Pour être tout à fait honnête, je n’aime pas beaucoup ce genre de discussions scientifiques sur internet. Je trouve qu’en général on (moi ?) a tendance à manquer de mesure et de rigueur, ce qui est préjudiciable à l’échange, et on peut donner l’impression de prendre les choses de façon personnelle. Le format du blog, où on est plus dans l’action que la réflexion, n’est pas non plus idéal. Le ton est celui d’une conversation orale, mais c’est à l’écrit, il y a des ambiguités. Donc avant toute chose, je reconnais le fait d’écrire sans doute parfois des bêtises, même si je fais de mon mieux pour l’éviter. Comme V. Fleury m’a répondu, je me dois néanmoins de réagir :
Pour les réponses, je ne parle que de mes propres observations, couplées avec des discussions avec des embryologistes. Je sens qu’il va être nécessaire d’aller plonger moi-même dans la biblio pour continuer, je le ferai et écrirai un billet plus tard, et ferai mon mea culpa si je me suis trompé.
Je ne veux surtout pas polémiquer ou “troller”, je respecte énormément votre travail. Là encore, voyons cela comme une discussion, nécessitant d’être raffermie plus tard par des références à des publis en ce qui me concerne. En attendant, voici mes réponses :
franchement, je ne comprends pas vos interprétations à partir de ces manips. Vous manquez d’esprit critique
Bon, j’ai parfois l’impression d’être plutôt assez critique sur votre théorie par exemple. Quand j’ai lu votre livre, j’étais vraiment enhousiaste ! Après je me suis juste posé quelques questions et demande à être convaincu car j’ai l’impression que quelques trucs ne “collent” pas. Je suis peut-être au contraire trop fermé d’esprit, mais, convaincu, j’aurai alors la foi des convertis.
Sur ces manips, j’essaie juste de réfléchir un peu à voix haute sur ce blog; mes pensées sont peut-être parfois naïves je vous l’accorde, mais aucun de mes billets n’a vocation à être une publication scientifique. D’ailleurs, c’est aussi pour cela que je préfère rester anonyme : cela me donne une liberté de ton que je n’aurais pas autrement, même si je risque parfois d’en dire ou faire trop, quitte à passer pour un imbécile; j’essaie de faire attention et de me modérer dans tous les cas.
1) vous confondez les paramètres d’un problème et la loi générale évidemment que si vous changez des paramètres physiques ou chimiques, les contractions auront une allure différente
Mais en quoi dis-je le contraire ? Je ne comprends pas votre objection, si objection il y a.
2)Est-ce que vous obtenez un animal par ces manips? Si non, quelle conclusion cela vous permet de tirer par rapport au cas normal?
Non on n’obtient pas un animal. Mais on obtient un axe antéro-postérieur, et plus tard, des tissus différenciés (somites, muscles, coeur, entre autres, dixit l’embryologiste qui m’a montré cette expérience). Presque un tétard donc.
3)comment savez vous que les cellules étaient commises pour faire quelque chose; à partir du moment où un pli se forme, il a une allure de crête neurale, de toute façon
Ce n’est pas juste une question de forme ou de mouvement; c’est aussi une question de marqueurs génétiques. On sait aussi reconnaître tel ou tel organe… parce qu’il y a des expressions génétiques associées aux cellules de celui-ci.
4) qu’un signal chimique soit suffisant et nécessaire pour déclencher peut-être, mais ça veut dire quoi, exactement, dans ce cas, suffisant et nécessaire? Que ce soit le déclencheur, qu’est-ce que cela implique pour le mouvement lui-même? Et s’il y a des gradients dans l’animal réel, à quoi sont -ils dûs?
Pour les gradients dans l’animal, même si on ne comprend pas encore tout, vous savez aussi bien que moi d’où les premiers gradients viennent, chez Xenopus ou Drosophila : la mère localise des ARN dans l’oeuf, et une fois transcrits, ces ARN forment un gradient de concentration de protéine.
Pour le mouvement, je ne dis rien de plus que cela : l’expression génétique est nécessaire et suffisante pour déclencher le mouvement. Comme dans l’embryon complet le mouvement va lui-même être associé à d’autres expressions génétiques (par exemple la reconstruction du noeud de Hensen lorsqu’on l’enlève artificiellement), les expressions génétiques sont aussi capitales que les mouvements mécaniques. Les deux se parlent, et surtout l’un n’existe pas sans l’autre.
5)qu’ on puisse faire un morceau ressemblant à un tube ou une patte sans la totalité de l’animal, peut être, mais vous ne ferez jamais le morceau tel qu’il est dans l’animal normal. C’est particulièrement vrai des pattes générées avec des facteurs de croissances ectopiques qui ne sont jamais des pattes exactement normales.
Donc si je comprends bien, on peut faire des pattes “à l’ordre 0″ indépendantes de l’organisme, mais il faut tout l’embryon pour faire des pattes affinées “à l’ordre 1″ ? J’ai l’impression que c’est quand même l’ordre 0 qui est le plus important.
6) les boules déformées de ces images ressemblent tout à fait à ce qu’on obtient d’un modèle hydrodynamique simple (ampoule) auto-organisé
sans la mécanique, aucun de ces mouvements n’existent, par définition.
Je n’ai jamais dit le contraire, mais sans la génétique, rien n’est là pour déclencher la mécanique. Encore une fois, c’est un jeu, un équilibre entre les deux.
comment pouvez vous dire que les cellules savent “indivuellement quoi faire” à partir d’une telle manip? Et ça voudrait dire quoi “savent individuellement quoi faire?” Précisez.
Je reconnais que l’expression est maladroite. Ce que je voulais dire, c’est que les cellules ont manifestement déjà une “destinée” encodée à ce stade (polarité incluse ?), un programme tout fait, puisque soumises à l’activine, elles déclenchent ces mouvements. Le point important ici est qu’à ma connaissance ce n’est pas le cas des autres cellules dans l’embryon; preuve que cette destinée est déterminée à ce stade.
je n’ai jamais dit qu’un tube neural nécessite des tourbillons, bien au contraire (voir par exemple les poissons en caoutchouc de mon livre) je dis que pour faire un quadrupède avec un tube neural au centre, il faut des tourbillons, un tube neural, c’est un pli, les pattes c’est les enroulement. La contrainte au centre plie le dos en forme de tube + crête neurale. Si ça s’enroule franchement vous avez en plus les pattes. J’ai plein d’images de ça, si vous voulez je vous en passe. Ces enroulements existent.
Je ne nie pas l’existence de ces enroulements chez certains vertébrés, je n’en sais pas assez. Je suis intéressé par toute image. Mais j’ai des doutes sur Xenope. Et j’aurais dû parler de l’axe A-P plutôt que du tube neural.
Ce que je comprends dans votre livre, c’est que c’est l’enroulement qui définit l’axe antéro-postérieur (et les membres). Je ne suis pas sûr de ça : ces manips montrent (à mon sens) qu’il peut y avoir axe sans enroulement.
Je ne vois pas en quoi cette manip contredit ma théorie, bien au contraire.
Cette expérience ne vous permet pas de dire que ce n’est pas un processus auto-organisé, une fois déclenché
Allez voir le film de gastrulation sur le site de Ray Keller lab (en haut à gauche), et dites moi ce que ça vous inspire, par rapport aux “inductions” et des cellules qui savent indviduellement où aller etc.
L’image de gastrulation que vous donnez sur votre site est mal faite, on voit bien que le dessinateur n’a pas compris le mouvement, il faut regarder le mouvement suivant une vue verticale pour comprendre.
Est-ce de cette image dont vous parlez ? Je suis d’accord qu’on ne voit pas grand chose - excepté l’involution- et qu’il vaudrait peut-être mieux avoir une vue dorsale, avec le blastopore au milieu (est-ce que vous voulez dire par vue “verticale” ?), mais elle est tirée de l’article de Keller …
Si c’est le dessin que j’ai fait pour raconter vos théories, j’ai probablement dû mal lire votre livre alors. La vue que je proposais était une vue dorsale, avec la tête en haut, par analogie avec l’image de votre chat par exemple, et sans l’involution.
etc. etc.
Bien à vous et
Bon courage avec vos auditions.
vf
Merci pour votre réponse et vos critiques
Bien à vous
Tom