The Ultimate Boeing 747
Tuesday, September 26th, 2006Selon Hoyle, l’apparition de la vie (telle qu’on la conçoit aujourd’hui) est statistiquement impossible. Son argument est le suivant : si l’on sait depuis les expériences de Miller que dans la soupe primitive, des acides aminés pouvaient exister, Hoyle prétend (calcul d’ordre de grandeur à l’appui) qu’il est extrêmement improbable que dans la soupe primitive on puisse trouver au même instant au même endroit l’ensemble des enzymes nécessaires à la reproduction d’une cellule. L’analogie qu’il utilise est celle du “Ultimate Boeing 747″ (pour reprendre l’expression de Richard Dawkins). Imaginez qu’un ouragan passe sur une décharge publique est soulève tous les déchets et pièces mécaniques. Il est extrêmement improbable, une fois la tempête passée, que ces déchets s’assemblent spontanément pour former un Boeing 747 !
Dawkins répond que Hoyle commet ici une erreur commune concernant le caractère aléatoire de l’évolution. De l’évolution aléatoire peut en effet émerger naturellement un design; d’un processus désordonné et sans direction peut surgir finalement une organisation complexe. Le point important est que l’évolution est un processus cumulatif. Chaque petit pas est aléatoire et dû à la chance. Mais la sélection naturelle permet de “récompenser” les petits pas, et ainsi de conserver la mémoire des petits pas successifs. On a ici typiquement un problème de probabilité conditionnelle : la probabilité d’apparition spontanée ex-nihilo d’un organisme complexe est infinitésimale, mais la probabilité d’un petit pas partant d’un point de l’évolution déjà avancé est très faible, mais non nulle. Ensuite, le processus de sélection fixe le petit pas et l’espèce vivante gagne en complexité. Je rejoins donc le mouvement lancé par éconoclaste de vulgarisation des probabilités, mais l’exemple de Hoyle montre qu’évaluer des probabilités peut-être assez compliqué…
Le débat est pourtant loin d’être clos. Il me semble relativement concevable d’imaginer comment l’évolution peut créer des structures complexes, une fois qu’existent un support de l’information génétique et des protéines pour traiter cette information. Néanmoins, la question qui demeure ouverte est de savoir comment sont apparus ce support et cette machinerie, et dans ce sens, Hoyle soulève un lièvre. Quelques réponses émergent doucement. Par exemple, on pense que la première molécule de la vie n’était pas l’ADN, mais l’ARN. Celui-ci possède en effet la propriété remarquable en se repliant de pouvoir acquérir des fonctions catalytiques. Un organisme basé sur l’ARN pourrait alors se passer de protéines car l’ARN peut alors jouer le rôle dévolu aux enzymes, tout en codant de l’information génétique (détail amusant, on s’est également aperçu qu’un type précis d’argile catalysait l’assemblage des molécules d’ARN, ce qui suggère que la vie est peut-être apparue… dans la boue !). Un domaine très actif actuellement est donc d’essayer de voir comment des cellules primitives peuvent apparaître, comment par exemple des vésicules, précurseurs de futures cellules, peuvent se former et se diviser (voir par exemple les travaux de Jack Szostak à Harvard). C’est évidemment une très longue histoire…
PS: L’argument de Hoyle à l’encontre du big-bang ne manque pas de saveur quand on sait que sa métaphore du Boeing 747 est reprise par les partisans de l’Intelligent Design. Selon wikipédia, Hoyle, athée convaincu, n’acceptait pas le big-bang car il implique nécessairement un univers non éternel, et donc suggèrait selon lui l’existence d’une “cause première”, donc d’un créateur d’une certaine manière. Hoyle préférait l’idée d’un univers où la création de matière était permanente, ce qui combiné à l’expansion, permet d’atteindre un état stable à densité constante.




