Archives pour la catégorie ‘Lab Chronicles’

Lab Chronicles V : métaphore néolithique

Wednesday, April 23rd, 2008

Analogie intéressante entendue dans la bouche d’un scientifique new-yorkais (attribuée à Jim Hudspeth), pour expliquer la différence entre théoriciens et expérimentateurs.
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Lab Chronicles IV : comment être un bon auditeur de séminaire

Sunday, December 2nd, 2007

L’une des difficultés majeures dans la vie scientifique est la résolution de deux exigences contradictoires : un scientifique se doit à la fois d’être spécialiste dans son domaine et d’avoir l’esprit ouvert sur ce que font les autres en allant aux séminaires.
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Lab chronicles III

Sunday, September 9th, 2007

Notre jeune professeur est aujourd’hui consulté pour le recrutement des étudiants en thèse (”graduate students”, ou “étudiants gradués” en bon québecquois). Un professeur senior est venu le trouver pour un cas un peu spécial : un étudiant ayant fait tout son cursus en France décide après son M2 de tenter l’aventure de la thèse à l’étranger. Mais le dossier comporte nombre d’éléments obscurs :

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Lab chronicles II

Thursday, June 21st, 2007

Notre jeune professeur est aujourd’hui en visite à New York, au coeur de l’upper East Side. Tout le long de York Avenue s’alignent de célèbres insituts et hôpitaux : Rockefeller University, Cornell Medical School, et surtout le Memorial Sloan-Kettering spécialisé dans la recherche sur le cancer. Descendant la 68ième rue avec un bon ami, il voit un groupe de Dominicains rentrer dans une immense tour en verre, arborant fièrement le nom de la congrégation.
- Et bien, je croyais que seul l’opus Dei possédait des tours dans Manhattan !
- Tu te trompes, la tour n’appartient pas à l’Eglise. En fait, c’est la nouvelle tour du Memorial Sloan-Kettering (MSK).
- Mais c’est un institut de recherche non ? Comprends pas. En tous cas, mazette, ils ont des sous !
- Tu sais, ils se consacrent à la recherche sur le cancer. Beaucoup de riches californiens flippés donnent des fortunes. La tour a été entièrement financée par des dons. C’est sûr qu’on ne connaît pas ça en France ! Pasteur survit-il encore ?
- Difficilement je crois…. En tous cas, c’est impressionnant !
- Plutôt flippant je dirais. Certains l’appellent la tour de Sauron
- Et pourquoi ces religieux ?
- C’est une longue histoire. Tu vois la petite Eglise à côté ? En fait, elle possédait une partie des terrains sur lesquels est construite la tour. Elle les a revendus au MSK pour qu’ils puissent construire le centre de recherche.
- Plutôt sympa…
- Attends, la suite est trop marrante. En 95, le MSK a donc pu acheter le terrain à prix d’ami. A deux conditions toutefois. La première, c’était que le MSK leur fasse de la place à l’intérieur en remplacement. C’est pour ça que tu peux lire le nom de la congrégation sur la tour.
- Et bien, ils ont le sens des affaires les Dominicains !
- La deuxième condition est hallucinante. Tu connais toute les polémiques sur les cellules souches ? Notamment le fait que comme l’embryon est sacré, c’est un pêché mortel d’utiliser les cellules souches.
- Ah oui, j’ai lu un truc là-dessus récemment. Mais c’est fini maintenant, ils ont réussi à faire des cellules souches que le Vatican approuve ?
- Ouh la, on verra… Mais toujours est-il qu’en 95 et encore aujourd’hui, on était obligé de détruire les embryons pour choper les cellules souches. Et bien les dominicains ont conditionné la vente au fait que le MSK ne fasse pas de recherche sur les cellules souches dans le nouveau bâtiment.
- Quoi ?
- Ouaip, sur les 23 étages de la tour, aucune équipe n’a le droit de travailler sur les cellules souches. L’Eglise te l’a interdit. C’est assez emmerdant, car ils ont transféré pas mal d’équipements dans le nouveau bâtiment. Les gens qui sont restés dans les anciens bâtiments et qui travaillaient sur les cellules souches n’ont plus le droit de se servir de ce matos qu’ils utilisaient quotidiennement. Et puis, rappelle-toi, c’est un centre de recherche contre le cancer. Et entre le cancer et les cellules souches, il y a plein de points communs…
Le plus hallucinant dans cette histoire est que la direction du MSK ait accepté le deal.Source de l’histoire et de la photo : Natural selection (revue de Rockefeller University)
J’en profite pour mettre un sondage inspiré de celui-ci, dont les résultats sont bien flippants je trouve !

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Lab chronicles I

Friday, June 15th, 2007

(Après son post-doc aux Etats-Unis, un jeune français a obtenu un poste de prof -tenure track- et a décidé de s’installer en Amérique du Nord. Avec lui, découvrons les moeurs du labo et de l’Amérique dans laquelle il vit au quotidien. Toute ressemblance avec une situation vécue… n’a rien de fortuit !)Un jeune doctorant frappe à la porte. Le prof lève le nez de ses demandes de grants et le fait entrer, un peu surpris. Il faut dire que c’est l’une des premières fois qu’il parle avec le doctorant en question, qui n’est pas sous sa responsabilité.
- Qu’est-ce qui vous amène très cher ?
- Et bien, Docteur, c’est un peu délicat. Je suis très gêné de vous parler de ça, mais …
- Quoi donc ?
- C’est à propos de votre post-doc.
Le jeune professeur fronce les sourcils. Pas évident de s’installer. L’enveloppe de base d’un professeur débutant lui a permis de recruter un post-doc, P. , un doctorant, D., et d’acheter un peu de matériel. Mais il faudra compter sur les futures grants pour développer le labo. Seulement, les demandes de grant sont aux chercheurs américains ce que la candidature au CNRS est au post-doc français : une épreuve qu’il faudra repasser chaque année jusqu’au succès éventuel. A la différence que les chances de succès à moyen terme sont plus conséquentes : il y a de fait pas mal de grants allouées. Mais revenons à nos moutons.
- euh… qu’est-ce qui se passe ? Il y a un problème ?
- c’est-à-dire que… comment dire… parfois ce n’est pas évident de travailler près de lui…
- ???
- et bien, en fait… il ne sent pas très bon.
- ah
Le professeur commence à se faire du souci. P. vient d’un pays moins développé, avec sa propre culture. En particulier, P n’est pas du genre à venir en tongues et en short au labo, comme tout le monde ici, mais préfère venir bien habillé. Ce qui peut poser effectivement problème durant les grosses chaleurs, ce que le jeune professeur avait en fait déjà constaté en travaillant à ses côtés. Mais il s’en était alors très bien accomodé…
- vous comprenez, c’est parfois un peu difficile. Cela n’a rien de personnel, mais ce serait bien de faire quelque chose
- Bien, je comprends, je vais lui parler.
Le jeune professeur, avant de prendre quelque décision que ce soit, décide de consulter.
Un prof venant de la même culture que P. est formel : “Pas de problèmes, il n’y a pas d’interdit culturel chez moi qui empêche une telle discussion, soyez franc, ca ira très bien.”
Un ami prof bien implanté :” Qu’est-ce qu’il faut pas faire quand on est prof ! Essaie d’y aller avec tact”.
L’avis d’un ami américain… le surprend un peu :
- Ah oui, je vois de quoi tu parles. Cela nous est arrivé aussi dans notre labo. On a alors eu une super idée : comme on ne voulait vexer personne, on a organisé une grande fête de bienvenue pour les étudiants gradués. On a alors offert à chacun… une trousse de toilette ! Mais attention, hein, il y avait aussi des barres chocolatées, des trucs comme ça, pour que cela ne soit pas trop bizarre. Et bien, cela a clairement amélioré les choses !!!
- mais… je ne crois pas que cela soit le problème ! Je suis sûr qu’il se lave tous les matins, simplement, comme il fait chaud et tout… Indépendamment de cela, de toutes façons, tu ne peux pas obliger les gens à se laver.
- détrompe-toi !
- quoi ??
- et bien, ici, dans certaines entreprises, les employés ont l’obligation de se laver et de se brosser les dents avant de venir.
- ah bon ? Et qu’est-ce qu’il se passe s’ils oublient de se brosser les dents ? Ils sont virés ?
- non non. Mais l’entreprise dispose d’un coach “hygiène”. Celui-ci peut-être sollicité par les employés “incommodés”, et faire un diagnostic en cas de problème…
- sans blague
- c’est arrivé dans l’entreprise de ma cousine. Un employé ne sentait pas très bon. Et bien, le coach hygiène a trouvé que c’était parce que l’employé cuisinait du poisson chez lui ! Et lui a recommandé de changer de vêtement avant de revenir travailler.
- génial…
- n’est-ce pas ?

Finalement, le jeune professeur joue une carte plus fine, et peut-être plus proche de la réalité.
- Cher P, tu sais que la culture ici est un peu différente
- Oh oui, effectivement, je trouve que c’est un peu le bordel globalement
- c’est vrai. Quoi qu’il en soit, les Américains sont particuliers, moi aussi j’ai du mal parfois.
- oui, je comprends
- donc en fait, ils sont particulièrement sensibles à certains aspects personnels… par exemple la moindre odeur corporelle les dérange.
- ?
- et en fait… certains se sont plaints auprès de moi te concernant.
- oh… Mais vous savez, c’est vrai que je ne me mets pas de déodorant, mais c’est parce que je suis allergique.
- ah OK. Je suis sûr qu’on peut trouver une solution. Il y a des trucs en pharmacie ici… En tous cas, ne t’en fais pas, et s’ils t’embêtent … dis-le moi, je suis là pour te défendre !
- merci. Je vais essayer de faire quelque chose…
P. s’en retourne, pas trop vexé (en tous cas, c’est ce que le professeur espère). Notre jeune prof se rappelle alors que le jeune doctorant incommodé, en partant, s’était aussi plaint de l’odeur de son bureau…

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