voyage en pays sarrasin, convertissant le roi Mordrain et son beau-frère Nascien, ancêtre de Lancelot et de Galaad. Il leur arrivera de nombreuses aventures, parfois loufoques, mais ils s’en sortiront en s’en remettant toujours à Dieu. En dehors de l’histoire, le plus intéressant à mon sens est toute la philosophie morale catholique du Moyen Age qui transparait dans le récit. Ainsi, vous retrouvez un Dieu vengeur, extrêmement dur avec les mauvais, mais qui pardonne instantanément si vous épousez la foi du Christ. Le pêché est sévérement condamné, et le plus honni d’entre eux est le pêché originel, commis par Eve et partiellement “rattrappé” par la conception “sans luxure” du Christ. C’est d’ailleurs sans conteste possible le roman le plus misogyne que je connaisse : la femme est représentée comme le pêché incarné. Par exemple, le diable apparaît toujours sous des traits féminins; il y a quantité d’anecdotes et de récits annexes consacrés à la duplicité par nature de la femme, par exemple le récit de la vie d’Hippocrate (oui oui, le médecin !). Plus qu’un être inférieur, la femme est représentée comme un être dangereux… C’est en fait assez effrayant, car on réalise en lisant ce “conte” que toute notre civilisation et notre culture reposent en fait sur ce genre de traditions. J’ai depuis attaqué Merlin qui est plus moderne de de point de vue : la femme redevient sauvable (à condition qu’elle soit très pieuse évidemment).

Lecture : Le gai Achille

Thursday, August 18th, 2005
Comme je vous l’avais dit dans un billet précédent, je suis en train de lire des “Récits inédits de la guerre de Troie”. Il s’agit de traductions faites par monsieur Gérard Fry de textes latins - certains eux-même traduits du Grec. L’oeuvre majeure traduite s’intitule “Ephéméride de la guerre de Troie” et consiste en une chronique de la guerre, prétendument rédigée par un Grec nommé Dictys, assistant Idoménée qui est un des héros grecs. Les récits sont riches et très bien annotés et commentés. On y trouve une foule d’indications sur l’atmosphère qui régnait au cours de leur rédaction. Par exemple, Dictys donne une chronique de la guerre de Troie cherchant à gommer toute influence divine et relate un conflit essentiellement politique, contrairement à l’Illiade qui décrit des hommes victimes de la puissance divine. Ce qui m’a beaucoup surpris est la façon dont est abordée l’homosexualité d’Achille. Soyons clair, je suis convaincu qu’Achille est amoureux de Patrocle. Ce sujet est très indicatif de l’état d’esprit de l’auteur d’une narration du siège de Troie (cinématographique ou littéraire), et je suis toujours très attentif à la nature de la relation Achille/Patrocle. Le film “Troie” sorti l’année dernière était assez décevant : si Brad Pitt est une icône gay, son Achille n’a d’yeux que pour Briséis. Au contraire, dans son baroque “Illium”, Dan Simmons n’hésite pas à nous montrer Achille et Patrocle tendrement enlacés. L’Illiade d’origine ne m’a pas semblé très explicite de ce point de vue, j’étais donc relativement déçu. Rétrospectivement, j’avais peut-être tort : à la suite de mes nouvelles lectures, je me rends compte qu’en fait, les auteurs classiques, Homère compris, étaient beaucoup plus subtils que je ne le pensais et savaient distiller de petits indices que tout le monde comprenait à l’époque. Ainsi, dans l’Illiade, Hector tue Patrocle d’un coup d’épée dans le bas ventre. Gérard Fry, dans ses notes, nous apprend que l’éphéméride latine emploie les mots “loca corporis pudibunda”, ce qui signifie en clair les parties génitales. D’après lui, par cette blessure, Hector, en “bon père de famille”, voudrait, je cite, infliger un “outrage” au “mignon” de son ennemi. Il pourrait s’agir d’une surinterprétation du texte d’Homère, mais apparemment, l’amour Achille/Patrocle était de notoriété publique il y a deux mille ans, voire au moment même de la guerre de Troie !

Lecture : Lectures d’été …

Sunday, August 7th, 2005
Je ne doute pas que les rares lecteurs de ce blog soient des aficionados (aficionadi ?) du net, voire des geeks, nerds ou otakus, mais je crois que nous serons tous d’accord pour reconnaître que rien ne vaut le contact charnel avec un bon bouquin. Ah ces (petits) moments de plaisir que ne peut donner un écran : les couvertures qui craquent et qui sentent la colle, la finesse du papier bible ou le grain grossier d’un vieux poche, les pages collées feuilletées pour la première fois et qui parfois vous coupent légèrement le bout des doigts… Après cette introduction à la sous-Delerm, je vous propose un aperçu rapide de mes quelques lectures de vacances :
- j’ai commencé par “Olympos”, de Dan Simmons, suite du très bon “Ilium” sorti très opportunément l’an dernier au moment du lancement du film “Troie”. Simmons est à mon avis l’un des meilleurs auteurs de SF actuel. Il a su renouveler le genre avec Hypérion, et même si la duologie Ilium/Olympos est inférieure, cela reste à mon sens au-dessus de la production actuelle,
- j’ai enchaîne avec “The hero with a thousand faces”, de Joseph Campbell. Ce livre présente les structures communes à de nombreux mythes, à la lumière de la psychanalyse. Il paraît que c’est le bouquin qui a inspiré Georges Lucas pour StarWars. D’ailleurs, dans mon édition, Luke Skywalker est en couverture. J’avoue que je suis un peu déçu, même si ce n’est pas trop mal. J’ai récemment lu “Introduction à la psychanalyse ” de Freud et je trouve que ce livre partage le même défaut : substituer une énumération d’exemples et d’anecdotes à un réel discours scientifique argumenté- ce qui me paraît être une caractéristique très dommageable à la psychanalyse. C’est d’autant plus décevant que certains thèmes abordés dans le livre me semblent tout à fait fascinants (en particulier l’opposition Père vengeur/ Mère nourricière commun à de nombreux mythes et la façon de les transcender). Tout comme le livre de Freud, j’ai lu environ la moitié et n’arrive pas à le terminer.
- j’ai ensuite dévoré le dernier Harry Potter. Je le reconnais volontiers, je suis un fan. Je ferai probablement bientôt une note de Potterologie avancée.
- je suis en ce moment dans une phase “mythes classiques”. Je vais donc lire bientôt le livre du Graal, ainsi que d’autres textes sur la guerre de Troie - j’ai relu récemment l’Illiade et l’Odyssée. Je me suis aussi acheté les hymnes homériques d’Hésiode. J’aimerais bien lire aussi le Kojiki, recueil des mythes cosmogoniques japonais.
- enfin, je me suis tout de même gardé une saga de SF, parue à la bibliothèque Ailleurs et Demain. Il s’agit du “cycle du Fleuve”, de Philippe José Farmer. J’avais bien aimé la saga des “hommes-dieux”, qui a tout de même assez mal vieilli à mon avis.
Tout un programme pour mes quelques jours de vacances. Toutefois, mon côté geek va peut-être reprendre le dessus car je me suis aussi lancé dans le très bon “Kingdom Hearts : Chain of Memories”… Je ferai aussi probablement une note sur les jeux vidéos - enfin les bons jeux vidéos, ceux qui provoquent des “émotions proustiennes” dixit les Cahiers du cinéma !