Le verdict est tombé, je suis rentré bredouille cette année et resterai en post-doc. Comme l’an dernier, j’ai été parfois classé, mais toujours du mauvais côté de la barrière.J’ai déjà bien critiqué dans ces pages les concours de recrutement. Cette fois-ci, j’ai vraiment senti l’odeur des petites cuisines politiques, l’odeur d’un certain mépris pour les candidats (lapsus révélateur, j’avais écrit étudiants). Ah cette histoire terrible de la commission de “spécialistes” ayant convoqué un expérimentateur du bout du monde pour être auditionné sur un poste … de théoricien ! Parfois le sentiment que nous ne sommes là que pour “faire du chiffre”, que l’image des labos dépend du nombre de candidats et que donc ceux-ci sont parfois prêts à tout pour que vous candidatiez chez eux … pour à la fin soutenir un autre candidat en vous disant le contraire.
Plus généralement, mes perspectives scientifiques en France me semblent troublées. Oui, je m’intéresse à l’interface physique-biologie, oui, la dernière fois que j’ai écrit un Lagrangien, j’étais en DEA, et oui, dans mon domaine, on publie très peu, moi le premier malheureusement. Mais ma dernière publication de thèse est typique “système dynamique”, je m’intéresse à la morphogenèse en biologie, et j’essaie plus généralement de développer de vraies approches quantitatives dans un domaine quasiment vierge théoriquement. Alors, quand on me demande dans une audition “quel est l’intérêt de ce que je fais pour la physique ?”, je tombe des nues. Je ne savais pas qu’il y avait un indice de pureté disciplinaire, que le corporatisme s’exerçait à l’intérieur des disciplines. Je ne peux m’empêcher de pester contre tous ces profils généraux, ouverts à tous, ce qui entraîne une masse de candidats, des commissions de spécialistes incompétentes dans tous les sujets “à la marge”, et qui, par calcul ou par “sécurité”, se retrouvent sur des critères un peu absurdes pour sélectionner. Ainsi, mieux vaut-il être troisième auteur d’un papier de Science que premier auteur d’un PNAS…
Sentiment d’absurdité. Des sacrifices personnels énormes (trois ans sans ma femme - et je ne suis pas le seul), après des études longues et difficiles, et des choix qui paraissent rétrospectivement un tantinet idéalistes - j’ai bien bradé mon parcours en école d’ingénieur. Un certain étonnement devant la légéreté de la plupart des chercheurs en place, qui mettent un petit mouchoir sur la masse des étudiants bien pratiques pendant leur thèse, mais qui se retrouvent dans la nature après des années consacrées à la recherche académique. Pas tous bien sûr; en ce qui me concerne, j’ai la chance d’avoir un directeur de thèse sympa qui me remonte le moral et m’encourage - mais c’est loin d’être la règle. Vous me direz peut-être que j’ai bien bénéficié du système méritocratique à la française jusque maintenant, et que je suis un peu hypocrite de m’en plaindre. Ce n’est pas entièrement faux, mais contrairement à la prépa ou à l’école d’ingé, c’est la première fois que j’ai le sentiment que l’échec serait dur à surmonter, qu’en dehors de la voie toute tracée, nous serions dans les limbes.
Maintenant que faire ? J’aime bien ce que je fais, j’y crois, et je ne crois pas être mauvais, donc l’option “tenure track” est à étudier. Mais ne devrais-je pas plutôt me recycler ? Dans ce cas, ne suis-je pas déjà hors course du fait de mes intérêts scientifiques un peu originaux ? Tant d’amis utilisant leurs compétences dans la finance ou ailleurs… Je rêve aussi d’écrire, de développer les sujets abordés sur ce blog, de vulgariser, d’enseigner. Mais se pose bien vite le problème de la localisation géographique : à bientôt 30 ans, aucune envie de passer des années loin de ma femme…
Je fais une dernière année en post-doc, j’ouvre grand les oreilles à toutes les possibilités, et l’an prochain probablement, je bouge.
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